Paris 2024 - Libérée et affirmée : Cassandre Beaugrand, la prophétie est en marche
Publié 30/07/2024 à 18:37 GMT+2
Cassandre Beaugrand a rendez-vous avec son destin mercredi sur l’épreuve de triathlon. Promesse précoce lancée très tôt dans le grand bain, la Française a eu besoin de temps pour digérer l’emballement médiatique et les attentes, jusqu’à cette année 2024 où elle affiche une forme étincelante, qui devrait lui permettre de viser l’or olympique à Paris.
Cassandre Beaugrand
Crédit: Getty Images
En 2024, les triathlètes tricolores sont à l’heure de Paris. Avec les numéros 1 et 3 mondiales dans ses rangs, la France s’avance avec un collectif en or massif vers l’épreuve olympique mercredi (8h). Au milieu de cette grappe de pépites tricolores, Cassandre Beaugrand (27 ans) concentre une grande partie des espoirs de médaille, voire de titre. Vice-championne du monde en titre, deuxième du test event en 2023, la triathlète licenciée à Monaco et exilée au Royaume-Uni affiche toutes les qualités pour répondre présent le jour J.
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C’est l’histoire d’un joyau, poli dès l’adolescence par son père, Ludovic, qui l’a lancée vers l’athlétisme et le cyclisme, avant d’y rajouter des longueurs dans les bassins d’Antibes. Diamant brut, Cassandre Beaugrand a très vite légitimé les promesses semées çà et là, au gré des titres avalés en cross-country chez les jeunes (cadettes, juniors). Vice-championne du monde juniors de triathlon en 2014, la Française a décroché un premier titre international au championnat d’Europe en 2016.
Un destin olympique tumultueux
Une trajectoire de comète qui a propulsé la pensionnaire du club de triathlon de Monaco aux Jeux olympiques de Rio, à seulement 19 ans. Une première expérience qui a servi avant tout d’apprentissage pour l’originaire de Seine-Saint-Denis, 30e sous le cagnard carioca. Sans avoir été stoppée, la progression de la polyvalente tricolore a connu un fort ralentissement. Irrégulière mais toujours capable de coups d’éclat comme sa victoire sur l’étape de Hambourg des Séries Mondiales en 2018 (équivalent des championnats du monde, WTCS), Beaugrand arrive finalement à confirmer l’année suivante avec une deuxième place, toujours en Allemagne.
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Cassandre Beaugrand, 19 ans, lors des Jeux de Rio 2016.
Crédit: Getty Images
Tancée par les conditions assommantes de Rio, Beaugrand a goûté en avant-première lors du test event de Tokyo (2019) l’humidité extrême du site nippon. Perclus de douleurs ventrales et victime d’une insolation, la Française quitte le Japon avec un sentiment mitigé, épaissi par une fissure sur un os de pied en fin d’année. Un contre-temps qui a empêché la Séquano-Dionysienne de se préparer idéalement en vue des Jeux.
Une échéance olympique (2021) que Beaugrand a écumée comme un fantôme. Distancée dès la partie natation (24e à la sortie de l’eau), la Française a été victime d’une crevaison au début de la partie à vélo, voyant s’évaporer les derniers espoirs de résultat, et précipitant son abandon. Un constat froid et cynique s’impose alors : le destin olympique de Beaugrand est tissé d’un voile tâché, qu’il conviendra de rendre immaculé à Paris.
"Bien sûr il y a beaucoup d’attentes sur Cassandre, notamment sur les réseaux, concède Benjamin Maze, directeur technique national de la fédération (DTN). Elle est grande, elle est blonde. Tout le monde est après elle alors qu’on a d’autres filles avec des qualités équivalentes. Mais il n’y a pas la même attente populaire."
