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La plus belle banderille de Rezaï

La plus belle banderille de Rezaï
Par Eurosport

Le 15/05/2010 à 23:23Mis à jour

Aravane Rezaï a réussi une performance exceptionnelle en dominant Venus Williams (6-2, 7-5) en finale à Madrid, dimanche. La Française remporte ainsi son 3e titre WTA, le plus beau, après avoir battu une autre ex-N.1 mondiale (Venus après Henin, Jankovic) et en pratiquant un tennis sans compromis.

WTA MADRID - FINALE

Aravane Rezaï (FRA) bat Venus Williams (EU, 4) 6-2, 7-5
3e titre WTA pour la Française après Bali et Strasbourg en 2009

Richard Williams peut apprécier. Ce qu'Aravane Rezaï vient de réussir à Madrid ressemble à s'y méprendre à ce que ses deux filles avaient accompli il y a une dizaine d'années : fracasser le circuit dans un style sans compromis. Cette semaine, Aravane a écarté sans ménagement devant son passage trois ex-N.1 mondiales. Et pas des moindres : Justine Henin au premier tour, Jelena Jankovic qui venait de s'imposer à Rome, et... Venus Williams. Assurée de rentrer dans le top 20 la semaine prochaine, elle peut désormais viser d'autres cieux de la WTA et s'élancer vers Roland-Garros avec ambition.

Comme une certaine Serena Williams sait seule le faire, Aravane a dégagé tout au long de cette finale une impression d'explosivité rare. Son premier set a été tout simplement époustouflant. Venus a rarement été prise de vitesse de cette façon. Elle frappait aussi fort que possible en coup droit comme en revers, et cela rentrait. Il faut se souvenir de Paul-Henri Mathieu fin 2002 (St-Pétersbourg et Lyon) pour imaginer quelque chose de similaire. La qualité de la balle de Rezaï, c'est sa lourdeur.

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Venus, qui ne cherche pas à gagner du temps sur terre battue comme d'autres spécialistes auraient peut-être tenté de le faire, a vu sa raquette littéralement plombée en fond de court. Breakée à 2-1 dans la première manche, puis à 5-2, elle a n'a pas vu passer le set (27 minutes à peine). L'Américaine était tout simplement punie sur chacune de ses premières balles et Aravane a inscrit 12 points sur ses 12 premières balles.

Intouchable, Aravane ne l'est pas restée longtemps ensuite. Dès le début de la seconde manche, elle n'a pas pu soutenir ce niveau de jeu insensé. Venus lui prend le service rapidement deux fois (contre un seul débreak) pour mener 4-1. On pense très fort à un ultime troisième set avant de s'apercevoir que la Franco-Iranienne était très loin de constater la perte de la manche. Sans être aussi percutante ni régulière, elle a proposé un jeu d'une redoutable densité.

Rezaï comme une Williams

Venus varie un peu son service, Aravane frappe un peu moins fort. Le match devrait basculer, mais la Française réussit à remettre de l'intensité dans ses frappes après un temps faible qui a duré trois ou quatre jeux. Quand elle prend la balle devant elle, elle redevient irrésistible. Le reste du temps, elle tente de fixer l'Américaine sur son revers pour la surprendre dans le replacement. Venus, qui est peut-être resté trop prudente, sans entrer suffisamment dans le court, n'a jamais réussi à prendre le contrôle de la partie. Elle a pourtant obtenu six balles de set (une à 6-2, 3-5, et cinq à 6-2, 4-5). En vain.

Patrick Mouratoglou, qui entraîne Aravane Rezaï depuis près de six mois, et qui est intervenu une fois dans ce match en début de second set comme l'autorise le réglement, peut être fier. Lui qui citait Richard Williams en exemple dans son ouvrage (Eduquer pour gagner) publié en 2008, voilà que sa protégée lui offre une réplique idéale. Aravane, 23 ans, déclarait la veille : "Patrick m'apporte beaucoup sur le plan tactique, je comprends mieux le tennis. Mais la base c'est mon père qui me l'a donnée." Venus sait de quoi elle parle et maintenant le grand public aussi. Le plus dur et le plus passionnant commence pour Aravane, confirmer dans la durée (et à Roland-Garros) ce qui est aujourd'hui exceptionnel.

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