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Nairo Quintana plus fort que Froome sur la Vuelta : c'est tout sauf un paradoxe

Quintana plus fort que Froome sur la Vuelta : c'est tout sauf un paradoxe

Le 12/09/2016 à 09:04

TOUR D'ESPAGNE 2016 - Impérial en haute montagne, Nairo Quintana a remporté son deuxième grand Tour, lui à qui échappe toujours le Tour de France. Chris Froome doit lui se contenter une troisième fois de la 2e place. Et si le rapport de force des deux hommes s'est inversé depuis juillet, c'est désormais une habitude. Et pas si illogique que cela. La faute notamment à la préparation du Colombien...

Le Colombien Quintana aime les gros pourcentages

Décidément, Nairo Quintana est un personnage étonnant. Il avait explosé aux yeux du monde entier sur le Tour de France 2013 lorsqu'il avait pris la 2e place du général et remporté le classement de la montagne, à seulement 23 ans. Le voilà à 26 ans avec deux grands Tours dans la musette mais aucun remporté en juillet. Qu'ont donc le Giro 2014 et la Vuelta 2016 que n'a pas la Grande Boucle ? La réponse paraît évidente : des pourcentages. Et plus précisément, des pourcentages monstrueux. En bon Colombien, Quintana est très à l'aise là où la pente dépasse les 15-20%... Le genre de pentes que l'on ne retrouve pas souvent sur le Tour de France.

Vainqueur au Val Martello et au Monte Grappa sur le Giro en 2014, le grimpeur de Tunja a distancé sur la Vuelta 2016 Christopher Froome à deux reprises en montagne : aux Lacs de Covadonga (10km à 8,6%, passage à 17%) mais surtout à la Camperona (3km à 15% de moyenne). Deux ascensions qui ont permis au Colombien de reprendre 58'' au Britannique, clairement plus à l'aise lors des ascensions roulantes, même s'il s'est imposé à Pena Cabarga. C'est là qu'il peut étouffer ses adversaires par son rythme de pédalage ahurissant, comme cela avait été le cas sur le Tour 2015 à la Pierre-Saint-Martin. Plus complet, plus "rouleur", Froome est favorisé par les pentes régulières des montées françaises. Alors que Quintana s'est offert les deux Grands Tours pour "grimpeurs".

Nairo Quintana (Movistar) attacks during the 2016 Vuelta a Espana

Nairo Quintana (Movistar) attacks during the 2016 Vuelta a EspanaEurosport

La préparation de Quintana est trop tardive, celle de Froome trop parfaite

C'est sans doute la plus grande différence entre les deux hommes sur les routes en juillet. On le sait, la team Sky est, à l'image du cyclisme britannique en général, la reine de la préparation minutieuse. Il est très rare que les hommes de Dave Brailsford se manquent sur un objectif. Encore moins sur le Tour de France et surtout pas Christopher Froome. Le "Kenyan blanc" centre chaque année sa saison sur la Grande Boucle et se prépare année après année sur les mêmes courses (Romandie + Dauphiné). De quoi atteindre son top niveau sur les routes françaises avec une réussite maximale (3 Tous terminés depuis janvier 2013, tous gagnés).

Tout le contraire de Nairo Quintana. A l'image de ce que faisait son compatriote Carlos Betancur, le grimpeur de la Movistar aime à se préparer chez lui, en ne disputant que très peu de jours de course après le Tour de Romandie, fin avril (Route du Sud et c'est tout). Du coup, le Colombien a sans doute du mal en première semaine, comptant sur la troisième semaine pour faire la différence. Et ça n'a jamais marché sur le Tour, Froome ayant déjà fait la différence à chaque fois. Mais, en disputant la Vuelta après le Tour, Quintana arrive du coup en pleine forme sur les routes espagnoles où il peut s'exprimer pleinement. Son succès et son aisance en montagne cette année le démontrent bien. En revanche, prêt à la perfection pour le Tour de France, Christopher Froome a du mal à placer un deuxième pic de forme aussi proche du premier. Et bute donc toujours sur un coureur plus fort, que ce soit Contador (2014), Quintana (2016) ou même Cobo (2011).

Nairo Quintana (Movistar) et Richie Porte (BMC) suivant Christopher Froome (Sky) lors de l'étape d'Andorre Arcalis sur le Tour de France 2016.

