Machado dévoile son "je"

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Auteur d'un doublé samedi, Paulo Machado est devenu l'argument n°1 de Toulouse depuis le départ de Gignac. Tout frais international portugais, il nous raconte son parcours à la première personne, de son quartier de Cerco Porto à la Liga. Entre-temps, des personnages comme Mourinho, Messi et CR7.

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Avant d'inscrire un doublé contre Lorient (3-0), samedi, Paulo Machado avait été placé sur le banc deux fois, à Auxerre (2-1) et contre Caen (1-0), les deux matches qui ont scellé le retour de Toulouse en L1. Un paradoxe alors que le milieu portugais, international A depuis cette saison, s'était imposé cet été comme l'argument offensif numéro un du TFC après le départ d'André-Pierre Gignac. "Il doit prendre conscience que son jeu doit aller vers plus d'efficacité que de paraître, nous expliquait Alain Casanova juste avant que le couperet tombe. Quand il reste dans son registre, qu'il joue simple, collectif, très en mouvement, c'est un joueur de très haut niveau. Quand il complique, qu'il veut jouer arrêté ou de façon individuelle, il redevient un joueur moyen. Je le vois passer par ces deux types de période, et je voudrais qu'il tienne compte des remarques, qu'il corrige plus facilement. Techniquement, il a un très bon niveau. Il est capable de bien se déplacer, de s'orienter très vite sur sa première touche, de couper l'adversaire en deux, de se créer des occasions, et il a une excellente frappe. Mais, à l'inverse d'un Lucho à Marseille qui ne dénature jamais son jeu, il est parfois tenté de compliquer les situations. Il doit être plus efficace." Grand espoir du football portugais dans les années 2000, Machado (4 buts et 3 passes en 18 matches) a enregistré le message. A 24 ans, il est à un tournant de sa carrière. Il nous a raconté son itinéraire avant le match des Violets à Valenciennes, mercredi.
Les débuts : "Avec des oranges..."
"Pourquoi être devenu footballeur ? Tout le monde aime le foot au Portugal. Je voyais jouer Porto, me disais : "P..., je veux être un grand joueur moi aussi". J'ai commencé dans mon quartier, à côté du futur stade du Dragao, à Cerco Porto. On jouait dans la rue, parfois avec des oranges car on n'avait pas les moyens d'acheter des ballons. A dix ans, je suis allé à Porto, mais je n'ai pas aimé, je suis revenu au quartier. Il y avait trop d'exigences, trop de pression, déjà. Même à cet âge, on sent que c'est un grand club, il faut travailler tout le temps. Il fallait être tout le temps à l'heure, c'était trop pour moi. Je voulais juste jouer au foot."
La formation : "Je voyais mes amis en prison"
"J'ai eu l'occasion de revenir à Porto. J'en ai parlé à mes parents. Ils m'ont dit : "tu as de la chance de pouvoir aller là-bas". J'ai compris que je pouvais sortir de mon quartier, et cette fois, j'ai continué. Et puis, je voyais mes amis en prison, je ne voulais pas que ma vie suive le même chemin. Je me suis mis dans le bain. Je suis de la promotion de Nani, Coutinho, Manuel Fernandes. A l'époque je jouais en 6, comme Capoue, et je suis monté d'un cran pour valoriser ma technique. A ce jour, je suis toujours celui qui a eu le plus de sélections chez les jeunes au Portugal : 92."
Pro à seize ans : "C'était aussi la première de Messi..."
"J'avais 16 and quand je suis devenu pro. Ce sont mes parents qui ont signé le contrat. J'avais fait l'Euro des moins de 17 ans, que nous avions gagné en 2003, et des clubs comme Arsenal ou l'Ajax étaient sur moi. J'ai signé sept ans sans jamais avoir joué en équipe première. C'est Mourinho qui m'a lancé contre Barcelone au stade du Dragao, pour un match amical. Tout ce dont je me souviens de ce match, c'est que c'était aussi la première de Messi, qui avait 15 ans à l'époque. Personne ne connaissait ce Messi dont tout le monde parlait. D'un coup, il prend le ballon et dribble cinq mecs. On voyait déjà qu'il serait un extraterrestre. A chaque fois, il prenait le ballon : un, deux, trois, quatre, cinq défenseurs passés. C'était abuser... Deux ans plus tard, il était incontournable au Barça."
