Trophée "bizarre", maillot des Bleus et bouille de gamin : Quand Novak Djokovic gagnait à Metz
Par Laurent Vergne
Mis à jour 08/11/2025 à 14:37 GMT+1
Avant de devenir le recordman des titres à Bercy et de soulever trois fois la Coupe des Mousquetaires à Roland-Garros, Novak Djokovic avait décroché sa toute première victoire sur le sol français à... Metz. Le Moselle Open était alors tout jeune. Djoko aussi. 19 ans. Sa carrière commençait tout juste à décoller. C'était le deuxième de ses 100 tournois gagnés. C'était le 9 octobre 2006. Souvenirs.
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Video credit: Eurosport
À l'époque, il n'est pas encore grand-chose. Un grand espoir, tout de même, déjà. Une promesse. Novak Djokovic a 19 ans. Le maître du monde s'appelle Roger Federer. Son dauphin menaçant est, déjà, Rafael Nadal. Il n'y a pas de troisième homme. Bientôt, Djokovic sera celui-là. Dans 15 mois, il triomphera à Melbourne pour décrocher le premier titre du Grand Chelem de sa carrière. Mais en ce mois d'octobre 2006, ses conquêtes sont encore modestes. Après un premier titre à Amersfoort en juillet, c'est à Metz qu'il double la mise. Le jeune Serbe a tout de même commencé à se faire un nom sur le circuit. Quart de finaliste à Roland-Garros et huitième de finaliste à Wimbledon, il vient d'atteindre la 16e place mondiale.
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Mais la star du week-end, c'est plutôt Anastasia Myskina. Casquette vissée sur la tête, la gagnante de Roland-Garros en 2004 est venue voir jouer son compagnon, Jurgen Melzer, l'adversaire de Djokovic en finale. Avant d'exploser en 2010 (il se hissera jusqu'au 6e rang du classement ATP), l'Autrichien fera d'abord parler de lui en dehors des courts, pour ses relations avec les joueuses de l'Est. Dominika Cilbulkova et Nicole Vaidisova viendront après Myskina. Ce 9 octobre 2006, à Metz, ce ne sera pas son jour. Non seulement il va perdre cette finale du simple, mais aussi, dans la foulée, celle du double, en compagnie de Julian Knowles. Furieux, il cassera une bonne partie du vestiaire.
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Jurgen Melzer lors du Moselle Open en 2006.
Crédit: Getty Images
On pressent que ce Djokovic va devenir bon. Très bon, même. Mais aucun coup ne stupéfait l'œil au premier regard. Rien ne semble sortir de l'ordinaire. Il est complet, solide, combatif, mais de là à l'imaginer un jour en champion le plus titré de l'histoire, il y a une marge. Un pas que personne ne franchit. À part lui-même, peut-être, en son for intérieur. Car ce que personne ne peut mesurer, c'est la folle ambition qui est la sienne et le désir brûlant qui irrigue ses veines. Djokovic est le fruit de son histoire, de son enfance sous les bombes pendant la guerre dans l'ex-Yougoslavie. Il y forgera une volonté inexpugnable qui l'emmènera jusque sur le toit du tennis mondial.
Je m'excuse, je ne parle pas français
En attendant les plus grands honneurs, c'est donc à Metz qu'il va soulever le deuxième trophée de sa naissante carrière. En chemin, il bat notamment Nicolas Mahut au premier tour (6-2, 6-3) puis un Sébastien Grosjean sur le déclin en demi-finale, à l'usure (6-7, 7-6, 6-1). Dans l'autre demie, Marc Gicquel bute sur Melzer. Le public messin rêvait d'une nouvelle finale 100% bleue aux Arènes, il se retrouve avec un "choc" austro-serbe. Mais sans le savoir, il va assister à une petite page d'histoire. Le premier sacre sur le sol français d'une légende naissante.
