Yannick Noah : "Fils n'avait pas encore joué le premier tour qu'il était déjà vainqueur de Grand Chelem"
Par Laurent Vergne
Mis à jour 22/09/2026 à 17:15 GMT+2
Yannick Noah va vivre sa semaine la plus intense de l'année. Pour la deuxième année consécutive, il est à la tête de la "Team Europe" lors de la Laver Cup. Toujours en quête d'un successeur plus de 40 ans après son sacre à Roland-Garros, il croit beaucoup en Arthur Fils et à son énorme potentiel. A condition que son corps le laisse tranquille et… qu'on le laisse tranquille.
Noah sur la Laver Cup : "On a un esprit de revanche à la maison"
Video credit: Eurosport
Le saviez-vous ? Yannick Noah est le dernier joueur français à avoir gagné un tournoi du Grand Chelem. Vous le saviez, oui, tout le monde le sait, lui le premier. 43 ans après son sacre à Roland-Garros, il attend toujours son successeur. Le verra-t-il de son vivant ? Vaste question, mais disons que personne ne retient vraiment son souffle pour le moment, dans la mesure où le tennis masculin français a produit un seul minuscule quart de finale majeur dans les années 2020. Alors, une victoire...
Après une nouvelle saison calamiteuse en Grand Chelem (un huitième de finale, par l'intermédiaire d'Arthur Gea, à l'US Open), les Bleus ont piteusement disparu de la Coupe Davis ce week-end, éliminés par le Canada. Cela pourrait chagriner l'ancien capitaine Noah, triple vainqueur du Saladier d'argent, mais pour le dire clairement, il s'en fout. "J'ai un peu de difficultés à parler de la Coupe Davis aujourd'hui, moi qui ai connu la vraie Coupe Davis. Pour moi, ce n'est pas la vraie Coupe Davis, a confié Yannick Noah sur Eurosport dans l'émission Retour Gagnant. Dès le début, j'étais contre ce format, et je le suis toujours. Je ne retrouve pas l'esprit de la Coupe Davis, je ne retrouve pas l'esprit de la compétition."
L'ancien numéro 3 mondial a pris part aux deux dernières "vraies" finales, l'une gagnée en 2017, l'autre perdue en 2018, avant que la "Davis" n'opère sa révolution, plus pour le pire que pour le meilleur. "A mon époque, déplore-t-il, et même les générations avant et juste après moi, on était prêts à tout pour jouer la Coupe Davis, parce que c'était une compétition qui avait du sens. Elle faisait partie de l'histoire, il y avait une tradition et du jour au lendemain, on a enlevé tout ça (…) Personnellement, j'ai du mal en tant que spectateur aujourd'hui à m'intéresser à cette compétition."
Quand on suit nos joueurs et que le mardi, c'est fini, on a l'air con
Alors, l'élimination de la France à Québec, il ne l’a "pas franchement vécue comme une catastrophe. Cette épreuve n'est plus ce qu'elle était. Donc, je n'en tire pas de conclusions particulières." Mais celui qui est aujourd'hui à la tête de l'équipe européenne de Laver Cup n'en garde pas moins un œil attentif sur la situation du tennis tricolore. Et là, il a des choses à dire. "Oui, c'est une année difficile pour nos joueurs, relève-t-il. Oui, quand on suit nos joueurs et que le mardi, c'est fini, on a l'air con. Il m'arrive aussi d'avoir un peu de mémoire et je me souviens qu'il y a 10 ans, on râlait parce qu'on n'avait "que" Tsonga, "que" Gasquet, "que Monfils", "que" Simon, "que" Pouille, qu'on avait "que" des joueurs dans les 10 premiers et on était sans arrêt en train de râler. Et aujourd'hui, ils ne sont plus là..."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/09/22/image-974b6eea-4337-4a5a-9dac-8469e5a424a1-85-2560-1440.jpeg)
"Les meilleurs ne jouent plus, ce n'est plus la vraie Coupe Davis"
Video credit: Eurosport
Mais la situation est peut-être plus paradoxale et moins sombre qu'il n'y parait, alors que, la semaine prochaine, Arthur Fils intègrera pour la première fois le Top 10. Il ne sera que le 13e Français à y parvenir depuis la création du classement ATP en 1973. Ce n'est pas rien, donc. Aujourd'hui, alors que Ugo Humbert galère avec des blessures à répétition, qu'Arthur Rinderknech n'a pas réussi à confirmer ses gros progrès de 2025, que Gea et a fortiori Kouamé sont encore bien jeunes, que d'autres sont trop vieux, Arthur Fils est un peu seul. Certains diront peut-être que la France n'a "que" Fils. Il incarne d'ailleurs assez bien toutes ces contradictions. Nouveau Top 10, oui, vainqueur d'un 1000 et d'un 500, oui, mais encore simple figurant (quand il est là) en Grand Chelem.
