Wimbledon | Quarts de finale | L'antisèche : Medvedev, la douce revanche
Par Laurent Vergne
Publié 09/07/2024 à 20:01 GMT+2
Celle-ci, Daniil Medvedev n'aura guère le temps de la savourer, car son tournoi continue, mais il le mériterait. Au bout d'un combat éreintant, le Russe a pris le dessus en cinq sets sur le numéro un mondial Jannik Sinner (6-7, 6-4, 7-6, 2-6, 6-3), face auquel il s'était incliné cinq fois consécutivement. La fin d'une série noire. Mais la suite ne s'annonce pas plus reposante…
Daniil Medvedev.
Crédit: Getty Images
Le pourquoi du comment
Quand c'est long, pour Jannik Sinner, c'est rarement bon. Pour la septième fois de sa carrière, l'Italien a joué un match de quatre heures ou plus. Pour la septième fois, il est sorti du court vaincu. A Roland-Garros, il y a à peine un mois, il avait cédé en cinq sets et 4h09 contre Carlos Alcaraz en demi-finale. Mardi, à Wimbledon, c'est contre Daniil Medvedev qu'il a rendu les armes, en quatre heures pile et à nouveau en cinq sets.
Physiquement, le numéro un mondial est apparu diminué pendant une bonne partie du match. Un gros coup de moins bien, à compter de la fin du deuxième set, qui l'a poussé à prendre un temps mort médical au début du troisième acte. Il a fini par retrouver une forme d'énergie, mais jamais on ne l'a senti totalement dans son assiette. A vrai dire, Daniil Medvedev aurait même pu et sans doute dû s'imposer plus rapidement. Le premier set, notamment, lui a échappé par sa propre faute. Il a perdu un tie-break qu'il avait en main avec un mini-break d'avance puis un second, à 6-5 service à suivre, avant de commettre deux grosses fautes en coup droit.
On a alors pu se demander si le Russe allait s'en relever, lui qui restait sur cinq défaites contre Sinner depuis l'automne dernier. C'était plus une histoire de tête que de jambes ou de bras. Mais l'Italien a connu sa chute de tension, au sens propre comme au sens figuré, alors que Medvedev, lui, a continué d'appuyer sur l'accélérateur. Même poussé au 5e set, il n'a jamais laissé le numéro un mondial se comporter en patron sur le court, même si ce dernier a paradoxalement remporté quatre points de plus sur l'ensemble du match.
Daniil Medvedev avait promis d'être plus agressif et il l'a été. Les deux hommes ont refusé de reculer, ce qui a souvent donné un côté tennis de table à la discussion de fond de court. Mais le Moscovite est allé chercher son salut vers l'avant, avec 41 montées pour 27 points gagnés. Il a pris beaucoup de risques au service aussi. Il l'a payé avec 11 doubles fautes, mais c'était le prix pour ne pas s'exposer en permanence. Globalement, il est venu avec un plan très cohérent en tête, il s'y est tenu, même dans la difficulté et la nervosité par séquences, mais sa victoire apparaît amplement méritée. Six mois après une défaite douloureuse en finale de l'Open d'Australie contre le même Sinner en ayant mené deux sets zéro, elle doit faire du bien.
Le moment clé
Le début du deuxième set. Même si la rencontre s'est étirée sur la longueur maximale des cinq manches, c'est là que Medvedev a pris l'ascendant et ne l'a jamais véritablement lâché. Au moment où il aurait pu douter, dans la foulée de la perte du premier set, c'est lui qui a signé le premier break de la partie, et c'est au même moment que Jannik Sinner a affiché ses premiers signes de faiblesse.
La stat à retenir : 7
Daniil Medvedev avait prévenu dimanche : oui, il avait perdu cinq fois de suite contre Jannik Sinner, mais cette fois, l'Italien est numéro un mondial, ce qui n'était pas le cas lors de leurs précédents duels. Or le Russe adore jouer les leaders du classement ATP. "J'ai un bon bilan contre eux", avait-il souri. Vrai. Six victoires en onze matches. Voici donc la septième, pour un taux de réussite extraordinaire élevé, que le patron s'appelle Djokovic (5 fois), Alcaraz (1) et donc, désormais, Jannik Sinner.
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Jannik Sinner à Wimbledon
Crédit: Getty Images
La décla : Daniil Medvedev
"Jannik n'est plus le gars qu'on bat facilement, même si j'y ai cru un moment quand il s'est senti mal. Mais je savais qu'il était capable de se rétablir et de mieux jouer, alors je suis content d'avoir su rester à un haut niveau. C'est toujours des moments difficiles à gérer parce que j'ai bien vu qu'il ne se déplaçait pas bien à un moment. Alors on veut le faire courir, pour qu'il souffre un peu plus. Mais en même temps, on sait qu'il va finir par se dire que puisqu'il ne peut plus courir, il va tenter le tout pour le tout. Et c'est ce qu'il a fait ! Mais bon, pour moi, tout est bien qui finit bien."
La question : Medvedev peut-il survivre à un enchainement infernal ?
Quel "matcheur" tout de même, ce Medvedev. Un peu comme quand il l'avait fait l'année dernière à l'US Open contre Carlos Alcaraz, il montre aux jeunes stars du circuit que, aussi fortes soient-elles, il n'est pas prêt à être mis hors-jeu sans se battre. Sa victoire contre Sinner le prouve une fois de plus et il continue d'être un personnage très important du circuit. Atypique dans son expression, que ce soit raquette en main ou devant les micros, et d'une certaine manière indispensable.
Maintenant, si la constance du père Daniil est phénoménale en Grand Chelem, puisqu'il jouera vendredi sa neuvième demi-finale en moins de cinq ans, il ne compte toujours qu'un seul titre et, disons-le clairement, aller conquérir le deuxième, ici, à Wimbledon, s'annonce particulièrement complexe. Parce que c'est un enchainement terrible qui pourrait l'attendre dans cette seconde semaine du tournoi londonien.
Après Sinner, le numéro un mondial, il va devoir s'attaquer à Alcaraz, le tenant du titre. Le même Alcaraz face auquel il était apparu impuissant l'année dernière, déjà en demi-finale. Le Murcien nous semble un peu plus fragile et "prenable" (avec énormément de guillemets), mais tout de même. Alcaraz après Sinner, ce n'est vraiment pas un cadeau. Et si tout continue de bien se passer pour lui, il n'est pas impossible (sans doute est-ce même probable) que Novak Djokovic l'attendre en finale.
Franchement, si Medvedev soulève le trophée dimanche, ce sera sans doute le plus grand titre de sa carrière. Parce que c'est Wimbledon, un sommet de prestige. Mais s'il y parvient en battant successivement Jannik Sinner, Carlos Alcaraz et Novak Djokovic, soit les vainqueurs des huit derniers tournois du Grand Chelem disputés, l'exploit sera gi-gan-tes-que. C'est tout le mal qu'on peut lui souhaiter et sincèrement, ça ne nous rendrait pas malheureux. Mais on demande tout de même à voir...
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Daniil Medvedev
Crédit: Getty Images
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