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L'œil de Roland : Zverev, une crise de croissance à la Federer

L'œil de Roland : Zverev, une crise de croissance à la Federer

Le 30/05/2017 à 20:35Mis à jour Le 30/05/2017 à 21:58

ROLAND-GARROS – Auréolé de sa victoire au Masters 1000 de Rome, Alexander Zverev était très attendu à Paris. Sorti d'entrée par Fernando Verdasco mardi, c'est peu dire qu'il a déçu. Mais son printemps 2017 ressemble à s'y méprendre à celui d'un certain Roger Federer, passé lui aussi par ce type de désillusions.

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"Pourquoi s'inquiéter pour Zverev ? Parce que Verdasco est capable sur un match de jouer beaucoup plus haut que son classement (37e), qu'il a une réputation de coupeur de têtes et aime ce genre de matches. C'est un vrai test, tennistique et mental, qui attend Sascha Zverev." Voilà ce que nous écrivions pas plus tard que vendredi dernier après le tirage au sort à propos de la rencontre entre le jeune outsider allemand et le vétéran de Castille. Franchement, ce match puait le danger à tous les étages pour Alexander Zverev.

D'ailleurs, quand Nadal a dit à propos de Benoît Paire que c'était "le genre de joueurs qu'on n'a pas envie d'affronter au premier tour", ma première réflexion a été de me dire que c'est exactement ce que Zverev aurait pu penser de son propre tirage. Verdasco, parmi les non-têtes de série, était sans doute l'homme intrinsèquement le plus dangereux. Potentiellement, il vaut beaucoup mieux que son rang actuel (37e). Surtout, il fait partie de ces joueurs qui ont la faculté de hisser leur niveau de jeu en fonction de l'opposition. Même à 33 ans, il peut enquiquiner n'importe qui n'importe où. On pouvait pourtant penser qu'au vu de sa forme, de sa confiance et de la maturité qui est la sienne malgré son jeune âge, Zverev passerait l'écueil. Mais il est clairement passé à côté, comme il l'a dit sans détour.

Vidéo - Face au grognard Verdasco, Zverev a soudainement fait son âge

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C'est une déception et un coup d'arrêt, sans aucun doute. Mais Zverev n'est ni le premier ni le dernier jeune premier à se prendre les pieds dans le tapis rouge dressé par ses légitimes ambitions. Sa mésaventure du jour rappelle d'ailleurs étrangement celle d'une autre brillante jeune pousse. C'était ici-même, à Roland-Garros. Et c'était il y a tout juste 15 ans.

En 2002 donc, un gamin de 20 ans, annoncé depuis quelque temps déjà comme un futur numéro un mondial tant son talent était grand, avait signé la première victoire majeure de sa carrière en remportant le dernier Masters 1000 avant Roland-Garros. Titre qui lui avait permis d’accéder du même pour la toute première fois au Top 10 mondial. Ça ne vous rappelle rien ? Oui, c'est exactement le scénario Zverev 2017. Ledit gamin s'appelait Roger Federer. Il avait donc débarqué à Roland-Garros avec les regards braqués sur lui. Résultat, le Suisse avait trébuché dès le premier tour, contre un gaucher bien connu lui aussi, Hicham Arazi.

Rien n'a changé, il incarne toujours l'avenir

Même si Zverev a balayé l'argument "surcroit de pression" lors de sa conférence de presse post-défaite, il est tentant de voir dans son mauvais match une conséquence, au moins indirecte, du poids généré par ce nouveau statut inhérent à son sacre romain. Mais s'il est légitime de juger décevante cette sortie pour le moins précoce, ça ne change rien au fond du problème, ou plutôt de la solution : Alexander Zverev incarne toujours l'avenir. Il l'était lundi matin, il l'est encore mardi soir. Pas plus que son titre à Rome ne garantissait sa future prise de pouvoir au sommet du tennis mondial, sa sortie de route contre Verdasco ne remet en cause sa trajectoire à long ou moyen terme.

Notre impatience à voir le vent nouveau souffler sur les cimes du tennis masculin ne doit simplement pas faire oublier que chacun avance à son rythme. Zverev galope déjà à un tempo élevé. Il n'a fêté ses 20 ans qu'il y a un mois. Alors, oui, Nadal, à cet âge-là, avait déjà deux Roland-Garros dans la musette. Oui, Djokovic a gagné son premier majeur à 20 ans. Mais des exceptions - car dans le contexte actuel, ce sont des exceptions - ne font pas une règle. J'ignore si Zverev accèdera un jour à de telles hauteurs, même si je continue de le penser très fort.

Il y aura peut-être d'autres soubresauts de ce type. Après tout, après son couac à Roland-Garros en 2002, Federer n'en avait pas fini avec ses désillusions : Wimbledon, dans la foulée, nouvelle glissade au premier tour, contre Ancic. Puis en mai 2003, encore une défaite au premier tour contre Luis Horna. C'est une belle et grande étiquette de "loser" qui collait alors à la raquette de Federer. Si, si. Le premier de ses 18 triomphes majeurs, à Wimbledon, en 2003, mit fin à la blague et ces anicroches de jeunesse semblent aujourd’hui bien loin. Au fond, elles ont contribué à forger le champion qu’il est devenu. Quand Federer a enfin triomphé après ses cinglants échecs, il était prêt et ne s’est plus jamais retourné.

La carrière d'Alexander Zverev sera ce qu'il en fera et il a toutes les cartes en main pour la rendre belle et grande. Mais c'est un joueur qui n'a encore jamais dépassé le troisième tour en Grand Chelem et qui entame tout juste son ascension. Comme Federer jadis, il a probablement besoin d'en passer par là. C'est une simple crise de croissance, pas la fin de celle-ci.

Alexander Zverev

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