Voeckler a un rêve

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Thomas Voeckler ne l'avouera pas mais il a des ambitions sur les Ardennaises. Sa victoire sur la Flèche Brabançonne en témoigne. Peut-il remporter un monument comme l'Amstel ou la Doyenne qui le ferait encore passer dans une nouvelle dimension ? Jean-René Bernaudeau y croit. Et ce n'est pas le seul.

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2000-2012. La boucle est bouclée. A l'aube du XXIe siècle, Thomas Voeckler, chez les jeunes, remporte sa première course en Belgique : la Flèche Ardennaise. Il lui aura fallu attendre douze ans et la Flèche Brabançonne pour lever de nouveau les bras dans le Plat Pays. Et ce n'est peut-être pas tout à fait un hasard. En s'imposant mercredi en solitaire et en costaud, l'Alsacien valide l'un de ses objectifs de la saison.
En début d'année, il nous déclarait : "J'aime Liège-Bastogne-Liège. Ca serait mal venu de dire que je vise une victoire alors que je n'ai fait qu'un top 10 mais j'aimerais faire un résultat." Jean-René Bernaudeau, son manager chez Europcar, l'a confirmé : "Le pic de forme de Thomas a été décalé cette année." C'est le sens de sa huitième place sur le Tour des Flandres, son premier top 10 sur le Ronde. Il ne faut donc pas s'étonner à voir le champion de France 2010 remporter sa première victoire en avril et sur la semi-classique qui lance la campagne des Ardennaises. Ce mois d'avril, Voeckler l'a ciblé. Bien sûr, il ne l'avouera pas. Ni lui, ni son staff.
"Oui, ça manque..."
Mais Ti-Blanc connait trop le cyclisme et son histoire pour ne pas savoir qu'il lui manque une grande victoire sur une classique majeure pour le faire basculer dans une autre dimension. Il a beau avoir le plus gros palmarès du peloton tricolore, avoir gagné deux étapes du Tour de France, deux championnats de France, le Grand Prix de Plouay ou de Québec et avoir passé vingt jours en jaune : il lui manque un monument. Dans l’esprit du grand public, Voeckler, c’est le héros du mois de juillet. Il a huit jours pour tordre le coup à cette image forcément réductrice en pesant sur l’Amstel ou la Doyenne à la manière d’un Sylvain Chavanel sur le Tour des Flandres l’an passé.
"Oui, j'ai l'envie de briller sur ces courses", nous a-t-il avoué mercredi quelques heures après son succès dans le Brabant. "Mais je ne cherche pas à justifier un statut. J'ai gagné des courses classées comme Plouay ou à Québec mais il n'y a pas de comparaison: l'Amstel ou Liège-Bastogne-Liège ce ne sont pas les mêmes catégories, ni la même renommée. Oui, ça manque mais si on m'avait dit au début de carrière que je connaitrais autant de succès, j'aurais signé."
Oui mais désormais, Voeckler semble avoir les moyens de rivaliser avec les meilleurs sur des Ardennaises taillées pour son profil. "Il grimpe bien. C'est un puncheur qui aime les courses d'usure, très exigeantes, la répétition des côtes et non pas les montées sèches comme le Mur de Huy", détaille Jean-René Bernaudeau. "L'Amstel et Liège-Bastogne-Liège lui conviennent à merveille." Le protégé de JRB a un principe et n'en transige jamais : profil bas. Toujours. Pas question pour lui de claironner ses ambitions. Il rappelle avec justesse qu'il n’a "jamais réussi à basculer avec les premiers à La Roche-aux-faucons", qu'il n'a jamais "fait de top 10 sur l'Amstel." Sa victoire mercredi et son état de forme crescendo trahissent pourtant sa stratégie de communication.
"En solo, il peut le faire"
Face aux Alejandro Valverde, Philippe Gilbert et autres Andy Schleck, son palmarès apparait en effet bien maigre sur les grands rendez-vous du printemps. Mais ses adversaires savent que lors des deux prochains dimanches, il faudra compter avec le leader du Team Europcar : "Il ne battra pas Valverde au sprint mais en solo, il peut le faire", prévient Dries Devenyns. Le coéquipier de Tom Boonen chez Omega Pharma Quick Step a vu juste. Voeckler n'a pas la pointe de vitesse de Valverde ni la giclette d'un Joaquim Rodriguez mais il peut avoir sa chance comme mercredi dernier en anticipant, en faisant parler sa science de la course.
Jean-René Bernaudeau, lui, y croit : "Il a exploité tout au long de sa carrière le maximum de ses capacités", témoigne JRB. "Il est toujours plus près de l'élite mondial. On peut rêver d'une grosse performance. Il a le droit d'y penser. Il aime trop le vélo pour ne pas avoir d'ambition sur ces grandes courses." Voeckler de conclure : "Aujourd'hui, je suis comblé et je sais que, quoiqu'il en soit même si je ne gagne plus rien, à la fin de ma carrière, je n'aurais aucun regret." Même pas un infime remord ?
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