Beaucoup, parmi les observateurs du circuit, s’attendaient à des surprises dans cette édition 2020 d’un US Open à nul autre pareil. Surtout dans le tableau féminin où pas moins de six joueuses du top 10 manquaient à l’appel en raison de la pandémie de coronavirus. Force est de constater pourtant que l’affiche de cette finale du simple dames résulte d’une certaine logique. En préambule du Majeur américain, le Premier 5 de Cincinnati, délocalisé à Flushing Meadows, faisait office de préparation idéale et les deux mêmes joueuses - Naomi Osaka et Victoria Azarenka - se seraient disputées le titre si la première citée n’avait pas jeté l’éponge en raison d’une blessure à la cuisse.

La Japonaise avait pris cette décision pour ne pas compromettre ses chances pour cet US Open, bien lui en a pris. Après des débuts hésitants, sûrement à cause d’une certaine appréhension, contre sa compatriote Misaki Doi, Osaka a progressivement trouvé son rythme et a tenu son rang de prétendante au titre, elle qui avait triomphé à New York il y a deux ans. Si la jeune Marta Kostyuk lui a aussi pris un set au 3e tour, seule Jennifer Brady l’a réellement inquiétée en demi-finale dans un concours de canonnières. Très engagée dans le mouvement contre le racisme et les violences policières aux Etats-Unis, la tête de série numéro 4 a assumé sur le court et dévoilera un 7e masque avec le nom d’une victime afro-américaine samedi, comme elle l’avait promis le soir de son 1er tour.

US Open
Azarenka brise le rêve de Serena
11/09/2020 À 04:45

Voir Victoria Azarenka à ce stade, 7 ans après sa dernière finale de Grand Chelem au même endroit, est évidemment plus surprenant. Mais elle s’était donc quand même bien annoncée "à" Cincinnati. Elle a bien profité de la suspension du circuit pendant cinq mois pour revenir à son meilleur niveau et saisir la chance offerte par un tableau moins dense qu’à l’accoutumée. En pleine confiance et sur une série de 12 succès (en comptant le forfait d’Osaka), elle s’épanouit sur les courts rapides new-yorkais où elle n’a laissé que deux sets en route, battant au passage Serena Williams, ce qu’elle n’avait jamais réussi à faire lors de leurs 10 duels précédents en Grand Chelem. La Biélorusse a l’occasion de réaliser un doublé inédit à Flushing (et sans doute plus jamais possible).

Serena et Osaka reines du passing : le Top 5 des points des demies dames

Leur parcours

Naomi Osaka

1er tour : bat Misaki Doi [JAP] : 6-2, 5-7, 6-2
2e tour : bat Camila Giorgi [ITA] : 6-1, 6-2
3e tour : bat Marta Kostyuk [UKR] : 6-3, 6-7(4), 6-2
1/8e de finale : bat Anett Kontaveit [EST/N°14] : 6-3, 6-4
1/4 de finale : bat Shelby Rogers [EU] : 6-3, 6-4
1/2 finale : bat Jennifer Brady [EU/N°28] : 7-6(1), 3-6, 6-3

Victoria Azarenka

1er tour : bat Barbara Haas [AUT] : 6-1, 6-2
2e tour : bat Aryna Sabalenka [BLR/N°5] : 6-1, 6-3
3e tour : bat Iga Swiatek [POL] : 6-4, 6-2
1/8e de finale : bat Karolina Muchova [RTC/N°20] : 5-7, 6-1, 6-4
1/4 de finale : bat Elise Mertens [BEL/N°16] : 6-1, 6-0
1/2 finale : bat Serena Williams [EU/N°3] : 1-6, 6-3, 6-3

Et une deuxième finale à New York pour Osaka : les temps forts de son combat contre Brady

Face-à-face

Les deux joueuses ont croisé le fer à trois reprises sur le circuit et Osaka mène 2-1. Azarenka a remporté largement leur seule confrontation sur dur à l’Open d’Australie 2016 (6-1, 6-1), mais la Japonaise avait alors 18 ans. C’était avant son éclosion au plus haut niveau.