Nairo Quintana (Movistar) et Richie Porte (BMC) suivant Christopher Froome (Sky) lors de l'étape d'Andorre Arcalis sur le Tour de France 2016.AFP

Les deux équipes ont des objectifs différents

Rarement une différence fut aussi flagrante. Un chiffre suffit à résumer les niveaux respectifs de la Movistar et de la Sky sur cette Vuelta : 1. Comme le nombre d'équipiers que Chris Froome aurait dû avoir à ses côtés pour les dernières étapes, après le désastre de Formigal. Soit 6 coureurs hors-délais alors que, dans le même temps, la Movistar n'en aurait perdu qu'un (José Herrada). Une preuve si besoin était que la Movistar était au-dessus de la Sky sur ce Tour d'Espagne. Un évènement ! Car, depuis le succès de Wiggins sur le Tour 2012, la formation britannique semblait intouchable. Son leader pouvait être battable certes, pas son équipe. Du moins, sur le Tour de France.

La Sky n'a jamais d'ailleurs jamais remporté le Giro ou la Vuelta, même en envoyant des coureurs comme Rigoberto Uran, Leopold König, Mikel Nieve ou donc Christopher Froome. Hors du Tour, les hommes de Dave Brailsford ne sont pas dominateurs. Pourtant, la Movistar n'a pas aligné une meilleure équipe sur cette Vuelta que sur le Tour. Pas sûr que Ruben Fernandez, José Herrada, Rory Sutherland, Jonathan Castroviejo et Joaquim Rojas soient plus talentueux que Winner Anacona, Jesus Herrada, Ion et Gorka Izagirre, présents en juillet. Mais avec une Sky moins préparée, moins solide également (pas de Landa, de Poels, de Thomas, de Nieve ou de Roche), la différence est sensible. Et ce n'est pas un hasard que ce soit sur la Vuelta, tour national pour la dernière formation espagnole du World Tour qu'est la Movistar.

Le Team Sky et Chris Froome lors de la 9e étape

Le Team Sky et Chris Froome lors de la 9e étapeAFP

Froome "sent mal" la course, Quintana est attentif

C'est un constat qui peut paraître étonnant à la vue du Tour de France 2015 où Froome a piégé Quintana dans la descente de Peyresourde puis dans une bordure vers Montpellier. Mais force est de constater que, lorsque l'on sort du schéma classique de la Grande Boucle, le Britannique sent assez souvent mal la course. Ce qui est quasi toujours le cas sur la Vuelta. Et, chaque année ou presque, le Britannique est piégé. En 2011, il laisse filer Juna José Cobo dans l'Angliru, réagissant trop tard. Il sera à 20'' à l'issue de l'étape et à 13'' à Madrid. En 2012, alors qu'il est distancé mais encore en course pour le podium, il est piégé lors de l'étape de Fuente Dé par le coup de folie de Contador et perd 5'. Et, cette année, il a perdu le Tour d'Espagne sur l'étape de Formigal, encore à cause de Contador.

Si Nairo Quintana n'est pas le coureur le plus offensif, ni celui qui a le plus de panache, le Colombien a au moins une qualité : l'opportunisme. Lors de ses deux Grands Tours gagnés, le Giro 2014 et le Tour d'Italie 2016, le grimpeur de Tunja s'est offert une belle marge sur son dauphin lors d'un coup parti de loin. Et à chaque fois, ce n'était pas lui qui avait lancé les hostilités. Sur le Tour d'Italie, la neige et le brouillard avaient pétrifié la plupart des coureurs. Pas Ryder Hesjedal, parti dans la descente du Stelvio. Sentant le bon coup, Quintana lui avait pris la roue, en compagne d'un équipier (Visconti), et glané plus de 3' sur Uran. Bis repetita cette année sur la Vuelta avec Contador dans le rôle de l'attaquant-fou et Castroviejo et Ruben Fernandez dans le rôle de l'équipier. Et plus de 2' de récupérées sur Froome.

Alberto Contador, Nairo Quintana, Vuelta 2016

Alberto Contador, Nairo Quintana, Vuelta 2016Eurosport

Si le Colombien a bien évidemment encore des points faibles qu'il doit travailler - sa préparation et le contre-la-montre - Nairo Quintana se rapproche année après année d'un succès sur le seul Grand Tour qui lui manque désormais : le Tour de France. Le seul où la team Sky et Chris Froome lui soient supérieurs. Pour l'instant.

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