Wozniacki : "Parfois, la maladie prend le dessus, mais le plus souvent, je réussis à la dominer"

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Depuis deux ans, Caroline Wozniacki souffre de polyarthrite rhumatoïde. Frappée alors qu'elle était au sommet de sa carrière, l'ancienne numéro un mondiale a pris sa retraite en début d'année. Elle a appris à vivre au quotidien avec sa maladie, mais souhaite désormais faire partager son expérience et mieux informer celles et ceux qui en souffrent, parfois sans le savoir.

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Crédit: Eurosport

Caroline Wozniacki s'est réveillée un matin d'été 2018 et rien n'a plus jamais été pareil. Elle venait de fêter son 28e anniversaire. Numéro 2 mondiale, lauréate en janvier de son premier titre du Grand Chelem lors de l'Open d'Australie, la Danoise traverse la période la plus faste de sa carrière.
Pourtant, depuis quelque temps, quelque chose la tracasse. A Wimbledon, fin juin, elle a ressenti une grande fatigue. "J'ai commencé à perdre des matches que, normalement, je ne perdais pas, nous dit-elle. Je ne me sentais pas très bien, mais je n'arrivais pas à mettre le doigt sur ce qui clochait exactement. Je pensais que j'étais juste très fatiguée."
Jusqu'à ce fameux matin de fin juillet. "Je me suis réveillée et je ne pouvais plus bouger, raconte Wozniacki. Impossible de sortir du lit.J'avais tellement mal et je me sentais sans la moindre force. Je ne pouvais même pas lever le bras. David, mon mari (David Lee, l'ancien joueur NBA, NDLR) a dû faire mes valises, me sortir du lit et m'aider jusqu'à l'aéroport. J'étais incapable de faire quoi que ce soit." Une sensation assez effrayante pour une femme aussi jeune et aussi en forme qu'une athlète de très haut niveau.

"On m'a dit que j'étais peut-être enceinte..."

Le début, surtout, d'une période de doute, d'incompréhension et d'angoisse. Les douleurs s'en vont, s'en viennent, mais la joueuse ignore le nom de ce mal qui lui pourrit la vie durant plusieurs semaines. "Je suis allée tout de suite consulter des médecins, des physios, etc. J'ai dû voir quatre ou cinq médecins différents avant d'avoir enfin le bon diagnostic", explique-t-elle. Pour entendre, parfois, des théories qui la rendent folle :
C'est un mois plus tard, à New York, juste avant l'US Open, qu'elle finit par obtenir la bonne réponse. "Un médecin m'a fait passer tous les examens sanguins possibles et quatre ou cinq jours après, il m'a annoncé que je souffrais d'une maladie auto-immune. Il m'a dit d'aller voir un rhumatologue pour effectuer des tests complémentaires. C'est comme ça que j'ai su."

"Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ?"

Elle souffre de polyarthrite rhumatoïde, une maladie inflammatoire qui s'attaque aux articulations. On la dit auto-immune parce que le système immunitaire agresse le propre corps de la personne atteinte. La polyarthrite rhumatoïde touche surtout les articulations des mains, des poignets et des genoux, mais peut s'étendre à d'autres zones.
Une fois fixée, Caroline Wozniacki a éprouvé une forme paradoxale de soulagement. Il n'y a rien de pire que l'attente et l'incertitude. Une fois diagnostiqué, le malade peut se concentrer sur l'essentiel, à savoir le combat contre sa maladie. Même s'il lui a fallu digérer la chose. "Vous avez 28 ans, vous êtes au sommet de votre carrière, vous venez de gagner votre premier Grand Chelem et soudainement, ce truc vous tombe sur la tête, reprend-elle. Il y a un moment où vous pensez 'pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ?' Puis après quelques jours, j'ai pensé : 'OK, je vais me battre contre ça.'"
Après son titre à Eastbourne, sur gazon, au mois de juin, Caroline Wozniacki connait une série noire coïncidant avec les premiers symptômes de sa maladie. De Wimbledon, début juillet, à Wuhan, fin septembre, elle ne remporte que deux matches en six tournois. Puis à Pékin, c'est la résurrection. Elle y décroche le titre sans perdre un set en six rencontres.
"Ça avait été une semaine difficile, se souvient la Scandinave. C'étaient les montagnes russes dans mon corps en termes de douleur. Mais je commençais à me sentir un peu mieux. Gagner ce tournoi, c'était très spécial, parce que je me prouvais à moi-même que je pouvais encore être compétitive, jouer au plus haut niveau." Ce sera le 30e et dernier titre de sa carrière. A l'époque, personne, en dehors de ses proches, n'est au courant. Elle ne rendra publique sa maladie qu'en toute fin de saison, lors du Masters.

