On avait presque fini par l'oublier. Taylor Fritz restait dans un coin de nos têtes, mais plus tout à fait au centre de l'attention. Depuis son titre à Indian Wells au mois de mars, en battant Rafael Nadal Nadal en finale, l'Américain était resté relativement discret.
Sur ses 13 matches suivants, son bilan a été presque anecdotique : 7 victoires, 6 défaites. Il a traversé le printemps terrien sans éclat en dépit d'un quart de finale à Monte-Carlo, ce qui n'était pas une immense surprise, mais ses deux défaites au premier tour à s'Hertogenbosch, puis au Queens à l'entame de la courte saison sur herbe avaient davantage suscité l'inquiétude. Mais aujourd'hui, "Fritz is back".
Il ne fallait donc pas s'affoler. "C'était un point bas", admet le Californien à propos de sa reprise laborieuse sur herbe, même s'il avait quelques circonstances atténuantes, freiné qu'il était par une tendinite au genou. "J'ai eu quelques blessures ces derniers temps, il faut juste que je retrouve la santé et mon jeu et les résultats suivront", jugeait-il juste avant le début de la quinzaine londonienne. Il a vite rectifié le tir. Un titre à Eastbourne, puis un début de Wimbledon parfait puisque le voilà en quarts de finale, une grande première pour lui en Grand Chelem, le tout sans avoir perdu le moindre set.
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Fritz, le service et le sang-froid pour un nouveau sacre

Les plus tatillons relèveront que Fritz a bénéficié d'un tableau sur mesure au All England Club. Lorenzo Musetti au premier tour, puis Alastair Gray, Alex Molcan et Jason Kubler, face auquel il a dignement célébré le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine. On a effectivement connu parcours plus complexe pour rallier les quarts d'un tournoi majeur. Mais difficile de le lui reprocher. Le travail a été bien fait. Désormais, c'est peu dire qu'il va devoir changer de braquet. Finie la promenade. Rafael Nadal l'attend pour son baptême du feu à ce stade de la compétition.
L'Espagnol, à trois marches d'un Petit Chelem en attendant, peut-être, de viser le grand à l'US Open, n'a pas oublié la finale d'Indian Wells, où il avait subi sa première défaite de l'année. Interrogé sur le court, lundi, après sa victoire contre Botic van de Zandschulp, Nadal a suscité les rires du public à l'évocation de son quart de finale : "Il joue bien, il fait une super saison, il a gagné son premier Masters 1000... en me battant d'ailleurs au passage en finale."
Cette référence dans le désert californien peut-elle aider Taylor Fritz avant les retrouvailles, mercredi ? Oui et non. Le grand bénéfice de cette victoire pour le numéro un américain, c'est d'avoir fait sauter un verrou. "Après cette finale, j'étais comme dans un rêve, ça ne me semblait pas réel d'avoir réussi à faire ça, je pensais que quelqu'un allait me dire que ce n'était pas vrai, explique-t-il dans le Town and country mag, un journal de San Diego. Mais c'était aussi important de battre Rafa en finale que de gagner le tournoi, ça m'a convaincu que j'étais à ma place."

Un dernier coup droit gagnant et Fritz peut exulter : la balle de match face à Nadal

L'autre atout, c'est la démarche à suivre. Il la connaît. "J'avais été très agressif dans ce match, c'est comme ça qu'il faut être contre quelqu'un comme Rafa, ajoute-t-il. D'une certaine manière, c'est facile de prendre les décisions, plus que si je jouais contre quelqu'un que je dois absolument battre. Il n'y a pas à se forcer à jouer de cette façon, parce que tu sais que c'est la seule voie." La pente est forte, mais la route est droite, en quelque sorte.
Pour autant, il y a un monde entre une finale de Masters 1000 et un quart de finale en Grand Chelem, un territoire encore inexploré pour Taylor Fritz. Il va aussi affronter un Nadal qui ne sera pas diminué physiquement (le Majorquin avait été touché aux côtes et avait d'ailleurs dû renoncer au début de la saison sur terre battue), même si lui-même n'était pas à 100% (il souffrait du pied et avait même envisagé un temps de déclarer forfait). "Ce sera un match très différent d'Indian Wells, et il faudra encore mieux jouer", concède l'Américain.
Premier représentant de l'Oncle Sam en quarts de finale d'un tournoi majeur depuis l'inattendu Tennys Sandgren à Melbourne voilà deux ans, Taylor Fritz fait face à un défi d'une envergure inédite pour lui. Il a certes beaucoup avancé cette saison mais là, c'est un bond de géant qu'il doit effectuer. Jannik Sinner en a encore eu la preuve mardi face à Djokovic : bousculer ces monstres-là, c'est une chose. Les terrasser en est une autre.

Taylor Fritz, un exploit sinon rien face à Nadal.

Crédit: Getty Images

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