Wimbledon 2024 | L'antisèche : En dominant nettement Novak Djokovic en finale, Carlos Alcaraz a fait tomber les masques

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Il n'y a pas eu photo. Alors que l'affiche promettait une immense finale, Carlos Alcaraz n'a laissé absolument aucune chance à Novak Djokovic (6-2, 6-2, 7-6) pour conserver son titre à Wimbledon. Un choc avorté, loin de celui d'anthologie en 2023, qui a révélé les limites actuelles du Serbe, opéré du genou récemment, autant que la dimension prise par le prodige murcien.

Novak Djokovic et Carlos Alcaraz à Wimbledon en 2024

Crédit: Getty Images

Le pourquoi du comment

La montagne a accouché d'une souris. Les spectateurs du Centre Court n'ont pas eu droit à un nouveau chef d'œuvre entre deux extraterrestres ce dimanche en finale, comme ce fut le cas voici tout juste un an. La revanche tant souhaitée par Novak Djokovic a malheureusement tourné court pour le Serbe, dominé dans tous les secteurs sauf en pourcentage de premières balles. Le miracle de cette quinzaine pour lui ne s'est pas prolongé jusqu'au bout. Son rival, par son intensité, a révélé ce qu'il manquait encore au septuple vainqueur pour retrouver son tout meilleur niveau.
Car Djokovic avait réussi l'exploit de faire presque oublier qu'il avait subi une arthroscopie du ménisque du genou droit il y a un peu plus d'un mois. Atteindre une 10e finale à Wimbledon, une 37e en Grand Chelem dans ces conditions est une prouesse hors du commun. Mais en dominant avec une certaine marge Lorenzo Musetti en demie, il semblait être sur une trajectoire suffisamment ascendante pour espérer rivaliser en finale. C'était un leurre. Face à la puissance adverse en fond de court, il a vite montré des signes de découragement, baissant la tête dès le premier set.
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Carlos Alcaraz lors de la finale de Wimbledon en 2024

Crédit: Eurosport

Comme un aveu de faiblesse, le septuple vainqueur s'est rué au filet pour fuir le bras de fer à l'échange, mais souvent dans de mauvaises conditions. Même s'il a lui aussi commencé le match tendu, Alcaraz s'en est vite rendu compte et il a appuyé là où ça faisait mal. Dans la diagonale coup droit, le jeune Espagnol a fait notamment des dégâts considérables, pilonnant un adversaire incapable de répondre, et parfois suspect sur certains appuis en défense. A plusieurs reprises, il a même renoncé à courir sur certaines amorties.
Djokovic reste un immense champion et il a retrouvé un bel esprit combatif pour rester au contact dans le troisième set, puis même écarter trois balles de match et débreaker à 5-4, refusant de mourir. Mais il ne devait ce sursis qu'à une petite absence d'Alcaraz notamment sur sa 3e occasion de conclure en volée liftée. Le Murcien est lui aussi hors normes et n'a pas paniqué. La manière dont il a serré le jeu dans le tie-break montre à quel point il maîtrisait son sujet et était conscient de sa marge sur ce match. La marque des plus grands.

Le moment-clé

Dans cette finale, le débreak de Novak Djokovic en sauvant trois balles de match à 5-4 dans le troisième set aurait pu constituer un tournant majeur. Il n'en a rien été puisqu'Alcaraz s'est bien rattrapé dans le jeu décisif qui a suivi. Sauf dans le troisième set, le match fut globalement à sens unique et son entame a tout déterminé. Le premier jeu, lors duquel la tension était palpable des deux côtés du filet, a été le plus disputé. En le remportant après 13 minutes de combat en convertissant sa 5e balle de break, "Carlitos" a lancé une dynamique finalement irrésistible.

La stat : 51 %

C'est le taux bien trop faible de réussite de Novak Djokovic au filet. Conscient qu'il ne pouvait remporter le duel en fond de court, le Serbe s'est précipité vers l'avant, s'exposant à un certain nombre de punitions. Sur 53 montées, il n'a gagné le point que 27 fois. Dans le premier set, la statistique tombait même à 33 % (4/12). Par comparaison, Alcaraz a remporté 73 % de ses points à la volée (16/22), ce qui en dit long sur la différence d'efficacité entre les deux hommes quand ils ont dicté le jeu.

La décla

Carlos Alcaraz lors de la cérémonie de remise des trophées : "J'étais si nerveux pendant ce discours que j'ai oublié d'avoir un mot pour Novak et son équipe. Ces dernières semaines ont été de toute évidence très difficiles pour toi, vous avez fait un travail incroyable après Roland-Garros. Je ne savais pas si tu serais capable de jouer ce tournoi. Et aller jusqu'en finale et faire ce parcours, c'est incroyable. J'en parlais avec ma propre équipe : c'est difficile à réaliser que juste en deux semaines en jouant des sets d'entraînement sur cette surface délicate, tu y sois parvenu. J'ai un immense respect pour toi et ton équipe."

La question : Alcaraz a-t-il définitivement pris le dessus sur Djokovic ?

Leur duel avait été homérique en 2023 et, malgré la victoire finale d'Alcaraz, il semblait à l'époque un peu prématuré d'évoquer un changement d'ère. Djokovic l'avait d'ailleurs montré en s'adjugeant l'US Open et le Masters pour finir la saison. Mais ce dimanche, et ce malgré une petite révolte dans le troisième set, le Serbe a été totalement dépassé, comme rarement depuis qu'il a atteint le sommet du jeu. Plus qu'une confirmation pour Alcaraz, le match a eu des allures de démonstration.
Alors le "Djoker" a-t-il vraiment passé la main cette fois ? Cette défaite s'inscrit en tout cas dans la dynamique d'une saison 2024 très compliquée pour celui qui a banalisé l'extraordinaire. Certes, il a atteint sa 37e finale en Grand Chelem, et ce n'est pas rien, surtout si peu de temps après être passé sur la table d'opération. Mais il s'agissait aussi de sa première finale tout court cette année. Et son parcours au All England Club, avec une première semaine abordable, six matches – il a bénéficié du forfait d'Alex de Minaur en quart de finale – et aucun Top 10 affronté avant Alcaraz, limite la portée de son rebond.
Djokovic peut évidemment construire sur cette quinzaine, mais Alcaraz, en le dominant de la sorte, a confirmé un rapport de force qui s'est clairement inversé face à la jeune génération ces derniers mois. En Australie, Jannik Sinner avait déjà signé une victoire très autoritaire sur le Serbe. L'Italien et l'Espagnol sont passés devant tennistiquement et ont pris l'ascendant psychologique cette saison et le temps ne joue évidemment pas en faveur du "Djoker". Il n'est pas l'heure d'enterrer un tel champion, surtout au terme d'une finale qu'il n'a pas pu disputer à 100 % de ses moyens. Mais les retrouvera-t-il ? Le doute est permis.
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