Depuis, Osaka s’est imposée sur terre battue à Rome en 2018 (6-0, 6-3) et à Roland-Garros en 2019 (4-6, 7-5, 6-3) face à la Biélorusse qui était, elle aussi, loin de son meilleur niveau. Difficile donc d’en ressortir des enseignements.

Elles ont dit

Naomi Osaka : "J'ai beaucoup appris dans les hauts et les bas que j'ai vécus, pas seulement en Grand Chelem mais sur le circuit en général. Je me sens plus forte mentalement aujourd'hui et ce sera intéressant de voir comment ça se passe."

Victoria Azarenka : "Il y a sept ans, après avoir gagné l'Open d'Australie et d'autres tournois, je jouais de manière régulière et on m'attendait en finale. Cette fois, je ne pense pas qu'on m'attendait à ce niveau. Mais c'est beaucoup plus marrant, plus épanouissant, plus agréable."

Les 3 stats à retenir

8. A chaque fois qu’elle a atteint les quarts de finale en Grand Chelem, Naomi Osaka est allée au bout. Elle en est désormais à 8 victoires pour aucune défaite à partir de ce stade de la compétition. Pour confirmer la tendance, il lui faudra décrocher un nouveau titre à Flushing et donc une 9e victoire.

4. Cela faisait quatre ans que Victoria Azarenka n’avait pas atteint deux finales consécutives. A l’époque, en 2016, la Biélorusse avait fait le doublé Indian Wells-Miami sur dur. Décidément, elle aime les Etats-Unis.

64. Comme le nombre de minutes passées en plus sur le court par Naomi Osaka, par rapport à Victoria Azarenka, lors de cet US Open. A trois reprises, la Japonaise a dépassé les 2 heures de jeu dans ce tournoi (contre Doi, Kostyuk et Brady), ce qui n’est arrivé qu’une fois à la Biélorusse (face à Muchova).

Notre avis

Vu la qualité des demi-finales, l’affiche promet une conclusion en fanfare. Du moins sur le plan tennistique. Car plus que jamais, le silence risque d’être assourdissant dans l’immensité du court Arthur-Ashe, et il est éminemment regrettable que quelque 23 000 fans new-yorkais ne puissent s’enthousiasmer pour le spectacle attendu. Entre deux joueuses impressionnantes dans leur capacité à tenir leur ligne et à agresser leurs adversaires, il devrait y avoir plusieurs morceaux de bravoure, et certainement quelques séquences de "ping-pong" endiablées.

Le choc a tenu toutes ses promesses : comment Azarenka a renversé Serena

Finalement, Naomi Osaka et Victoria Azarenka n’ont que peu de références l’une face à l’autre, en tout cas pas assez pour qu’il y ait un quelconque ascendant psychologique. Entre le tennis explosif de la première et la capacité de la seconde à jouer les "murs" du fond, difficile de dire qui prendra l’avantage. En forme et en grande confiance, elles n’ont pas encore connu la défaite raquette en main à Flushing Meadows cette année. Et elles ont montré à quel point elles étaient capables de faire abstraction du huis clos pour garder leur esprit compétitif, sans bénéficier du supplément d’âme ou de l’énergie apportés par des éléments extérieurs.

Pour Osaka, il sera avant tout très important de maintenir un haut pourcentage de premières balles pour se protéger de la qualité de relance adverse. Le défi sera sensiblement le même pour Azarenka qui avait souffert sur sa seconde balle dans la première manche contre Serena. Mentalement, les deux championnes semblent bien armées : la Japonaise n’a jamais perdu une finale de Grand Chelem, quand la Biélorusse prend tout ce qui lui arrive comme du bonus après ses galères passées. Si l’on devait donner un petit avantage, ce serait éventuellement à Osaka qui semble être enfin à l’aise dans son costume de star du circuit. Surtout, elle a plus de repères et de résultats majeurs récents, ce qui pourrait l’aider à mieux aborder l’événement. Mais cette finale devrait être serrée et à suspense, du moins peut-on l’espérer.

Notre pronostic : Naomi Osaka en 3 sets.

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