Wimbledon 2018 - Wimbledon 2021 : Djokovic, trois années de folie qui ont tout changé
Par Laurent Vergne
Publié 12/07/2021 à 01:09 GMT+2
WIMBLEDON – Vainqueur de Matteo Berrettini dimanche, Novak Djokovic a décroché son 20e titre du Grand Chelem pour égaler Roger Federer et Rafael Nadal. En trois ans, le Serbe a rejoint ses deux rivaux au prix d'un incroyable sprint : huit couronnes majuscules, de Wimbledon 2018 à Wimbledon 2021, pour le propulser encore plus haut dans l'histoire de son sport.
Novak Djokovic triomphe pour la 6e fois, la 3e consécutiv,e à Wimbledon.
Crédit: Getty Images
Roland-Garros, juin 2018. Novak Djokovic s'incline en quarts de finale contre Marco Cecchinato sur le court Suzanne-Lenglen. Furieux contre lui-même, le Serbe donne une conférence de presse express dans la petite salle d'interview, explique que s'il est de retour quelque part, ce n'est pas tout près du top niveau mais "dans le vestiaire", assure qu'il ne sait même pas s'il va jouer sur gazon après cette déception. C'est une sorte de point bas dans sa carrière, en tout cas depuis qu'il est devenu un des trois personnages centraux du tennis mondial.
Novak Djokovic a alors 31 ans. Sa carrière l'a comblé. Mais après des années de domination, Roger Federer et Rafael Nadal ont repris la main. Ce Roland-Garros, l'Espagnol va évidemment le gagner. "Rodgeur" et "Rafa" trustent tout. A eux deux, ils ont remporté les six derniers tournois majeurs, depuis le début de l'année 2017. Trois chacun. Federer est à 20. Nadal à 17. Djokovic, lui, est bloqué à 12. Cela fait deux ans qu'il n'a plus soulevé le moindre trophée majeur. Son dernier sacre remonte à Roland-Garros 2016, quand il avait complété un double Grand Chelem, sur l'ensemble de sa carrière et à cheval sur deux ans.
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Marco Cecchinato and Novak Djokovic.
Crédit: Getty Images
Du point bas à la période faste
Après ça, de décompression en blessures, il a passé la main, puis franchement laissé la place. En quittant Paris furibard en 2018, il occupe la 22e place du classement ATP. Son plus mauvais classement depuis l'été 2006, alors qu'il n'avait encore que 19 ans. Mais ce point bas, on le sait aujourd'hui, va lui servir de rampe de lancement pour une nouvelle période faste, incroyablement faste même. Peut-être la plus impressionnante de sa carrière, ce qui en dit long compte tenu de ses accomplissements passés. Pourtant, il aurait fallu une bonne dose d'audace pour imaginer que, trois ans plus tard, Djokovic aurait rejoint ses deux plus grands rivaux pour devenir co-recordman des titres en Grand Chelem.
Un mois après sa défaite contre Cecchinato porte d'Auteuil, Djoko, redevenu Djoker, remettait la marche avant en s'adjugeant son 4e titre à Wimbledon. Son 13e, au total, dans les Majeurs. "Ça a été un long chemin, dit-il alors à propos de ces deux années de creux. J'ai dû réapprendre la patience, surtout après mon opération du coude. Pendant des mois, j'étais très frustré, parce que j'attendais peut-être trop de moi et je ne comprenais pas pourquoi je n'arrivais pas à être au niveau auquel je me suis habitué. Mais pour être honnête, je ne m'attendais pas à revenir à ce niveau-là à Wimbledon. Si vous m'aviez dit ça après Roland-Garros, je n'y aurais pas cru. Mais en même temps, il y a toujours une partie de moi qui y croit toujours."
Ce fut peut-être ça, la plus importante victoire de Novak Djokovic en 2018 : chasser ce doute, insidieux. Beaucoup ne s'en seraient pas relevés mais lui, avec cette sorte de foi inébranlable qui l'habite, même quand rien ne tourne rond, ne pouvait au fond que se remettre la tête à l'endroit. Ce n'était qu'une question de temps.
En trois ans, seulement deux "vraies" défaites
La roue avait tourné pour lui, et elle tournera pour Federer et Nadal. Ce sera leur tour de connaître des hauts et des bas, surtout dans le cas du Suisse. Reste que, même après ce Wimbledon 2018, imaginer ce fameux 20-20-20 trois ans plus tard, seulement trois ans plus tard, ne relevait toujours pas de l'évidence. Djokovic lui-même s'interrogeait à ce sujet après ce 13e trophée majeur il y a trois étés : "Je comprends qu'on se pose la question de savoir si je peux à nouveau jouer à ce niveau pendant une longue période. Croyez-moi, je me la pose aussi. Je ne sais pas de quoi l'avenir sera fait, mais j'ai envie d'être optimiste."
C'était il y a trois ans et désormais, chacun connaît la réponse. En trois ans, malgré l'annulation en 2020 d'un Wimbledon dont il aurait à coup sûr été le grandissime favori, Novak Djokovic a remporté huit des douze tournois du Grand Chelem disputés.
Sur ces trois années, Djokovic n'a subi que deux véritables défaites, à Roland-Garros, contre Dominic Thiem (demi-finale, 2019) et Rafael Nadal (2020, finale). Les deux autres fois où il n'est pas reparti avec la coupe, c'était après un abandon (US Open 2019, face à Stan Wawrinka) et une disqualification (US Open 2020, contre Pablo Carreno Busta). Pour le reste, il a tout raflé à Melbourne et Londres.
Le palmarès de Lendl, Agassi ou Connors en trois ans
Trois ans. Huit titres. L'équivalent du palmarès sur la carrière entière d'un Jimmy Connors, d'un Ivan Lendl ou d'un Andre Agassi. Un titre de plus qu'un John McEnroe ou un Mats Wilander. Un nouveau Grand Chelem en carrière complété. Et tout ça entre 32 et 34 ans. Des champions illustres n'ont pas cumulé autant d'honneurs en une vie entière. Compte tenu de son âge et de la période délicate dont il sortait, ces trois années constituent peut-être le sommet de la carrière de Novak Djokovic.
D'autant que ce n'est peut-être pas fini. Probablement pas. Si ce Wimbledon a confirmé une chose, c'est que personne n'est de taille à stopper, ou même freiner sa marche en avant. Roger Federer paie son âge et son genou. Rafael Nadal n'a même pas pu l'arrêter dans son jardin parisien. La NextGen, fait ce qu'elle peut, c'est-à-dire pas assez.
Aujourd'hui, Novak Djokovic est plus seul que jamais. Pour la première fois depuis Rod Laver en 1969, un joueur a remporté les trois premiers tournois majeurs de la saison. Petit Chelem en poche, le Serbe ira chercher le Grand à New York. Pour le 21e. celui qui le placera seul, tout en haut. Ce serait conforme à ce qu'est (re)devenu le tennis masculin depuis trois ans maintenant.
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Novak Djokovic après son titre à Wimbledon en 2021
Crédit: Getty Images
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