Wimbledon 2024 | Le tie-break, ce test ultime du mental

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Mercredi, Jannik Sinner a dû batailler face à Matteo Berrettini avant de s'imposer en quatre sets, 7-6, 7-6, 2-6, 7-6. Tout s'est joué sur trois tie-breaks. Un écart infime, en somme. Infime, vraiment ? En apparence seulement. Dans le jeu décisif, rien n'est plus important que la confiance et la dimension psychologique. Celui qui prend l'ascendant dans ce domaine l'emporte toujours.

Jannik Sinner.

Crédit: Getty Images

Un jour, Jimmy Connors a défini le tennis comme un sport reposant à 90% sur le mental. Le père Jimbo ne s'appuyait sur aucune étude scientifique, et on pourrait gloser longtemps sur l'exactitude de la statistique avancée, qui ne se basait que sur le ressenti du champion américain. Mais si vous demandez leur avis à tous les joueurs, une immense majorité effectuera la même analyse. Dans ce sport, c'est souvent le plus solide sous le crâne qui aura le dernier mot. Et ce n'est sans doute jamais aussi vrai que dans l'exercice du tie-break, le test ultime du mental.
Mercredi soir, Jannik Sinner a eu besoin de quatre sets pour remporter le derby d'Italia contre Matteo Berrettini. Le numéro un mondial a empoché les trois manches qu'il a gagnées au jeu décisif. Et c'est tout sauf un hasard. "Tout peut aller très vite dans un tie-break, relève Sinner. Je crois qu'il y en a deux que je gagne où Matteo a pourtant un mini-break d'avance. Le 'momentum' peut basculer très vite. Il faut bien servir bien sûr, mais ce sont les petits détails qui font la différence." Et ces détails penchent presque toujours du côté de celui qui, dans sa tête, sera plus fort que l'autre.
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A côté du duo Sinner-Alcaraz, qui pour jouer les trublions à Wimbledon ?

Video credit: Eurosport

Mais comment cela se matérialise-t-il ? Après tout, on pourrait se dire que, dans les trois-quarts des cas, le meilleur des deux serveurs devrait avoir l'avantage, surtout sur gazon. C'est une idée souvent bien ancrée. Le tie-break favorise le serveur. Mais le serveur, aussi redoutable soit-il, sera fragilisé dans un jeu décisif s'il est en proie au doute ou au stress. Si, pour résumer, il flanche psychologiquement. Et c'est encore plus vrai dans un tie-break décisif, quand il n'y a plus d'après, que le match se joue là, maintenant, sur ces quelques points.
Lors de la saison 2015, Ivo Karlovic avait vécu une "drôle" de mésaventure. Sur l'ensemble de l'année, le Croate avait disputé 10 matches au tie-break décisif. Il les avait tous perdus. 9 fois au 3e set, et une fois au 5e, à l'US Open (1). De Doha en janvier à Bercy en novembre, le scénario s'était inlassablement répété. Incroyable, pour un joueur de son profil, le serveur le plus redouté du circuit. Mais si le serveur se tend, s'il force, s'il ne trouve plus sa première balle dans ce moment si décisif, être un grand serveur ne sert plus à grand-chose. Or tout part de la tête, pas du bras.
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Ivo Karlovic.

