Laurent Blanc, une vie

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Nous publions les bonnes feuilles de "La Face cachée du président", biographie de Laurent Blanc parue aujourd'hui, signée par le journaliste Arnaud Ramsay. Un livre très documenté qui détaille chaque étape de la vie du sélectionneur, de l'enfance cévenole à la douloureuse affaire des quotas.

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Crédit: Eurosport

"Il aurait pu commencer sa carrière d'entraîneur à Montpellier"
L'auteur révèle que si Louis Nicollin a provoqué Laurent Blanc dans les médias, c'est parce que lui a modérément apprécié le refus de l'actuel sélectionneur de prendre en main son équipe en 2007.
Mars 2007. Montpellier, de retour en Ligue 2, accomplit une saison médiocre. La relégation en national se profile. Le président estime que Jean- François Domergue n’est plus l’entraîneur de la situation. Après une nouvelle contreperformance, Nicollin déboule dans les vestiaires. Et explose. "Vous êtes nuls. Regardez- vous ! On dirait ma manade qui part à l’abattoir ! Il faut y aller avec les couilles et le moral. Et puis ces joueurs qui “pètent” dans tous les coins, ce n’est pas normal. Dans cinq matchs, il y aura des problèmes à régler et ce sera de ma faute. Alors dites- moi tout ! Vous voulez le garder votre entraîneur ou vous voulez vous autogérer ?" Deux jours plus tard, le coach est licencié. Rolland Courbis le remplace. Le maintien est assuré lors de la dernière journée. Si Laurent Blanc avait répondu favorablement à la demande de Michel Mézy, conseiller présidentiel, il aurait commencé sa carrière d’entraîneur à Montpellier, assurant la relève de Jean- François Domergue. Il a réclamé un délai de réflexion, n’a pas accepté, répondant en revanche favorablement quelques semaines plus tard aux Girondins de Bordeaux. Louis Nicollin ne lui a jamais pardonné. "Je ne lui ai rien demandé. Mais quand Mézy est venu le chercher, à sa place, j’aurais dit oui tout de suite. Pas lui…" Courbis, qui fera même remonter Montpellier en Ligue 1, tempère. "Laurent n’avait jamais été entraîneur, il ne pouvait pas s’embarquer dans ce poste si près de la fin du championnat. Cela ne pouvait être fait que par un vieux routier. À sa place, je n’aurais pas accepté non plus. Je trouve normal qu’il n’ait pas pris le risque de se griller."
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"Après mon premier match avec lui, j'ai dit : 'wahou'"
Le tournant de la carrière de Laurent Blanc aura été la saison 1995-1996, celle qui l'a vu reprendre contact avec le très haut niveau et redevenir la référence en France à son poste.
"Il est arrivé chez nous annoncé sur le déclin, à peine considéré comme un renfort. Mais, après le premier match avec lui, comme pour Frank Verlaat, j’ai dit : “Wahou”, se souvient Lionel Charbonnier. Laurent devant, mon commandement évoluait. Compte tenu de son sens du placement et de son charisme, je n’étais plus le seul à donner le ton derrière. Notre jeu a changé à son arrivée. Il apportait aussi un plus au niveau offensif, même si Guy Roux faisait des bonds en avant dès qu’il franchissait le milieu de terrain. Mais il s’est vite rassis, tellement il apportait de la clarté." Dès lors que Laurent Blanc est revenu de blessure, excepté une élimination en Coupe de la Ligue, l’AJ Auxerre n’a pas perdu un seul match. (...) Guy Roux : "Une fois, ils sont tous allés ensemble en goguette. À sa demande, quand il était bien tard, ils sont tous rentrés. Avec lui, je savais qu’ils seraient raisonnables." Mais le manager bourguignon ne sait pas tout. La Coupe de France décrochée et la qualification en Coupe d’Europe assurée, l’ambiance s’est d’un coup relâchée. "Le but était atteint alors on s’est fait plaisir, relate Lionel Charbonnier. Une semaine après la finale, on a obtenu le nul à Guingamp. C’était dans la poche. Avec Laurent, on est ressorti en boîte, s’amuser entre copains. La fête était belle, avec aussi Gérard Bourgoin et Gérard Depardieu. Plus tard, dans les vestiaires, Guy Roux nous a expliqué qu’on avait réalisé le doublé parce qu’on avait été plus sérieux que les autres. Avec Laurent, on s’est regardés, pensant : "Mais alors, les autres, qu’est- ce qu’ils ont dû se mettre…' Sortir ensemble a renforcé notre solidarité."
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"Il n'avait pas le niveau pour entraîner l'OM"
Avant de décrocher son premier poste à Bordeaux en 2007, Laurent Blanc, quoi que diplômé, peine à embrasser la carrière de manager qu'il convoite. Tous les clubs se défilent. Et le contact avec l'OM et Christophe Bouchet aura été le moins concluant de tous.
