A environ une semaine de l'arrivée, et après quasiment deux mois et demi de course autour du monde, le jeu est encore très ouvert dans le Vendée Globe, avec les six premiers bateaux séparés par moins de 200 milles mercredi. En tête de la flotte, Charlie Dalin (Apivia), leader, et Louis Burton (Bureau Vallée 2), pointé à 128 milles nautiques (236 km), continuent d'incarner les deux routes stratégiques du moment, le premier à l'intérieur, plus à l'Est, le second à l'extérieur, plus à l'Ouest et le plus rapide. Entre les deux monocoques, le décalage latéral dépasse désormais les 300 milles (555 km).
Mais juste derrière, Thomas Ruyant (LinkedOut), Boris Herrmann (Seaexplorer-Yacht Club de Monaco) et Damien Seguin (Groupe Apicil), sur la même option que Dalin, ainsi que Yannick Bestaven (Maître Coq IV), sixième à 185 milles (343 km), n'ont pas dit leur dernier mot. Jamais dans l'histoire du Vendée Globe autant de bateaux n'ont pu prétendre à la victoire si près du but. Mais "il faut prendre le classement avec des pincettes pendant deux, trois jours", prévient toutefois le skipper Sébastien Josse, consultant météo pour cette édition 2020, dans l'émission quotidienne de l'organisation.
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Contraintes matérielles

Car ce classement est établi en fonction de la route directe jusqu'aux Sables-d'Olonne. Or le peloton de tête s'en écarte nettement pour attraper un système météo favorable. "Si les concurrents suivaient la route théorique, ils iraient se mettre dans une zone sans vent au milieu de l'anticyclone des Açores", explique Josse.Pour le contourner, "ils font route vers le Nord-Ouest pour aller chercher des vents dépressionnaires", poursuit-il. plus légers, image Josse.
"Une fois que les bateaux tourneront leurs étraves vers les Sables, le positionnement redeviendra cohérent", souligne-t-il. Dans ce jeu stratégique, tous n'ont plus les mêmes cartes en main. Les contraintes matérielles après plus de 70 jours de course pèsent sur les options prises. Seul Burton, le plus rapide sur les dernières 24 heures, peut ainsi pleinement compter encore sur ses foils (appendices latéraux permettant au bateau de voler) pour filer sur l'Atlantique nord, quand Dalin et Ruyant, eux, ne peuvent plus utiliser leur foil côté gauche, ce qui entrave la vitesse potentielle de leurs monocoques. "Je suis à cloche-pied", résume Ruyant.

Bonifications

Pour savoir quel chemin s'avèrera le meilleur, il faudra attendre la fin de la semaine. Dalin a cependant sa petite idée. "D'ici 48 heures, on devrait être au-dessus de la dorsale que nous sommes en train de contourner et ensuite, nous récupérerons le train des dépressions atlantiques. Je vais rentrer sous l'influence de l'anticyclone dès cet après-midi (mercredi) et le vent va commencer à baisser. J'ai choisi l'intérieur du virage, on verra ce que ça donne par rapport à Louis (Burton) qui a opté pour l'extérieur. A la sortie, il est fort possible qu'on se retrouve approximativement au même endroit sous les Açores", a-t-il envisagé lors d'une vacation matinale avec le PC course, après une nuit "ventée et pleine d'étoiles".
Les manoeuvres seront ensuite loin d'être terminées. "Il va falloir enchaîner les empannages et les changements de voile, bien gérer les fronts, les bascules, contrôler ses concurrents et surveiller le trafic maritime. Il va falloir être le plus reposé, ou le moins fatigué possible ! Et lucide", anticipe Dalin.
Pour complexifier encore l'équation, les bonifications accordées aux concurrents qui se sont déroutés pour aller porter secours à Kevin Escoffier, après son naufrage au large de l'Afrique du Sud début décembre, pourraient jouer les trouble-fête. Six heures seront ainsi retranchées à Boris Herrmann à son arrivée, 10h15 à Bestaven, et 16h15 à Jean Le Cam. De quoi, peut-être, prolonger le suspense au-delà même de la ligne d'arrivée.

Yannick Bestaven (Maître Coq IV) lors du Vendée Globe 2020.

Crédit: Getty Images

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