La condamnation d’Armstrong, oui. Celle de l’UCI et du cyclisme, non. Pat McQuaid, le patron de l’Union cycliste internationale, a soldé les années Armstrong dans une conférence de presse très suivie, lundi, reconnaissant que le cyclisme traversait "la plus grande crise à laquelle il (a jamais) fait face" avec les preuves apportées par l’USADA sur le système de dopage généralisé mis en place autour de l’ancien cycliste américain. Mais le patron de l’UCI, qui a eu à se prononcer sur les soupçons de complicité dans le silence au cœur des années de fer (1999-2005), a eu pour seul fil rouge, dans son exposé, d’assurer que le cyclisme avait un futur si l’institution qu’il préside était assistée dans sa lutte contre le dopage.
Evacuant d’emblée toute possibilité de démission, il a présenté son mandat comme placé sous le signe de la lutte contre la "culture du dopage" qui, a-t-il reconnu, est historiquement écrasante dans le peloton. "Quand je suis arrivé il y a sept ans, je savais que cela prendrait du temps. On ne change pas des habitudes en une nuit et celles-là sont présentes depuis très longtemps dans notre sport, a reconnu Pat McQuaid. La culture du dopage doit changer. C'est en cours. Le cyclisme sera-t-il un jour libre du dopage ? Il est difficile de répondre. Je pense que non. Il n'y a aucun aspect de la société libre de la triche mais je pense qu'il est possible de réduire le dopage. (…) Il y aura toujours des situations où des coureurs seront tentés par le dopage."
Pat McQuaid : "Nous avons besoin d'un soutien scientifique "
"L'UCI a une responsabilité pour protéger les coureurs propres et lutter contre les tricheurs", a enchaîné l’Irlandais, rappelant, si besoin était, que sa mission se situait bien du côté des coureurs honnêtes plutôt qu’en soutien d’une politique du spectacle à tout prix. "Nous faisons tout pour la promotion du cyclisme et cela implique une lutte contre le dopage. Nous allons étudier ce que nous pouvons mettre en oeuvre pour éviter que ceci se reproduise. Je suis désolé que nous ayions pas pu les attraper tous et les jeter hors de ce sport à cette époque."
Voilà pour les regrets. Reste l’avenir : "Je crois sincèrement dans le futur du cyclisme, a asséné Pat McQuaid à plusieurs reprises. Nous devons soutenir les coureurs qui veulent participer à un sport propre. Il y a un chemin pour avancer. Pour citer JF Kennedy : en chinois, le mot crise est représenté par deux signes. L'un pour le danger, l'autre pour les opportunités." Mais l’Irlandais, sur ce point, souligne le manque de moyens de l’UCI, qui consacre 7 millions d’euros par an à la lutte antidopage : "Nous avons besoin d'un soutien scientifique pour cela. (…) Nous avons développé les collaborations avec les Etats, les agences antidopage... La lutte progresse mais nous n'avons pas les pouvoirs d'une police. "
" L'UCI n'a jamais été achetée pour couvrir un contrôle positif de Lance Armstrong "
L’état d’esprit actuel du peloton justifie son optimisme. "Nous avons beaucoup de coureurs qui expliquent : ‘nous ne voulons pas être impliqués dans le dopage.’ Il n'y a qu'à lire ce que les coureurs disent sur les contrôles plus stricts que nous menons. Il est beaucoup plus difficile de contourner le système." L'Irlandais a accueilli le départ de la Rabobank avec philosophie, même si la volonté de rassurer les sponsors fut un aspect très fort de son message.
Malgré ce volontarisme affiché, la presse internationale dépêchée à Genève a questionné McQuaid quant à la responsabilité de l’UCI sur sa passivité présumée lors la période incriminée. "Rien dans le rapport de l'USADA ne met en cause Hein Verbruggen (ancien président de l'UCI) , a dit McQuaid. L'UCI n'a jamais été achetée pour couvrir un contrôle positif de Lance Armstrong. Qu'il s'agisse de la cortisone en 1999 ou du Tour de Suisse en 2001, il n'y avait pas lieu à corruption." Les dons de Lance Armstrong à l’UCI ? "L'argent nous a permis de financer la lutte antidopage. Nous sommes une institution avec des ressources limitées. Nous prenons l'argent des équipes pour mener la lutte antidopage." "Dégoûté" (par ce qu’il a lu) "dans le rapport de l'USADA", Pat McQuaid nie avoir enterré les pistes soumises par Floyd Landis à l’UCI en 2010, le premier à avoir publiquement partagé ses expériences de dopage avec Armstrong. L’Irlandais a souligné que l’UCI avait alors, au contraire, mené une enquête dont le contenu a aidé l’administration américaine, avec des moyens de pression beaucoup plus importants que les siens...
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