Le dépit guette. Surtout que, des contacts, il en a. Mais tous échouent. Lyon tente une approche lorsque Paul Le Guen s’échappe. Bernard Lacombe, le conseiller spécial du président, s’entretient avec lui. Jean- Michel Aulas, le boss, tique sur son manque d’expérience. Une fois de plus, la même rengaine. En cours à la Principauté, Jean- Pierre Karaquillo, sollicité par les dirigeants de Monaco, propose le nom de Laurent Blanc en guise de directeur général, Didier Deschamps restant l’entraîneur. (...) À Auxerre, Laurent Blanc figure dans la short- list afin de prendre la relève de Guy Roux. C’est Jacques Santini qui est retenu. Des déceptions similaires s’enchaînent. Son nom est évoqué à Nantes, à Toulouse, à Saint- Étienne. En vain. En février 2004, pourtant, il paraît sûr de son fait. Le poste ne peut lui échapper, pas cette fois. L’Olympique de Marseille l’approche. Lui souhaite former un ticket avec son complice Henri Émile, intendant de l’équipe de France approché dix jours avant lui, endossant un rôle de manager général à l’anglaise, à la sir Alex Ferguson ou Arsène Wenger. L’OM a débarqué Alain Perrin. (...) Robert Louis- Dreyfus, le propriétaire du club, a l’occasion d’effacer les stigmates du passé. C’est lui qui, le premier, évoque l’idée de lui confier une mission. Fabien Barthez, gardien de l’OM, est évidemment emballé. Il reste toutefois à convaincre Christophe Bouchet, président depuis le printemps 2002. (...) Entre les deux, une incompréhension. Nés pour Bouchet du sentiment que le joueur venait prendre en main l’équipe, comme s’il s’agissait d’un dû, mais sans être animé d’un véritable projet, ni d’une vision. "On s’est vus plusieurs fois quand il s’est agi qu’il vienne éventuellement, résume l’ex- président. J’ai décidé et je le referais aujourd’hui : Laurent Blanc n’avait pas le niveau pour entraîner l’OM, surtout de la façon dont je l’imaginais. J’ai davantage eu le sentiment de discuter avec un homme qui voulait faire un coup pour valoriser son CV et ensuite se vendre à Manchester."
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Affaire des quotas : "Les dégâts sont importants"
Si l'affaire des quotas ne lui a pas coûté son poste, Laurent Blanc connaîtra dans sa vie un avant et un après, témoigne son agent et complice Jean-Pierre Bernès.
L’état de grâce est clairement terminé pour Laurent Blanc, troublé par ce mauvais feuilleton. Pendant que les sondages réclament son maintien, pendant que deux commissions d’enquête poursuivent leurs auditions, l’intéressé garde le silence. Il est cloîtré à Merano, au nord-est de l’Italie, pour sa cure annuelle. (...) Laurent Blanc est accompagné de Jean- Pierre Bernès qui, tout de même, la veille, s’assure que le sélectionneur est toujours partant. "Laisse- moi gérer", lui glisse ensuite son agent, qui veille sur lui, lui remonte le moral, parlemente avec les journalistes qui campent devant l’hôtel et l’aide à préparer son audition. "Je lui ai beaucoup parlé de ce que j’ai vécu à l’OM, conscient que ce qu’il traversait allait profondément le marquer. Laurent a trouvé cette histoire injuste. Il n’était pas préparé à ça, lui qui est droit comme un i. Il faut comprendre qu’il existe une sanction visible (les médias, les commentaires) et une autre invisible, plus dure à vivre car touchant à l’intime. Cette plaie qui ne se referme pas, cette peine invisible, personne ne peut l’évaluer. Les dégâts sont importants." L’affaire des quotas marquera Laurent Blanc à jamais, assure Jean- Pierre Bernès. "Il y a un avant et un après cette réunion à laquelle il n’était pas convié, révélée par des méthodes rappelant une page sombre de l’Histoire, garantit l’agent, mais de là à s’interroger pour savoir s’il est raciste ou non… Il a été touché mais jamais au point de songer à démissionner, au contraire. Je sais ce que c’est que de souffrir comme un boxeur. Laurent, lui, a encaissé. Il a mieux compris la nature humaine, pu faire le tri parmi ses amis. Il a fait le bilan, remis certaines choses en place. Disons que ça lui servira, à l’avenir." (...) Pascal Baills, avec qui il a remporté la Coupe de France 1990, lui adresse un texto. "J’ai vraiment pensé qu’il allait envoyer tout valser, souligne l’international [une sélection]. Heureusement, si je puis dire, l’affaire DSK et la mort de Ben Laden sont arrivées et ont fait qu’on l’a un peu lâché."
LAURENT BLANC, LA FACE CACHEE DU PRESIDENTArnaud Ramsay, Editions Fetjaine300 pages, 16 euros, sortie le 5 avril
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