"On grille des étapes"

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Pour Frank Leboeuf, qui sera notre expert sur tous les matches des Bleus lors de cette qualification pour l'Euro 2012, la défaite contre la Biélorussie a agi comme un révélateur des failles du football français actuel : formation, politique fédérale et niveau moyen de l'élite.

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La défaite de vendredi, ça fait très peur, c'est très grave. Dans la manière, on se dit qu'on n'y arrivera jamais, qu'on pourrait jouer deux heures sans marquer ou alors par pur hasard. Même si le but biélorusse est entaché d'un hors jeu, on est bien bas. Il faut revoir quelque chose dans la formation en France. Si nous étions en avance en 1998, ce n'est plus le cas. On a affaire à des robots, aujourd'hui. Zidane, il ne faut pas qu'il aille à l'entraînement, mais il faut qu'il revienne jouer. On a joué de façon prévisible car on avait la peur au ventre. L'envie est là. Mais on ne sait pas par quel bout amorcer les actions et on se perd dans des situations stériles où rien n'arrive. Ça fait pas mal d'années qu'on tâtonne et qu'il n'y a pas d'imagination. On joue la sécurité, on se fait des passes à dix mètres, on fait le tour du bloc et on déclenche une frappe de 40 mètres. Valbuena a amené de la vitesse et du jeu, comme Ribéry à l'époque de ses débuts. Mais c'est tout.
Je suis surpris par une chose. Jeudi, Blanc a dit que les coups de pied arrêtés étaient importants dans le jeu moderne, qu'il y aurait de la taille dans les corners. Or, les deux premiers corners ont été joués courts, "à la rémoise". Les deux défenseurs centraux font l'aller-retour pour rien. Les joueurs n'ont-ils pas écouté ou n'ont-ils rien compris ? Ce n'est pas normal, on ne peut pas s'autoriser des choses comme ça au niveau professionnel. Il y un tacticien qui annonce quelque chose et deux joueurs qui font tout sauf ça... On n'a pas eu de coup franc car il n'y a pas eu de prise de risque. On joue au handball. Avec tout le respect que j'ai pour ce sport, on ne peut pas faire ça en football où le terrain est dix fois plus grand. Ça manque de "je prends une décision, quitte à surprendre et je vais au bout".
Je pense, je le disais au début, qu'il faut revoir des choses dans la formation. C'est trop tôt pour repartir, on n'est pas prêt, le trou qu'on a créé avec cette Coupe du monde 2010 nous a montré qu'on était à côté de la plaque dans le sportif et l'administratif. On n'a pas réglé le problème de la FFF. Les vingt personnes qui ont voté pour Domenech en 2008 sont toujours en place. Il va falloir réagir et remettre le football à plat. Les grandes générations du football français, c'est 1958 Kopa, 1982-1986 Platini, 1998-2000 Zidane, et le néant. Entre chaque génération il y a douze-treize ans...
Aujourd'hui, plus que jamais, beaucoup de joueurs français jouent à l'étranger. C'était le cas aussi pour ma génération. Mais à l'époque, nous avions des leaders! Ils étaient capitaines de leur équipe à l'étranger. Florent Malodua est un super joueur à Chelsea, mais les autres sont de bons joueurs à l'étranger et aucun n'est un leader. Nous avons aussi de plus en plus de joueurs évoluant en France, qui nous font nous poser la question du niveau du Championnat. Redescendons de notre nuage comme, on l'a fait dans les années 90, et on remontera. On est en train de griller des étapes en demandant trop de choses à cette équipe. On a envie de croire que parce que nous avons été champions du monde et d'Europe en 1998 et 2000 nous allons pouvoir rester au top. Mais il suffit de comparer les choses. Regardez simplement en défense, vous avez Sagna pour Thuram, Rami pour Desailly, Mexès pour Blanc et Clichy pour Lizarazu. Vous avez compris. Peut-être faut-il revoir nos objectifs, non ?
Retrouvez Frank Leboeuf sur Eurosport dans l'émission "Tour d'Europe", samedi, mardi et mercredi à 22h45.
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