En finale, Djokovic passe à côté de son entame de match. Il perd le premier set, mais une fois son premier break en poche à sa septième tentative, il prend inexorablement le dessus sur Jurgen Melzer. Le gaucher autrichien s'enferre dans une filière longue à l'échange où Djokovic excelle déjà. Après une heure et cinquante-et-une minutes de match, sur un dernier ace claqué au T à 210 (son plus rapide de la partie), le minot de Belgrade tient son deuxième titre, sous les yeux d'une partie de sa famille. Son père, notamment.
Il est amusant de revoir ces images aujourd'hui, quasiment deux décennies plus tard. Le visage enfantin de Djokovic. C'est encore un gamin, mais on sent déjà de la personnalité chez lui. On apprécie son bonheur simple d'avoir gagné ce tournoi. "Je m'excuse, je ne parle pas français. J'ai entendu Jurgen l'autre jour, il se débrouille bien, mais malheureusement, moi, je ne le maîtrise pas", regrette-t-il. Dans ce domaine aussi, le polyglotte Djoko progressera très vite.
Il dit aussi son soulagement, car il vient de traverser une période difficile, peut-être la première de sa carrière. "C'est incroyable. J'ai joué le meilleur tennis de ma vie cette semaine (même si j'étais fatigué aujourd'hui) et je ne m'y attendais pas, savoure-t-il. Je suis extrêmement content d'avoir gagné ce tournoi, parce que c'était compliqué pour moi ces derniers temps, j'ai eu des tournois qui ne se sont pas bien passés, et la Coupe Davis, où j'ai eu des problèmes physiques", évoque-t-il. Ces mots et cette allusion ne sont pas anodins. Car si Djokovic a été blessé, c'est surtout dans son amour-propre.
Mon but est devenir numéro un mondial
Juste avant Metz, la Serbie a affronté la Suisse en barrages de la Coupe Davis, à Genève. Djokovic y a battu Stan Wawrinka en cinq sets le premier jour dans le duel des grands espoirs, mais son attitude a exaspéré le numéro un mondial, Roger Federer, lequel l'a accusé d'avoir joué avec le règlement en appelant à de multiples reprises le kiné pour récupérer. "Ce gars est une blague, avait tancé le Bâlois. Je ne crois pas à ses blessures. C'était du cinéma". Deux jours plus tard, Federer corrige le jeune Nole (6-3, 6-2, 6-3).
Metz, c'est sa réponse. Sa revanche. Les mots de Federer auraient pu lui faire mal, ils ont œuvré comme une source de motivation. Toute sa carrière, il fonctionnera ainsi, en réponse à tout ce qu'il voit, à tout ce qu'il entend. Pour la première fois, Novak intègre le Top 20. Arrivé en Lorraine avec le dossard 22 dans le dos, il n'est jamais redescendu plus bas depuis. Son ambition dégouline déjà de partout : "C'est une performance superbe pour moi, car je n'ai que 19 ans et cette année a été fantastique pour moi, mais mon but est devenir numéro un mondial, même si je sais qu'avec des joueurs comme Roger Federer et Rafael Nadal, ce sera difficile." Mais s'il ne sait pas encore comment ni quand il y arrivera, il sait déjà ce qu'il veut.
Lors de la cérémonie protocolaire, Djokovic reçoit ce trophée bizarre, difficilement oubliable, sorte d'énorme œuf vert à trous. Les joueurs s'en souviennent, ne serait-ce que parce qu'il pesait une tonne. Du vert dans les mains, et du bleu sur le dos, celui du maillot de l'équipe de France de football, finaliste de la Coupe du monde 2006. Des amis français lui ont offert au début du tournoi. Il se dit que cela va plaire au public. Il a raison, l'effet est réussi, l'acclamation immédiate. "Déjà, chez lui, on sentait cette envie de se faire aimer", confiera plus tard Julien Boutter, le futur patron du tournoi, présent ce jour-là. Évidemment, jamais il ne remettra les pieds à Metz, ce tournoi bientôt bien trop petit pour lui. Mais une partie de son histoire a pris son envol là-bas.
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