Miami (WTA 1 000) - Alexandra Eala, protégée de Rafael Nadal, qualifiée en demi-finale : l'ouragan venu des Philippines
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 27/03/2025 à 15:47 GMT+1
Le tournoi de Miami n'aura pas manqué de surprises cette année mais elle, c'est vraiment le pompon. Qualifiée pour les demi-finales au terme d'un parcours insensé, la wild-card philippine Alexandra Eala, 19 ans, 140e mondiale et biberonnée à la Rafa Nadal Academy, a causé sur le papier l'une des plus grandes sensations de l'histoire du tournoi. Mais elle n'arrive pas de nulle part non plus…
Tennis - WTA 1000 - Miami - Highlights - Eala - Swiatek
Video credit: Eurosport
Le 23 mai 2005, ça vous dit quelque chose ? Un indice chez vous, cela a un rapport avec Roland-Garros, et avec un gaucher espagnol qui a réussi quelques trucs bien dans le Grand Chelem parisien. Bingo, c'est le jour où Rafael Nadal a disputé le tout premier match de sa carrière Porte d'Auteuil, le seul d'ailleurs qu'il a jamais joué sur un court autre que le Philippe-Chatrier ou le Suzanne Lenglen : c'était sur (feu) le Court 1, face à l'Allemand Lars Burgsmüller.
Mais le 23 mai 2005, et cela ne nous rajeunit pas, c'est aussi la date de naissance d'Alexandra Eala. Une coïncidence amusante quand on sait que la jeune Philippine a été formée à la Rafa Nadal Academy, où elle a débarqué en 2018 à l'âge de 13 ans, et qui décidément vit sa meilleure vie sur ce tournoi de Miami avec l'éclosion en parallèle, chez les garçons, du Hongkongais Coleman Wong (20 ans), tombeur de son côté de Ben Shelton. Wong avec qui, d'ailleurs, Eala aurait eu quelques flirts d'adolescence, mais chut… C'est de l'histoire ancienne et de toutes façons, cela ne nous regarde pas.
Ce qui nous subjugue en revanche, c'est le parcours insensé qu'Alexandra Eala est en train de réussir à Miami, où elle jouera cette nuit (pas avant 1h30 du matin) les demi-finales face à Jessica Pegula. Si elle a bénéficié du forfait de Paula Badosa en huitièmes, on ne peut pas dire qu'elle ait volé sa place : tombeuse de Jelena Ostapenko, Madison Keys et Iga Swiatek, elle est devenue la deuxième wild-card à battre trois anciennes gagnantes en Grand Chelem dans un même tournoi après Elina Svitolina à Wimbledon en 2023. Et la troisième invitée à atteindre le dernier carré à Miami après Justine Henin en 2010 et Victoria Azarenka en 2018. Que des anciennes top joueuses sur le retour. Rien à voir avec Eala, donc.
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Tennis - WTA 1000 - Miami - Highlights - Eala - Swiatek
Video credit: Eurosport
Avant le tournoi floridien, la gauchère philippine n'avait pour sa part gagné que deux matches sur le circuit principal (dont un l'an dernier à Madrid face à Lesia Tsurenko) et n'avait jamais affronté la moindre joueuse du top 20 ; la voilà désormais avec deux top 10 en poche. Et si ni Iga Swiatek, peut-être perturbée par les problèmes de sécurité rencontrés à Miami, ni Madison Keys n'ont fait le match de leur vie face à elle (euphémisme), reste qu'Eala était là. Là où, malgré son inexpérience, elle pensait bien être un jour, elle qui a tout de même remporté les Petits As en 2018 face à Linda Noskova et l'US Open juniors en 2022, entre autres.
