Vous avez gagné sept fois Roland-Garros. Vous en étiez la reine. Quel moment reste votre plus grand souvenir ?
Chris EVERT : Mon meilleur souvenir, c'est quand j'ai battu Martina Navratilova en trois sets en finale en 1985, parce que beaucoup pensaient que je ne pourrais plus gagner. Martina était tellement dominatrice qu'on me disait que je ne remporterais plus jamais de Grand Chelem. La battre, elle, une des plus grandes championnes de l'histoire, m'a relancé et m'a permis de repartir pour trois bonnes années après ça. C'était fort émotionnellement et je m'en souviendrai toujours. C'est non seulement mon meilleur souvenir à Paris, mais, parmi mes 18 titres en Grand Chelem, c'est mon préféré.
US Open
Une 31e finale en Grand Chelem : Djokovic rejoint Federer et a déjà un record en poche
11/09/2021 À 12:02
Chez les dames, cette année, le jeu semble ouvert. Selon vous, quelles joueuses sortent du lot avant ce Roland-Garros ?
C.E. : Ashleigh Barty a gagné des titres, elle a l'air très bien. Pour moi, c'est une joueuse très spéciale. Elle peut tout faire. Elle a la puissance, la finesse, elle peut venir au filet, elle sait aussi défendre. Elle n'a pas une arme décisive, mais elle sait tout faire. Après, je dirais Sabalenka. Compte tenu de ses résultats, elle doit être considérée comme une des favorites, d'autant qu'elle maîtrise mieux sa puissance désormais. Elle semble gagner en régularité, c'était important. Et puis il y a Iga Swiatek, évidemment.
Elle peut réussir le doublé selon vous ?
C.E. : Oh oui, sans aucun doute.
Qu'est-ce qui vous impressionne le plus chez elle ?
C.E. : Sa soif de victoires. Elle en veut toujours plus.
Avez-vous vu sa finale à Rome contre Pliskova (balayée 6-0, 6-0) ?
C.E. : Oui, j'ai été surprise parce que, jusqu'à cette finale, Karolina avait l'air très solide. Elle semblait à l'aise sur terre. Mais elle a complètement perdu ses moyens au service ce jour-là. Elle paraissait lente aussi et Iga a sans doute fait un des meilleurs matches de sa vie. Si elle reste sur cette dynamique, elle peut très bien gagner un deuxième Roland-Garros.

Iga Swiatek avec son trophée à Rome.

Crédit: Getty Images

A l'inverse, Naomi Osaka, si dominatrice sur dur, n'y arrive toujours pas sur terre. Que vous inspire son cas ?
C.E. : Mentalement, c'est un jeu totalement différent par rapport au dur ou au gazon. Il faut être prêt à jouer huit, dix frappes de balles avant de faire le point, au lieu de le faire au quatrième coup de raquette. Il faut de l'endurance, et surtout de la patience. Naomi aura sans doute besoin de quelques années pour apprendre à glisser naturellement et surtout accepter d'être plus patiente sur le court avant de lâcher les chevaux à l'échange. C'est une attaquante de fond de court mais ici, la balle revient plus souvent que sur dur. Il faut l'accepter, ne pas se frustrer.
Êtes-vous optimiste pour elle ?
C.E. : Elle me rappelle un peu Maria Sharapova. Quand elle a joué sur terre pour la première fois, elle avait l'air d'une vache sur la glace. Ce sont les propres mots de Maria ! A l'arrivée, elle a gagné deux fois Roland-Garros. Elle n'était pas la plus rapide, elle ne glissait pas toujours super bien, mais elle a appris, elle a travaillé. Je ne vois pas Naomi gagner Roland-Garros cette année, mais si elle a vraiment la volonté d'apprendre à bien jouer sur terre, elle y arrivera.

Naomi Osaka lors de son élimination au 2e tour du WTA Madrid, le dimanche 2 mai 2021

Crédit: Getty Images

Comment voyez-vous les Américaines dans cette quinzaine ?
C.E. : Serena (Williams) sera dangereuse si elle atteint la deuxième semaine. Et j'ai hâte de voir Coco Gauff. Elle joue vraiment très bien.
Chez les hommes, la course au record en Grand Chelem continue. Entre Federer, Nadal et Djokovic, qui finira avec le plus de titres selon vous ?
C.E. : Novak est à 18 mais je suis convaincue qu'il peut terminer devant. Il est très fort, de façon égale, sur toutes les surfaces. Il est aussi le plus jeune des trois. Tout dépend du physique. S'il ne connaît pas de blessures, s'il reste au top physiquement, après toutes ces années à tirer sur la corde avec son corps, il peut encore rester à ce niveau trois ou quatre ans sans problème et je pense vraiment qu'il peut gagner quatre ou cinq titres du Grand Chelem de plus.
Tsitsipas a du charisme, une forme d'aura
Croyez-vous que Federer puisse à nouveau briguer une victoire en Grand Chelem ?
C.E. : Ce sera compliqué pour Roger. Sa meilleure chance, c'est Wimbledon. Les échanges sont plus courts, vous pouvez venir au filet. Il a un bon chip, un bon slice et c'est primordial sur gazon. Le problème, c'est qu'il a si peu joué depuis plus d'un an qu'il a perdu une partie de son instinct, de ce sens de l'anticipation. La confiance part vite et met du temps à revenir. Il faut jouer des matches pour ça, des matches durs, et les enchaîner. Espérons qu'entre maintenant et Wimbledon il puisse jouer suffisamment. Il lui faut au moins trois tournois et redevenir prêt à jouer des matches durs.

"Federer ne vient pas à Paris pour une seule semaine"

Et la fameuse NextGen, est-elle condamnée à attendre que le "Big 3" laisse la place ?
C.E. : La porte n'est pas fermée. Il n'est pas écrit que seuls ces trois joueurs peuvent gagner des Grands Chelems. Et beaucoup ont déjà battu le Big 3. Les "jeunes" se rapprochent. Mais Nadal et Djokovic sont toujours devant pour le moment, oui.
En qui croyez-vous le plus parmi eux, pour Roland-Garros ?
C.E. : Stefanos Tsitsipas m'impressionne. Non seulement par son jeu, mais aussi par sa force mentale, son calme. Puis il a du charisme, une forme d'aura. J'aime beaucoup sa progression. C'est lui qui m'impressionne le plus. Après, Sascha Zverev, quand il sert bien, est dangereux sur toutes les surfaces. Il bouge bien pour un joueur de sa taille, il a de vraies armes. Si sa première balle suit...
Cette année va aussi marquer le retour du public. Pour les joueurs, cela change tout, non ?
C.E. : Ca ne peut être que positif pour eux. Les joueurs se nourrissent de l'énergie du public. Quand la foule réagit, qu'elle intervient, ça se traduit directement sur le court. Dans l'attitude, la détermination. Je pense que ça a dû être très dur à vivre pour les joueurs et les joueuses d'évoluer dans des stades vides. Le retour du public est bon pour eux. Et pour tout le monde.

Chris Evert

Crédit: Eurosport

US Open
Federer-Nadal, qui est le plus fort sur "surface neutre" ? Djokovic répond par une pirouette
03/09/2021 À 08:10
US Open
Paire, Opelka, Isner, Ruud… L'un d'eux peut créer une belle surprise
25/08/2021 À 22:13