Pour autant, Yannick Noah n'a guère de doute sur ce que peut accomplir le Francilien. "Si vous regardez la saison qu'il a faite, c'est juste incroyable d'être dans les 10 premiers en ayant joué aussi peu, estime-t-il. S'il garde la santé pendant un an ou deux, il sera parmi les meilleurs et on n'en parlera plus. Arthur, il a déjà le niveau de quelqu'un qui arrive facilement en deuxième semaine de Grand Chelem, en quart de finale, en demi-finale. Il a ça en lui. Est-ce qu'il ira plus haut ? On verra, mais il a déjà ça."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/09/22/image-29a43459-330d-43a0-9422-062d732d1b48-85-2560-1440.jpeg)
"Fils a en lui des quarts de finale et des demi-finales de Grand Chelem"
Video credit: Eurosport
Arthur, je le connais, je sais que c'est un gamin qui travaille très dur
Comment le tennis français, qui génère tant de joueurs de haut niveau, génération après génération, peut-il réussir à ne jamais sortir UN joueur capable de gagner un Grand Chelem ? Depuis Noah, 17 pays ont goûté à la victoire. Ils n'ont pas toujours notre quantité, mais ils ont vu émerger au moins un joueur susceptible de mettre dans le mille. Y compris l'Equateur, l'Autriche, la Suisse, les Pays-Bas, la Croatie ou la Serbie, dont personne ne peut prétendre qu'ils sont des plus grands pays de tennis que la France.
Cet étonnement est en réalité une erreur d'interprétation. "Un système peut amener des joueurs à un certain niveau, mais un champion, c'est autre chose. C'est une aventure personnelle. On ne créé pas des champions", plaide Noah. Le tennis français a formé Arthur Fils et, comme d'autres avant lui, le voilà dans l'antichambre de la gloire. Top 10 et vainqueur de Masters 1000 à 22 ans, c'est le signe d'un potentiel certain. "S'il arrive à rester en bonne forme physique, je suis sûr, enfin, on n'est certain de rien, mais je parie sur lui, oui, insiste le plus grand joueur français de l'ère moderne. Parce que je le connais, je sais que c'est un gamin qui travaille très dur, qui a un entourage de qualité, qu'autour de lui, c'est très professionnel. Il y a tout pour qu'il y arrive."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/09/01/image-a15f2b40-4313-445f-b9bf-513767e8afab-85-2560-1440.jpeg)
"Fils ressort flingué, ça ne pourra que le faire grandir"
Video credit: Eurosport
Il n'émet qu'un mais. Un bémol, susceptible de tout faire dérailler : "Après, il y a la santé. Une vraie question. Mais s'il peut jouer sans problème pendant deux ans, il sera dans les cinq premiers. Je le pense vraiment." Ce n'est pas un petit astérisque, au vu des deux dernières années. Mais Noah y croit. "De toute façon, sourit-il, pour que ça marche, il faut être un peu optimiste." Arthur Fils donne à l'ancien vainqueur de Roland-Garros l'envie de l'être. Même s'il devra assumer beaucoup de choses, et vivre avec un certain poids sur ses épaules. Avec ses excès.
"Il y a quelques semaines, raconte encore Noah, je rentrais de vacances, je suis à l'aéroport, je mets la radio et j'entends : 'Est-ce que Arthur Fils va effacer Yannick Noah ?', parce qu'il venait de gagner à Cincinnati. Tout d'un coup, on s'emballait. Il n'avait pas encore joué le premier tour qu'il était déjà vainqueur de Grand Chelem. C'est bien d'être enthousiaste, vraiment, nous en tant que joueur on a besoin de ce soutien, on a besoin aussi de la critique, mais un truc entre les deux, c'est pas mal." Un vœu pieu ?
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/08/23/image-fd72d15a-efee-4671-8484-81a5781321ef-85-2560-1440.jpeg)
Fils, une balle de match pour un firmament
Video credit: Eurosport
Sur le même sujet
Publicité
Publicité