On attendait Kim Clijsters, mais c’est bien Tsvetana Pironkova qui crée l’événement en ce début de tournoi. Dans la catégorie come-back improbable et réussi, la Bulgare se pose là. Voici trois ans, à la suite d’une défaite au 2e tour de Wimbledon contre Caroline Wozniacki, elle avait rangé sa raquette, usée par 15 ans de circuit et prête à entamer un nouveau chapitre de sa vie. Mais l’adrénaline de la compétition lui manquait. Devenue mère d’un petit Alexander entre-temps, elle s’est lancée le défi de redevenir une joueuse de tennis professionnelle.

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Pari gagné dès son tournoi de reprise où elle vient d’enchaîner deux victoires d’affilée, sortant au passage l’une des favorites de cet US Open 2020, Garbine Muguruza, finaliste à Melbourne en début d’année. "Je ne vais pas le cacher, je ne m’attendais pas à ce que mon premier tournoi soit aussi bon et à jouer si bien. Je prends ! C’est pour ça que je suis revenue, pour ces matches, pour ces grandes scènes", a-t-elle confié aussi incrédule que ravie.

Frustrée, Muguruza a passé ses nerfs (deux fois) sur sa raquette

Un come-back facilité par un changement de règlement

A 32 ans, Pironkova s’offre donc un début de seconde carrière en fanfare. Un retour inattendu au premier plan qu’elle doit aussi à un changement de règle important initié par la WTA pour les joueuses qui tentent de se relancer sur le circuit après avoir eu un enfant. "Je peux jouer 12 tournois avec le classement que j’avais quand je me suis arrêtée (elle était 123e après Wimbledon en 2017, NDLR). Deux de ses tournois peuvent être des Grands Chelems, ce qui est une immense opportunité comme vous pouvez le constater. Et à cause du coronavirus, ça a joué en ma faveur ici parce j’ai pu intégrer directement le grand tableau. Cette nouvelle règle est l’une des raisons qui m’ont poussée à revenir."

Pendant ces trois ans en dehors du circuit, Pironkova a aussi lancé une ligne de vêtements "athleisure" (comprendre une synthèse entre les mondes du sport et de la mode) qu’elle a nommé "Pironetic". Mais rien à faire, la compétition lui manquait trop. "C’était super, je dois dire. Je me sentais assez à l’aise en tant que mère à temps plein. Peut-être trop à l’aise. Je me suis dit qu’il fallait que je relève ce défi et sortir de ma zone de confort", a-t-elle avoué. Et fidèle à sa réputation de coupeuse de têtes, elle a remporté le 22e match de sa carrière contre une top 20 en s’offrant Muguruza.

Muguruza disparait déjà face à la revenante Pironkova

"Ce n'est pas parce que vous devenez mère que vous ne savez plus jouer"

Car si Pironkova n’a jamais été mieux classée que 31e joueuse mondiale voici une dizaine d’années, elle peut se targuer d’avoir atteint les demi-finales de Wimbledon la même année. La Bulgare aime surprendre : elle a ainsi remporté son seul titre sur le circuit à Sydney en 2014 en sortant des qualifications, puis en enchaînant deux victoires de prestige face à Petra Kvitova en demie et Angelique Kerber en finale. Avec l’arrêt du circuit à cause du coronavirus, elle savait que certaines joueuses manqueraient de repères et elle en a profité à merveille.

Mais Pironkova n’est pas du genre à s’enflammer. Ce statut de mère et joueuse n’est plus une rareté sur le circuit. Rien que dans le tableau de cet US Open, huit de ses collègues – Serena Williams, Victoria Azarenka, Kim Clijsters, Tatjana Maria, Vera Zvonareva, Olga Govortsova, Kateryna Bondarenko et Patricia Maria Tig – ont cette double casquette. "C’est vraiment sympa de voir de plus en plus de mamans sur le circuit chaque année. Ce n’est pas parce que vous devenez mère que vous ne savez plus jouer, comme par magie", a-t-elle encore lancé, fort à propos.

Particulièrement à l’aise dans des conditions rapides et avec un rebond bas avec son slice atypique de coup droit, Pironkova a donc repris le fil de sa carrière, presque comme si de rien n’était à Flushing Meadows. "Ces courts conviennent bien à mon jeu. C’était une surprise sympa pour moi, parce qu’il y a quelques années, ils étaient beaucoup plus lents." Au 3e tour sans avoir perdu le moindre set, elle savoure. "Avoir un enfant change les priorités. Avant, c’était une question de vie ou de mort de gagner un match. Ce n’est plus vraiment comme ça maintenant, c’est avant tout plaisir." Relâchée et sans pression, Pironkova n’a peut-être pas fini d’étonner.

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