C'était un samedi fou comme Flushing Meadows en a parfois mis en scène. Le 6 septembre 2014, à la surprise générale, Novak Djokovic et Roger Federer, les deux grands favoris de l'US Open, tombaient l'un après l'autre en demi-finales, respectivement sous les coups de Kei Nishikori et Marin Cilic. Malgré sa défaite dans la foulée face au Croate, le Japonais incarnait, à 24 printemps, une potentielle relève crédible au "Big 3". Mais celui qui fut le premier Asiatique à atteindre une finale de Grand Chelem (en simple messieurs) a, depuis, déchanté. A tel point que le voir terrasser le numéro 1 mondial à nouveau ressemblerait à une plus grande sensation encore qu'à l'époque.
Car en sept ans quasiment jour pour jour, bien des choses ont changé. En s'imposant lors de cette fameuse demi-finale, Nishikori semblait avoir posé les fondations d'une future belle rivalité. Capable de regarder dans les yeux en fond de court Djokovic, il menait même alors deux victoires à une. Mais depuis, le Serbe a, pour le dire poliment, inversé la tendance : il mène désormais 17-2 dans leurs confrontations. Vous l'aurez compris, il n'a plus perdu contre le Japonais : 16 victoires consécutives, dont 11 sans perdre le moindre set, circulez, y a rien à voir.

Novak Djokovic et Kei Nishikori à l'US Open 2014

Crédit: Getty Images

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16 succès de suite et une démonstration à Tokyo : Djoko peut voir venir

La dernière ne date d'ailleurs que de quelques semaines, en quart de finale des Jeux Olympiques de Tokyo. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'incite guère à l'optimisme pour l'ancien membre régulier du Top 10, désormais 56e à l'ATP. Chez lui, il a été éparpillé sans ménagement en 1h10, ne parvenant à sauver que deux jeux (6-2, 6-0). Mais comment expliquer un tel ascendant pour Djokovic alors que les deux joueurs possèdent pas mal de qualités similaires à l'échange ?
Indéniablement, le numéro 1 mondial a trouvé la clé pour neutraliser le tennis spectaculaire de Nishikori. "C'est important pour moi de bien servir et d'essayer de ne pas lui donner trop de rythme parce qu'il aime ça. Il aime frapper la balle tôt, rester proche de sa ligne de fond. Je connais bien son jeu, nous avons joué l'un contre l'autre aux Jeux, je sais ce qui m'attend. J'attends avec impatience ce bon défi", a-t-il analysé après sa démonstration du 2e tour contre Tallon Griekspoor (6-2, 6-3, 6-2).

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Le service, un coup-clé dans leur rapport de forces

Le service est effectivement une des clés importantes dans le rapport de forces entre les deux hommes. Par sa taille (1 mètre 88 contre 1 mètre 78 au Japonais) et l'apport technique récent sur ce coup de son coach Goran Ivanisevic, Djokovic possède un avantage indéniable. Capable d'appuyer bien plus qu'auparavant ses secondes balles et de toucher toutes les zones après son lancer de balle illisible, il obtient un nombre de points gratuits significatif sur ses engagements, même face à un relanceur de la trempe de Nishikori.
A Tokyo, le Serbe n'avait même pas eu besoin de servir beaucoup de premières balles (53 % en jeu mais 85 % de réussite derrière, et 78 % derrière la seconde) pour déstabiliser son adversaire, n'ayant à écarter qu'une minuscule balle de break dans la partie. Capable de varier les zones et les vitesses à l'échange, il avait fait aussi exploser régulièrement le Japonais en fond de court. "Je crois que sa plus grande force, c'est le contrôle de la balle. Il peut la frapper et la placer où il veut que ce soit avec son coup droit et son revers. Il sert bien, c'est le meilleur relanceur du circuit. Par rapport aux autres, il fait moins de fautes directes. Il a tout dans son jeu", a d'ailleurs reconnu Nishikori.
Alors, est-ce d'ores et déjà peine perdue pour l'ami Kei ? A tout le moins, sa mission s'annonce compliquée. D'autant qu'il ne s'est pas facilité la tâche en dépensant pas mal d'énergie au tour précédent contre Mackenzie McDonald (victoire 7-6, 6-3, 6-7, 2-6, 6-3 en quasiment 4 heures de jeu !). Reste qu'il se sent bien sur les courts de Flushing Meadows et que le souvenir de son exploit de 2014 est encore vivace, même si Djokovic a eu sa revanche entre-temps en 2018, toujours en demi-finale (6-3, 6-4, 6-2).

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Le souvenir de 2014 et une agressivité de tous les instants pour déjouer les pronostics

"Je pense que c'était l'un des meilleurs matches de ma carrière. Et grâce à ça, j'ai toujours des sensations un peu meilleures quand je joue ici. Même si c'est le meilleur joueur du monde, j'ai de bons souvenirs de ce duel à l'US Open quand je l'ai battu. Je préférerais avoir à affronter quelqu'un de moins bien classé. Personne ne veut jouer le numéro 1 mondial dès le 3e tour, c'est évident. Mais j'adore les défis. Même si j'ai un mauvais bilan contre lui, j'essaie toujours d'être positif. Je ferai de mon mieux", a estimé le Japonais.
Grâce à son exceptionnelle couverture de terrain, à sa science unique du placement de balle, le tennis-pourcentage de Djokovic contraint ses adversaires à jouer à la perfection (ou presque) pour gagner chaque point. Si Nishikori l'avait mis en difficulté il y a sept ans par sa vitesse d'exécution, il avait aussi pu compter sur des fautes inhabituelles du Serbe, peut-être un peu plus sensible que lui ce jour-là aux conditions d'extrême chaleur (36 degrés au pire avec une sacrée humidité). La météo, un allié inattendu sur lequel il ne pourra pas compter cette fois (26 degrés prévus au maximum).

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Une équation impossible à résoudre ?

L'équation, presque impossible à résoudre, sera donc avant tout tennistique, mais Nishikori veut tout de même s'inspirer de sa performance de l'époque. "Je dois rester patient, mais je vais devoir jouer du grand tennis pour le battre. En même temps, il faut que je sois agressif. Il ne va pas me donner de points gratuits, je devrai les mériter. Être agressif sera vraiment la clé." Emmener le Serbe dans sa filière à haute vitesse, en prenant le risque de dérailler - c'est-à-dire de surjouer en cherchant à trop vite déborder son adversaire et en accumulant les fautes -, c'est l'immense défi qui l'attend.
Alors qu'il a toujours des difficultés à retrouver son meilleur niveau, du moins régulièrement, depuis sa dernière blessure au coude droit (il a été opéré en octobre 2019, NDLR), difficile d'imaginer le Japonais gravir l'Everest pour la seconde fois en sept ans. Le voir rivaliser sur un set avec le numéro 1 mondial serait déjà une petite victoire. A moins que la magie ne réopère soudain et que l'enjeu majuscule de cet US Open ne vienne polluer l'esprit du "Djoker". Une chose est sûre, Nishikori, lui, doit y croire : il l'a déjà fait, et personne ne donnait déjà à l'époque cher de sa peau.
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