Faut-il croire en Siutsou?

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Intercalé entre Alberto Contador et Vincenzo Nibali à la deuxième place du classement général, Konstantin Siutsou réalise une superbe première moitié de Tour d'Italie. Mais pour le Biélorusse de l'équipe HTC High Road, le plus dur commence. Physiquement, mais aussi mentalement, il devra tenir.

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On ne l'a pas forcément beaucoup vu. N'empêche. Alors que le cap de la mi-parcours a été franchi dans cette 94e édition, Konstantin Sioutsou pointe à la deuxième place du classement général, confortablement calé entre Alberto Contador et Vincenzo Nibali. Depuis le départ, il n'a d'ailleurs jamais quitté le podium au classement général. Alors, bien sûr, le plus dur est encore à venir sur ce Giro. Mais Sioutsou a franchi jusqu'ici tous les obstacles avec un certain brio. S'il n'a qu'un regret, mais de taille, c'est de ne pas avoir endossé le maillot rose.
Pendant une semaine, il est resté tout près, à une poignée de secondes du Graal, que ce soir derrière Pinotti, Cavendish, Millar ou Weening. Mais, un peu à l'image de Christophe Le Mével, il n'a jamais réussi à décrocher le jackpot. "J'étais tout près, et je pensais au maillot rose depuis notre victoire dans le chrono par équipes, avoue le Biélorusse. Malheureusement, je n'ai pas réussi à l'avoir. Et dans l'Etna, je ne pouvais rien faire face à Alberto Contador." Pourtant, sur les pentes du volcan sicilien, il a montré qu'il tenait la route. A l'issue de ce premier grand rendez-vous, il a laissé Contador s'envoler, comme tout le monde, mais il est toujours dans le coup. Plutôt prometteur, même si le maillot rose s'est peut-être définitivement éloigné.
Pas un gagneur dans l'âme
Alors, ce Giro marquera-t-il enfin l'éclosion au plus haut niveau de l'ancien champion du monde Espoirs? Jacky Durand est un de ceux qui connait le mieux le Biélorusse. "Je l'avais repéré en 2004 lors de ces Mondiaux espoirs, raconte le consultant d'Eurosport. Il y avait son nom, qui me plaisait bien, mais j'ai surtout découvert un coureur très complet et talentueux. Mais pour moi, il a toujours été très mal utilisé dans ses équipes. Il était sous-employé. C'est avant tout un bon grimpeur, mais sur les grands tours, il est souvent arrivé fatigué dans la montagne parce qu'on lui demandait de rouler sur les étapes de plaine pour son sprinter dès le 10e kilomètre. Il me fait penser à Christophe le Mével à l'époque du Crédit Agricole. Christophe devait rouler pour Hushovd et il ne pouvait pas s'exprimer sur son terrain de prédilection."
Valerio Piva, le directeur sportif de l'équipe HTC High Road sur ce Giro, confirme. "Pour diverses raisons, Konstantin n'a pas encore eu la chance de jouer vraiment sa carte au général dans un grand tour. C'est vrai, nous avons surtout misé sur Mark Cavendish ces derniers temps. Nous venons rarement sur le Giro avec un leader par exemple." Mais il y a une autre raison selon Piva. Siutsou s'épanouit dans un rôle d'équipier. Moins dans celui du leader. "C'est le coureur d'équipe par excellence, explique l'Italien. Mais ce n'est pas un gagneur. Quand il a gagné le Tour de Géorgie en 2008, George Hincapie avait été déterminant pour lui permettre de maintenir le cap. Il a tendance à devenir nerveux quand il porte des responsabilités sur ses épaules. Nous aurions voulu en faire un leader avant."
Jacky Durand: "Il arrive à maturité"
Mais son heure est peut-être venue en ce printemps 2011. Cavendish a quitté la course jeudi soir et Sioutsou n'aura à rouler pour personne. Il peut donc jouer sa carte jusqu'à Milan et voir véritablement où il se situe. Peut-il l'assumer? "Il arrive à maturité à bientôt 29 ans. Je ne pense pas que la contrainte soit si terrible, juge Jacky Durand. Je ne pense pas que Valerio Piva lui mette une pression particulière pour finir sur le podium par exemple." "Le podium, concède Piva, c'est plus un rêve qu'un objectif à ce jour", confirme l'Italien. Siutsou peut donc continuer à faire son chemin tranquillement. La question est maintenant de savoir où se situe ses limites. Jusqu'où peut-il tenir cette place sur le podium? "Il a une bonne faculté de récupération, il encaisse bien la répétition des efforts", assure Piva.
Reste que ces dix derniers jours vont être incroyablement montagneux. "J'ai peur que les très forts pourcentages des prochains jours ne lui conviennent pas trop par rapport à des purs grimpeurs, reprend Jacky Durand. Pour moi, il est davantage fait pour les cols du Tour de France, plus roulants que ceux du Giro." Une chose est sûre. Si dimanche soir, Konstantin Siutsou est encore sur le podium, c'est qu'il aura définitivement pris une autre dimension. Mais chez HTC, on se contenterait volontiers de le retrouver parmi les 10 premiers. "C'est une ambition réaliste. Il en a les moyens", veut croire Piva.
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