Comme une épée de Damoclès

Caroline Wozniacki a pris sa retraite en janvier 2020, lors de l'Open d'Australie. Deux ans après son sacre. Elle l'assure, ce n'est pas la maladie qui l'a poussée en dehors des courts, mais son désir de se consacrer à sa vie personnelle. Face à la maladie, elle a conservé une âme de compétitrice.
"Parfois, la maladie prend le dessus, mais le plus souvent, je réussis à la dominer, nous confie-t-elle. La plupart du temps, je me sens bien. Comme si je n'avais aucun symptôme. Mais il y a clairement des jours où je suis épuisée, où je dois restée au lit toute la journée. Ce sont les jours où j'ai des douleurs dans les mains, dans les pieds, et où je me sens toute molle." Le plus dur, explique-t-elle, est de s'écouter. De ne pas aller trop loin. Toute sa vie, Wozniacki a poussé l'exigence physique toujours plus loin.
Il faut, aussi, vivre avec cette forme d'épée de Damoclès. Les jours où tout va bien, ceux où vous êtes en êtes réduits à composer avec la douleur. Les crises peuvent s'avérer brutales. L’évolution de la polyarthrite rhumatoïde est compliquée à prévoir et anticiper. Elle évolue par poussées, entrecoupées de périodes où les symptômes s’atténuent. Parfois, ils disparaissent totalement et définitivement. Mais en règle générale, la maladie tend à s’aggraver, pour endommager de plus en plus d’articulations. Son imprévisibilité n'est pas la moindre de ses désagréments.

"J'ai réalisé à quel point il était difficile d'obtenir des informations"

Pour toutes ces raisons, et parce qu'elle a elle-même constaté la difficulté du diagnostic et de la compréhension de cette maladie, Caroline Wozniacki a décidé de se muer en porte-parole et, mieux, d'offrir la possibilité de parole aux malades. L'ancienne numéro un mondiale s'est associée à la société pharmaceutique UCB pour mettre en place le projet AdvantageHers, notamment destiné aux femmes atteintes de maladies inflammatoires chroniques. La championne de tennis a choisi d'aider des femmes, qui comme elle, découvrent leur maladie et doivent apprendre à vivre avec.
"J'ai réalisé à quel point il était difficile d'obtenir des informations précises à propos de cette maladie, a constaté la Danoise. Je veux aider les femmes à trouver le moyen d'être bien orientées et être diagnostiquées efficacement. Trop de gens en souffrent sans savoir ce qu'ils ont exactement. Je suis passée par cette période et c'était horrible. Sur le site, on peut trouver toutes les informations nécessaires. Et je veux aussi faire savoir que tout le monde peut être touché. Oui, ça peut arriver aux jeunes, oui, ça peut arriver aux sportifs de haut niveau."
Mais le but est également de permettre d'échanger, de partager des expériences de vie, et la façon de composer avec la maladie : "C'est une plateforme où nous pouvons êtres toutes ensemble. Raconter notre histoire, par quoi nous passons. Même si ça ne devait aider que quelques personnes à se sentir mieux, ça vaut le coup." Caroline Wozniacki a donné du sens à ce combat-là.
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