La voile en deuil | Charlie Dalin, jusqu'au dernier bord

Architecte naval passé à la barre jusqu'à la réussite la plus éclatante - une victoire au Vendée Globe -, Charlie Dalin, qui vient d'être emporté par la maladie, laisse une trace majeure dans l'histoire de la voile française et internationale.

Charlie Dalin, le 18 janvier 2025

Crédit: Getty Images

Technicien hors pair, Charlie Dalin, décédé dans la nuit de mercredi à jeudi, était l'un des plus grands navigateurs de sa génération, capable de transformer chaque épreuve de la vie, à terre comme en mer, en cap à franchir pour continuer d'avancer.
Architecte naval devenu skipper de génie, il est décédé à l'âge de 42 ans des suites d'une tumeur stromale gastro-intestinale (GIST), a annoncé à l'AFP sa femme Perrine Le Pape. On lui doit l'un des plus grands exploits de l'histoire de la course au large : un Vendée Globe 2024/2025 remporté en seulement 64 jours 19 heures et 22 minutes, nouveau temps de référence, avec une tumeur "de la taille d'un pamplemousse" dans l'estomac.
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Charlie Dalin, vainqueur du Vendée Globe 2024-25, à son arrivée aux Sables d'Olonne.

Crédit: Getty Images

Grand pudique qui a toujours préféré laisser ses résultats parler pour lui, Dalin ne révèlera l'existence de son cancer que huit mois après son arrivée triomphante aux Sables-d'Olonne. "Mes points forts ? Plus c'est dur, plus ça me donne envie de bien régler le bateau, de me défoncer", confiait-il en 2016 à l'AFP au départ de la 47e Solitaire du Figaro, l'une des rares courses qu'il n'a pas réussi à gagner (5 podiums entre 2014 et 2018). "Je suis galvanisé par ça", ajoutait ce compétiteur né, qui après les cours au Havre jetait toujours un coup d'oeil au drapeau de l'hôtel de ville pour estimer la force du vent avant d'aller sur l'eau, qu'il neige ou qu'il pleuve, en hiver comme en été.
Cela me fait vibrer
Né le 10 mai 1984, au Havre, d'une famille de terriens - son père est tour-manager pour des groupes de rock, sa mère assistance commerciale -, il a découvert son sport par hasard à six ans lors de vacances à Crozon, dans le Finistère. "Au début il y avait la fascination de la mer et ça s'est transformé en passion pour la voile. Exploiter le vent et la machine pour aller le plus vite possible et trouver les routes les plus rapides, ça me fait vibrer", racontait-il.
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Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance) en tête de la flotte du Vendée Globe le 10 novembre 2024

Crédit: Getty Images

Ado, il lit religieusement le magazine spécialisé Voiles et Voiliers et ne rate aucun des départs de la Transat Jacques Vabre (désormais Café L'Or) qui s'élance tous les deux ans de sa ville natale. Il nourri l'espoir d'imiter les grands marins, Franck Cammas ou Paul Vatine, qui tapissent les murs de sa chambre. Bac obtenu, il s'exile à Southampton, en Angleterre, pour suivre un cursus spécialisé. Suède, Australie, Thaïlande... le jeune marin pose ses valises un peu partout en tant qu'équipier, technicien ou préparateur, pour financer sa passion.

Un parcours magistral

Installé à Concarneau, il met à l'eau en 2019 son premier Imoca, Apivia, fruit d'un travail commun entre l'architecte Guillaume Verdier, l'écurie MerConcept et ses propres choix de design. Rapidement, il s'impose comme le patron de cette classe relevée de monocoques utilisés sur la plus célèbre des aventures en mer : le Vendée Globe, auquel il rêve de participer.
En 2021, il est déjà le premier à passer la ligne d'arrivée, malgré une sérieuse avarie de foil réparée au prix d'innombrables efforts. La victoire lui échappe finalement pour 2h30 en raison d'une bonification de temps accordée à Yannick Bestaven. "Cette deuxième place a été une grosse frustration. Pendant longtemps je me réveillais la nuit, je refaisais la course, les manoeuvres pour comprendre où j'avais laissé filer ce temps", racontait le skipper à l'AFP.
Alors, malgré une tumeur stromale gastro-intestinale diagnostiquée à l'automne 2023, il reprend le départ de l'édition 2024/2025, avec l'accord de ses médecins et une thérapie ciblée sous forme de comprimé. Il laisse une trace magistrale autour du monde. En tête sur la majorité du parcours, Dalin résiste sur son Macif à une violente tempête dans l'océan Indien que la plupart de ses concurrents décident de contourner. Il pulvérise le précédent record de 10 jours.
Les distinctions pleuvent : il est élu "Marin de l'année" par la fédération française de voile et par la fédération internationale. Le Washington Post raconte son combat en Une, des médecins y voient un exemple équilibré pour les malades. Tandis que la tumeur gagnait du terrain ces derniers mois, il continuait, comme il l'a fait toute sa vie, à répéter qu'il n'allait "rien lâcher" : "Je fais tout pour pouvoir revenir naviguer, sur nos beaux plans d'eau, sur nos beaux bateaux".
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