Contador à l'instinct

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Muselé par Joaquim Rodriguez deux semaines et demie durant, Alberto Contador a dû changer radicalement d'option tactique pour enfin surprendre son rival. Une seule attaque, placée au bon moment, a suffi pour renverser la Vuelta à seulement quatre jours de Madrid.

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Il semblait l'avoir oublié, mais Alberto Contador a plus d'un tour dans son sac. Et l'équipe Saxo Bank, parfois approximative dans son déploiement tactique, a bien les moyens de dérouler le tapis rouge devant son leader. Finie la succession d'attaques dans le final, entre Santander et Fuente Dé, le Pistolero s'est contenté d'une offensive de grande envergure. "J'ai été un peu kamikaze", reconnaît le grand vainqueur de la 17e étape de la Vuelta, expliquant avoir écouté son "instinct" lorsqu'il s'est dressé sur ses pédales à plus de 50 kilomètres de l'arrivée. "Quand j'ai attaqué, le diable sur mon épaule me disait 'attaque' et l'ange 'attends, c'est une folie, ils vont te reprendre'. J'ai préféré risquer."
Une folie qui a enfin permis à Contador de surprendre Joaquim Rodriguez, pas assez prompt à prendre la roue de son principal rival. "Quand je l'ai vu sortir, j'ai essayé, mais il restait beaucoup de kilomètres et je n'imaginais pas le désastre à venir", confesse Purito après s'être effondré dans le final. Sorti du peloton à la poursuite du Madrilène, le puncheur Catalan limitait l'écart à une quinzaine de secondes au sommet de la Collada La Hoz, à 49 kilomètres du but. "J'ai pensé à revenir dans la descente, puis je me suis dit que Movistar arrêterait ses coureurs (Quintana et Intxausti, présents dans le groupe de tête alors que Valverde était au côté de Rodriguez, ndlr)", raconte-t-il. Soutenu par le seul Losada, le leader de Katusha a subi au contraire de plein fouet la force de frappe des collectifs Movistar et Saxo Bank.
Contador moins fort, donc plus audacieux
"C’était un grand moment de cyclisme, s'enthousiasme Bradley McGee. Le plus dur est de contenir mon émotion parce qu'il faut absolument rester concentrée jusqu'à dimanche." Le plan de la formation danoise a fonctionné à la perfection mercredi. "On avait bien étudié le parcours, on avait vu qu’il y avait des possibilités et on s’était dit qu’on le ferait à la moindre opportunité", explique le directeur sportif de la Saxo Bank. Cela aurait pu arriver en début d'étape lorsque Contador s'est retrouvé dans une bordure. "J’ai regretté qu’on l’ait loupé, mais finalement nous avons bien manœuvré en lançant trois équipiers dans le premier groupe", ajoute-t-il. Les trois soutiens de poids seront Bruno Pires, Jesus Hernandez et surtout Sergio Paulinho, partis en éclaireur quelques instants plus tôt et omniprésents dans le final.
L'attaque du Madrilène était-elle planifiée ? Plus ou moins, à en croire les intéressés. "Quand j’ai entendu dans l’oreillette Alberto dire à ses équipiers 'Allez, à bloc !', je me suis dit que c'était LE tournant," reconnaît McGee. Privé du soutien de ses hommes, Rodriguez a ensuite erré comme une âme en peine derrière son rival avant de se faire crucifier par Valverde et les Movistar. "Quand Contador a attaqué dans La Hoz, je suis resté dans la roue de Purito. Nous faisions, lui et moi, une course différente", analyse Valverde.
"Quel final extraordinaire d’Alberto qui a bien géré et qui a réussi son coup. C’est un champion !". L'hommage de McGee rejoint celui rendu par tous les coureurs et observateurs. Et dire que Contador "pensai(t) attaquer à 3kilomètres" du but, comme lors des précédentes arrivées au sommet de cette Vuelta. En manque encore de jours de compétition depuis son retour de suspension, le Pistolero n'avait sans doute pas les moyen de flinguer la concurrence sur les huit derniers kilomètres, comme lors de ses plus grandes démonstrations à Verbier (Tour de France 2009) ou sur l'Etna (Giro 2011). Il a donc préféré renouer avec une entreprise au long cours (comme vers l'Alpe d'Huez et Gap au Tour 2011 ou Cannes lors de Paris-Nice 2007), favorisée par la lassitude physique des coureurs au sortir d'un week-end très intense et d'une journée de repos qui peut parfois enrayer la belle mécanique de certains. De quoi signer "une des victoires les plus importantes de (s)a vie". Avec les jambes, et surtout la tête.
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