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Nacer Bouhanni, l’heure de l’indispensable rebond

Bouhanni, l’heure de l’indispensable rebond

Le 02/06/2017 à 19:22Mis à jour Le 04/06/2017 à 10:59

DAUPHINÉ - Sur la touche depuis une vilaine chute fin avril, Nacer Bouhanni reprend la compétition avec la pression grandissante du Tour de France. Une première partie de saison cahoteuse lui laisse peu de marge de manoeuvre au moment d'enterrer ses démons de juillet.

Après le printemps des classiques et du Giro, place à l’été, sous le signe du Tour de France. Une nouvelle séquence s’ouvre dès ce week-end, avec le Dauphiné, sur lequel on s’attache habituellement à jauger les prétendants au maillot jaune de juillet. Chris Froome va-t-il l’emporter à nouveau, comme avant chacune de ses conquêtes du Tour ? Où en est Romain Bardet après une longue séquence de préparation sur ses routes auvergnates et sur les hauteurs de la Sierra Nevada ? Les réponses, attendues en haute montagne, se révéleront à partir de vendredi. Auparavant, le Dauphiné sera le royaume des audacieux, des rouleurs et des sprinteurs.

Pour ces derniers, il en faut peu pour trouver l’ouverture et ensuite enchaîner les succès dans la dernière ligne droite, comme Cristiano Ronaldo enfile les doublés face au but. Mais pour ça, il faut ouvrir la bouteille de ketchup et décoincer les rouages de la victoire. C’est ce que Nacer Bouhanni va s’attacher à faire sur ces premières étapes du Dauphiné. Avant l’Alpe d’Huez, le sprinteur de la Cofidis a quelques belles opportunités de laisser derrière lui les images lourdes de sa chute sur le Tour de Yorkshire fin avril et de tourner la page d’une première partie de saison difficile.

Exergue : Plus de temps à perdre.

Pour son retour à la compétition, il ne s’agit pas de presser le sprinteur pressé. “Je n’ai pas d’objectif particulier, si ce n’est de retrouver le rythme de la compétition”, a-t-il expliqué cette semaine à L’Est Républicain, pour qui il est également revenu sur les trois semaines d’inactivité conséquentes de son traumatisme crânien. La reprise doit se faire pas à pas. Mais le temps presse. Bouhanni est le premier à le reconnaître : “Il n’y a plus de temps à perdre en vue du Tour de France”.

Comme pour les prétendants à un juillet en jaune, les semaines qui mènent au Tour marquent aussi une montée en tension pour les sprinteurs. Chaque rendez-vous est l’occasion de se jauger, de tester ses marques face à ses adversaires et avec ses équipiers pour assurer dans les moments de feu les réflexes qui mèneront à la victoire. Souvent comparés à des fauves, les hommes rapides du peloton affutent leurs sensations et gonflent leur confiance à coups de succès auxquels Bouhanni ne pouvait prétendre ces dernières semaines.

Sur la touche depuis sa perte de conscience sur les routes britanniques, le Vosgien a manqué la fête des sprinteurs organisée en Californie. Vainqueur dès le premier emballage, Marcel Kittel a ensuite promené sa confiance sous le soleil américain. Alexander Kristoff, en proie à des négociations houleuses autour d’un nouveau contrat avec Katusha et devancé par son poisson-pilote Rick Zabel plusieurs fois ce printemps, se faisait lui plus mutique que jamais. C’est tout sauf anodin.

Nacer Bouhanni (Cofidis) 2017

Nacer Bouhanni (Cofidis) 2017Panoramic

Le Tour, un beau rendez-vous et des mauvais souvenirs

Nacer Bouhanni, qui s’est toujours construit contre tout le monde, a la force de caractère pour inverser les augures et regarder rapidement l’élite du sprint droit dans les yeux. Son mode de fonctionnement tout en opposition peut le mener vers les sommets comme l’entraîner au plus bas. Cette saison, il est sur des montagnes russes : quatre succès séparés de multiples pépins. Bonne nouvelle, le grand rendez-vous de sa saison, celui sur lequel il sera essentiellement jugé au moment de justifier son statut de star et les émoluments qui l’accompagnent, reste à venir. Bouhanni a tout juillet pour réussir son année.

Mauvaise nouvelle, Bouhanni n’a jamais répondu présent au rendez-vous du Tour de France : deux participations (en 2013 et 2015), neuf étapes finies pour un seul top 10. L’an dernier, c’est un fait divers qui l’a privé des lauriers de juillet, touché à la main dans une bagarre et contrait au forfait à une semaine du Grand Départ. On peut longuement débattre sur la part de responsabilité de Bouhanni dans son incapacité (jusqu’à présent) à briller sur la plus grande scène du cyclisme. Le fait est qu’il a eu sa part de malchance et de coups durs. Le fait est qu’il ne soit jamais parvenu à se mettre en situation de réussir.

Nacer Bouhanni lors de la présentation de l'équipe Cofidis pour la saison 2017

Une Ferrari avec des vices cachés

Pour Cofidis, un nouveau mois de juillet mitigé ressemblerait à un accident industriel. La formation nordiste a mis tous ses oeufs dans le même panier et celui-ci pourrait bien être percé. Ces dernières saisons, elle pouvait faire valoir un certain nombre de réussites loin du Tour - essentiellement grâce à Bouhanni. C’est plus difficile cette année, même si Clément Venturini a remporté une belle victoire sur les 4 Jours de Dunkerque.

Ce printemps, Nacer Bouhanni a prolongé son contrat (estimé entre 1,2 et 1,5 millions d’euros par an) jusque fin 2019. Quels résultats apportera-t-il d'ici là à sa formation, lui dont la saison la plus probante sur la scène internationale reste sa dernière chez FDJ, en 2014 ? Bouhanni est un talent rare mais avec lui les montagnes russes peuvent virer à la roulette russe. Autour de lui, une quinzaine de coureurs sont en fin de contrat avec Cofidis et la rumeur les envoie partout ailleurs, pour fuir Bouhanni le leader suprême.

Le parcours de Bouhanni chez la FDJ avait déjà été marqué par d’intenses frictions, avec son encadrement et certains coéquipiers. Les critiques avaient atteint leur paroxysme fin 2014, au moment d’acter le divorce entre l’un des plus beaux talents du peloton français et la formation qui l’a amené au haut niveau. Bouhanni les avait fait taire en accrochant un beau top 10 sur un Mondial que beaucoup disaient trop difficile pour lui. Car le Vosgien en a déjà l’expérience : le bruit des critiques moqueurs et des collègues rageurs peut rapidement être vite recouvert par la clameur célébrant les vainqueurs.

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