WEC, 24h du Mans - La consécration pour Kevin Estre : "Il est allé la chercher cette pole"

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Le pilote français Kevin Estre a réalisé le meilleur chrono de l'Hyperpole des 24h du Mans ce jeudi soir au volant de la Porsche n°6 et s'élancera donc en pole position de la course ce samedi. Déjà l'un des plus grands moments de la carrière du Lyonnais, qui a emprunté des chemins moins balisés pour tirer le fil de sa carrière.

Trois polemen en 20 secondes : l'incroyable dénouement de l'hyperpole

Video credit: Eurosport

Parfois, la gloire passe à un rien. Avant de s'endormir, Kevin Estre aura sûrement une pensée pour l'effet papillon après s'être refait le film de son tour de folie, une fois allongé dans son lit de fortune. Le Français a signé pour la première fois de sa carrière la pole position des 24h du Mans ce jeudi soir. Et pourtant, il aurait très bien pu ne même pas s'élancer pour l'Hyperpole, cette seconde séance de qualification qui ne définit que les huit premières positions.
La veille, durant la première séance de qualification, un freinage un peu trop tardif lui avait coûté un train de pneu et quelques frayeurs. La peur de manquer le top 8 de la séance, synonyme de qualification en Hyperpole. La Toyota n°7 de Kamui Kobayashi l'avait sauvé : en se posant dans le bac à gravier, le Japonais provoquait un drapeau rouge et l'arrêt définitif de la séance, et permettait surtout à la Porsche n°6 du Français de garder sa 8e position et ses espoirs de pole.
"Sans le drapeau rouge, cette Porsche était en dehors, assure notre consultant Nathanaël Berthon. Aujourd'hui il a pris les mêmes risques et peut-être plus qu'hier, et ça a payé." Tout s'est passé dans les dernières minutes pour Kevin Estre ce jeudi soir. Acculés en 5e position alors que le drapeau à damier était brandi au bout de parcours, lui et sa n°6 ont offert un bal divin avec les esses Porsche pour chiper les rêves de Cadillac.
Dans l'enfilade mythique de virages, dont les courbes se négocient chaque année un peu plus le pied au plancher que la précédente, il a pris tous les risques qu'il y avait à prendre. "Quand j'ai vu son tour en caméra embarquée… Il est allé la chercher cette pole", n'en revient pas Nathanaël Berthon. Il faut dire que pour le pilote de 35 ans, c'est déjà l'une des plus belles lignes de son CV.
Pourtant, Kevin Estre a roulé sa bosse en endurance : "Quand il était jeune, il était parti sur les voitures de tourisme et il a performé très rapidement chez Porsche, explique Berthon. Il a eu la possibilité de passer en Hypercar et il a su très bien s'adapter." Avec la marque allemande, dont il est un pilote officiel depuis 2016, il a quasiment tout remporté en voiture de tourisme et a fait des courses de 24h son jardin. Le Mans en 2016, Spa-Francorchamps en 2019 et le Nürburgring en 2021 : le Lyonnais a déjà remporté trois doubles tours d'horloge au volant de GT.
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La Porsche n°6 de Estre-Lotterer-Vanthoor aux 24h du Mans 2024

Crédit: Getty Images

Mais malgré une armoire à trophée bien remplie, son nom reste confidentiel aux yeux du grand public. La faute à une galaxie du sport automobile qui gravite autour de la Formule 1, et dont la lumière filtre peu en dehors de la monoplace. Un monde qu'il n'a jamais approché pour des raisons pas vraiment sportives : "C'est une question de budget, affirme Berthon. Pour aller en monoplace, c'est très compliqué, il faut avoir des partenaires solides. Je pense que Kevin a choisi la sécurité. Tout le monde ne peut pas aller en F1, c'est beaucoup de sacrifice et il y a très peu de chances d'y accéder."

Là pour gagner dimanche

Seize ans après ses débuts en GT, Kevin Estre a fait son trou au sommet de l'Endurance et inscrit son nom au palmarès des polemen des 24h du Mans. Une place qu'il doit aussi grâce à un style très spectaculaire au volant : "Il est assez agressif Kevin, même dans ses dépassements, remarque Nathanaël Berthon. Mais la majorité du temps ça passe, donc il a raison de le faire." Sur Youtube, certains extraits de ses caméras embarquées autour du Nurburgring cumulent des centaines de milliers de vues et sont devenues un repère à hypster de la course auto.
Ce vendredi, le pilote préféré des afficionados de dimanche pluvieux à Magny-Cours est devenu le héros de la plus grande course du monde. On en oublierait presque que lui et ses coéquipiers Laurens Vanthoor et Andre Loterrer sont leaders du championnat du monde. Mais la galaxie de l'endurance a aussi ses forces gravitationnelles bien à elle, et les 24h du Mans y écrasent tellement le reste que le championnat y revêt un caractère secondaire. "Ma priorité ? Gagner les 24 Heures du Mans" osait-t-il pour Le Progrès avant le week-end. Samedi, il commencera sa quête infernale avec les meilleures cartes en main.
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