Elle a beaucoup plus confiance en elle
Alors oui, la vice-championne du monde 2023 a décroché la première breloque du triathlon français aux Jeux, avec le bronze en relais mixte. Un bel écrin, fondu dans l’acier du collectif, qui n’efface pas le manque chez la Française, attendue le jour J. Contacté par nos soins, Benjamin Maze a noté des progrès notables, lui qui a connu Beaugrand toute jeune, lorsqu’elle courrait les championnats du monde juniors de 2014 à 2016. "La différence avec les autres Jeux, c’est sa volonté de répondre présent le jour J, souligne le DTN. Aujourd’hui, elle est beaucoup plus actrice de son niveau de performance. Elle a fait le choix de quitter Montpellier pour le Royaume-Uni, d’apprendre l’anglais, de s’ouvrir à l’international. Des choses qui montrent qu’elle a beaucoup plus confiance en elle, en ses qualités."
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Cassandre Beaugrand deuxième du test event de Paris, en 2023.
Crédit: Getty Images
Dans son irrésistible montée en puissance, l’année 2023 est à marquer d’un sceau rutilant. Victorieuse à Hambourg et à Sunderland (WTCS), Beaugrand joue le titre mondial jusqu’à la dernière étape, à Pontevedra (Espagne). Sa rivale, la Britannique Beth Potter, affiche des caractéristiques similaires, avec une habilité à tordre ses adversaires sur la partie course à pied. Plus consistante que la Tricolore, Potter remporte la timbale et s’empare du statut de favorite des Jeux, de surcroît après sa victoire lors du test event.
Si elle met tout en œuvre, oui, elle peut viser le titre olympique
Pas de quoi inquiéter Maze, focalisé sur les performances de sa championne. "Le changement principal entre 2021 et 2024, c’est la dimension mentale dans l’engagement et la consistance en course, détaille le DTN. On connaissait les qualités athlétiques de Cassandre, maintenant elle a cette complétude dans sa palette de couleurs. Dans tous les éléments qui constituent la performance en triathlon. Ce qui est remarquable, à la fois pour elle et pour toute l’équipe de France, c’est la capacité à se focaliser pas sur le résultat, mais sur le 'process'. Le résultat au final, il dépend de ce que font les autres, de plein de choses. Alors que la performance que je délivre, elle dépend de moi."
Un changement de paradigme devenu levier d’une Beaugrand affirmée, tout proche d’être au sommet de son art. "Évidemment, il y a encore des choses qui sont perfectibles. Mais je crois que les deux dernières courses qu’elle fait, ça montre que ça s’aligne de plus en plus, pétille Maze. Ce qui fait qu’aujourd’hui chez les bookmakers, elle fait partie des favorites."
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Cassandre Beaugrand remporte la manche de WTCS de Cagliari.
Crédit: Getty Images
Victorieuse autoritaire à Cagliari et à Hambourg en 2024, dominant à chaque fois ses rivales directes pour le titre, l’Allemande Lisa Tertsch et Potter, la numéro 3 mondiale tient la forme de sa vie, épanouie avec et sans trifonction. Au point de viser l’or ? "Si elle met tout en œuvre, oui, elle peut viser le titre olympique, répond le dirigeant. Elle a tous les outils pour performer, sans compter l’envie et la détermination. Mais dans l’équipe de France, on n’a pas d’ambition de résultat. On est focalisé sur le processus."
Elle ne va pas subir la course, elle va l’écrire
Chez les Tricolores, avant même le début de l’épreuve, les cloches sonnent un air de victoire, tant le chemin cahoteux vers l’accomplissement sportif et personnel de Beaugrand a été sinueux. "Il y a un temps de maturation qui lui appartient, rétorque Maze à ceux qui évoquent la trajectoire d’une promesse longtemps inexaucée. Elle avait très jeune des énormes qualités physiologiques, qui ont fait qu’il y a eu énormément d’attentes sur elle."
Avant de poursuivre : "Aujourd’hui, la plus grande fierté qu’elle peut avoir, c’est de se présenter aux Jeux olympiques en ayant toutes les cartes en main et aucune limitation, qu’elle soit physiologique, mentale, etc. Notre plus grande fierté à la direction technique nationale, c’est d’avoir créé les conditions pour que cette athlète se présente avec sérénité, confiance et légitimité pour peser sur la course. Et c’est bien cette dimension qui est prégnante. Elle ne va pas subir la course, elle va l’écrire, voire la dicter." La prophétie est en marche.
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