"Je n'ai peut-être pas beaucoup d'expérience sur le circuit, mais j'ai appris à me comporter comme une joueuse professionnelle, a-t-elle déclaré, avec une assurance à ne surtout pas confondre avec de l'arrogance. Je sais comment sortir cette part de moi-même quand je suis sur le court. Ce n'est pas quelque chose que j'ai appris à l'académie. C'est quelque chose que j'ai acquis avec l'expérience et qui provient aussi de mes valeurs familiales. Autour de moi, il y a des gens qui ont réussi et qui ont été un exemple pour moi."
Je pense que c'est la joueuse qui a fait le plus d'heures de travail chez nous et qui a accordé le plus de confiance à l'ensemble du staff.
Sa famille, parlons-en. Sa mère a été une nageuse de haut niveau (médaillée de bronze sur 100 m dos aux Jeux de l’Asie du Sud-Est en 1985) avant d'investir un gros poste de directrice financière au sein d'une entreprise leader de télécommunication des Philippines. Son oncle était le commissionnaire de la Fédération philippine de basket, tandis que son frère Michael, lui aussi tennisman, l'a accompagnée au sein de la Rafa Nadal Academy et joue désormais pour le compte d'une Université américaine en Pennsylvanie.
Tout cela pour dire qu'Eala n'arrive pas de nulle part, sinon d'un pays dont l'histoire tennistique était quasiment vierge avant elle. En fouillant les archives, tout juste retrouve-t-on la trace d'un joueur, Eduardo Cruz, dans le tableau principal d'un Grand Chelem (Roland-Garros 1968), même s'il faut préciser que l'Américain Cecil Mamiit, 72e mondial en 1999, a été naturalisé philippin par la suite, comme son compatriote Eric Taino, spécialiste de double.
Et puis, chez les filles, difficile de ne pas penser à Leylah Fernandez, dont la maman est, elle aussi, originaire de cet archipel du sud-est asiatique, et dont le style se rapproche fortement de celui d'Eala : même silhouette, même raquette, même patte gauche fulgurante avec un jeu plutôt à plat et une férocité dans le combat presque en inadéquation avec ce visage de première de la classe.
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Alexandra Eala lors de son succès face à Iga Swiatek à Miami.
Crédit: Getty Images
Sauf que la classe, c'est bel et bien fini pour Alexandra Eala, qui a obtenu son diplôme de fin d'études à la Rafa Nadal Academy en 2023 lors d'une cérémonie marquée par la présence d'Iga Swiatek. En terrassant la Polonaise en Floride, cette grande fan de Maria Sharapova a en quelque sorte bouclé la boucle, d'autant qu'elle a réalisé la plus belle perf' de sa carrière en la présence d'une autre guest star : Toni Nadal, qui avait pris place dans sa box aux côtés de Joan Bosch, son entraîneur espagnol au sein de l'académie.
"Je n'étais même pas au courant qu'il allait venir, mais cela montre à quel point l'académie croit en moi", a réagi la joueuse, qui a également reçu les félicitations publiques de Rafael Nadal - auprès duquel elle dit avoir beaucoup appris à Manacor - et les louanges de son oncle. "Je pense que c'est la joueuse qui a fait le plus d'heures de travail chez nous et qui a accordé le plus de confiance à l'ensemble du staff", a confié Toni à la presse espagnole. "Depuis toutes ces années où elle est avec nous, il n'y a jamais eu de plainte, ni de sa part, ni de sa famille. Pour ma part, je crois en elle depuis longtemps et je suis ravi de ce qui lui arrive aujourd'hui."
On a connu des adoubements moins chaleureux. Vu son parcours chez les jeunes, Alexandra Eala, qui intègrera bien sûr le top 100 lundi prochain, était certes attendue pour jouer un jour les premiers rôles sur une grande scène. Mais après, chacun sa route, chacun son chemin. Certains anciens grands espoirs n'y arrivent jamais et restent éternellement bloqués aux portes du très haut niveau. D'autres y arrivent par étapes, ou sur le tard. Alexandra Eala, elle, a choisi de s'abattre d'un coup, à la façon d'un ouragan. Aujourd'hui, elle est là et bien là, avec en plus ce je-ne-sais-quoi…
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