Crédit: Eurosport

Dans l'ère Open, les deux joueurs avec le meilleur taux de réussite au tie-break sont Novak Djokovic (66,4%) et Roger Federer (65,3%). Qui sera surpris ? Dans le Top 10, on retrouve également Arthur Ashe, Pete Sampras, John McEnroe, Andy Roddick, John Newcombe et Rafael Nadal. Tous des vainqueurs en Grand Chelem. Seul Roddick n'en a gagné qu'un. En 2023, Djokovic est monté à 78,9% de réussite. Il n'en a perdu que 8 sur 38. Dont une série de 13 tie-breaks gagnés consécutivement.
"Je pense qu'il faut d'une certaine manière se 'verrouiller' mentalement, expliquait Djokovic l'an dernier à Roland-Garros. Je me dis : 'OK, je me concentre uniquement sur le prochain point, et je dois vraiment garder les idées claires par rapport à ce que je veux faire en fonction de l’adversaire que j’affronte.' Depuis le début de ma carrière, j'ai un très bon bilan dans les tie-breaks. Mon adversaire le sait, et je le sais. Ça m'aide mentalement. En arrivant au jeu décisif, je sais que j'ai peut-être un ascendant, et j'essaie de l'utiliser."
Se verrouiller mentalement. La chose a l'air simple, presque évidente, mais de la théorie à la pratique, l'écart est gigantesque. Le tennis est un sport qui s'apparente à une lutte entre deux cerveaux. Un peu comme dans Scanners, le film de David Cronenberg. Si l'on met de côté l'aspect sanglant et mortel (heureusement !), oui, le tennis ressemble à ce combat psychique où l'on doit prendre possession du cerveau de l'adversaire pour le détruire. Ce qui relève du combat concret chez Cronenberg est ici une métaphore, mais on parle souvent de "rentrer dans la tête de son adversaire" et l'image est à la fois vraie et parlante.
C'est une vérité d'une manière générale dans tous les moments du match, mais cela l'est davantage encore quand l'enjeu est plus important, quand l'instant est déterminant. Voire décisif. Comme dans un tie-break, où se joue le set, et parfois le match. "Personne ne traite un tie-break comme n'importe quel autre jeu du match, rappelait Rafael Nadal il y a quelques années. Si quelqu'un vous dit ça, il est probable qu'il soit en train de mentir."

Tout ça se travaille

Le taux d'adrénaline dans le corps grimpe naturellement au moment du tie-break. Parce que chacun des deux protagonistes a conscience de l'enjeu. Il faut donc garder la tête froide, sa lucidité, et avoir confiance. Mais que signifie avoir confiance dans un tie-break ? "Être positif, résumait Roger Federer en 2017 à Wimbledon (un tournoi au cours duquel le Suisse avait remporté tous ses tie-breaks). Si vous abordez un tie-break avec un état d'esprit négatif, la plupart du temps, vous allez mal l'entamer et le perdre, ou bien le commencer mais en vous disant 'je ne mérite probablement pas d'être devant." "Il faut absolument être convaincu que vous allez sortir gagnant du tie-break", confirme Grigor Dimitrov.
Le tie-break est donc un rapport de force psychologique avec l'adversaire et avec soi-même. Ce second combat est peut-être le plus difficile à gagner. Il est en tout cas le plus important, car il est un préalable indispensable. Mais tout cela se travaille. Le mental, comme la technique en coup droit ou le jeu de jambes, est aussi une question de pratique.
"Avoir confiance, être positif et agressif dans un tie-break, cela demande entraînement, répétition et préparation, explique Patrick Cohn, coach mental et auteur de plusieurs livres sur la psychologie dans le tennis. Plus vous êtes préparés à savoir comment gérer ces situations de stress, de pression maximale, plus vous serez à l'aise et capable de jouer votre meilleur tennis dans ces moments-là." Le tennis est un sport qui se joue d'abord dans la tête et à ce jeu-là, c'est toujours le plus fort qui gagne. Le tennis repose à 90% sur le mental ? Vous pouvez encore monter la jauge dans un tie-break...
(1)
La série noire de Karlovic en 2015
Doha : David Ferrer (demie) 6-7, 7-6, 7-6Zagreb : Baghdatis (Huitième) 3-6, 7-6, 7-6Acapulco : Harrison (Quart) 4-6, 7-6, 7-6S'Hertogenbosch : Haase (Quart) 6-7, 6-4, 7-6Newport : Ram (Finale) 7-6, 5-7, 7-6Cincinnati : Wawrinka (Huitième) 6-7, 7-6, 7-6US Open : Vesely (2e tour) 7-6, 3-6, 3-6, 6-2, 7-6Shanghai : Nadal (2e tour) 7-5, 6-7, 7-6Bâle : Gasquet (Quart) 6-4, 6-7, 7-6Bercy : Roger-Vasselin (1er tour) 4-6, 7-6, 7-6
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