Prêté, prêté et encore prêté : "Mourinho me disait : 'Reste avec moi'"
"Mes débuts avec Porto, c'était la saison de la victoire en Ligue des champions, en 2003-2004. Mourinho était déjà un coach incroyable. A tous ceux qui étaient remplaçants, à tous ceux qui n'étaient même pas sur la liste, il disait qu'ils auraient leur chance. Moi il me disait : "Tu vas rester avec moi, et tu vas jouer". Mais il est parti à Chelsea. Cette saison-là, j'étais souvent dans le groupe, mais je n'ai pas joué, donc je ne suis pas champion d'Europe. Quand Mourinho est parti, j'ai été prêté à Amadora, puis à Leiria et à nouveau à Leixoes. C'était ma meilleure saison au Portugal (NDLR; 2006-2007), j'avais marqué beaucoup de buts. Mais finalement j'aurai joué quatre matches à Porto avant d'être prêté à Saint-Etienne. Cette fois, Porto voulait que je reste, mais j'ai dit : "Non, je vais progresser hors du Portugal". Venir en France, c'était une chance. Saint-Etienne était venu voir des joueurs du Sporting lors d'un match contre Leixoes. Et c'est ce jour-là que j'ai fait mon meilleur match..."
Adopté par Toulouse : "Une bonne équipe, assez instable"
"Au Portugal, il n'y a que trois bonnes équipes. En L1, six ou sept. Ici c'est plus le physique. Dès la préparation, c'est impressionnant. J'ai progressé sur ce plan, dans les contacts surtout. En 2008, à deux journées de la fin, le président et le coach (de Toulouse) m'ont téléphoné, mais j'ai dit : "Je finis la saison à Saint-Etienne, et on se parlera après". Saint-Etienne voulait me garder mais Toulouse jouait l'Europe. Je savais qu'à Saint-Etienne, il y avait des problèmes pas faciles à gérer. Ici, j'aime la façon d'être du club. On a une bonne équipe mais on est assez instable. Ce n'est pas la jeunesse, c'est le mental. On sait qu'on peut avoir une grosse équipe et on manque d'agressivité, on oublie parfois qu'il faut le montrer sur le terrain."
International portugais : "On joue comme l'Espagne, incroyable..."
"Devenir international, j'en ai toujours rêvé. C'est magnifique. Je ne m'y attendais pas. L'équipe était première de son groupe avec quatre victoires. Or, le nouveau sélectionneur m'a appelé, et en plus il m'a fait jouer. Au Portugal, on a toujours eu de grands joueurs. On a aujourd'hui le plus grand du monde, Cristiano Ronaldo, mais il a toujours manqué un truc. On a mis 4-0 à l'Espagne cet automne, et on a joué en équipe, comme l'Espagne, c'était incroyable. La différence ? Il faut savoir parler à certains joueurs. Tu ne vas pas engueuler Cristiano Ronaldo, quand même. Le coach lui a bien parlé, et maintenant il fait la différence, il joue pour l'équipe. Il sait que Cristiano est le meilleur. Le coach lui a fait comprendre qu'on le verrait encore plus s'il jouait en équipe. La sélection, j'y suis allé deux fois et on a gagné trois matches. L'équipe avait perdu confiance avec Queiroz. Je retrouve des anciens partenaires chez les jeunes : Moutinho, Fernandez, Contrao, Veloso, Nani. C'est au tour de notre génération, celle des 1986-87."
Un rêve : la Liga
"J'ai prolongé jusqu'en 2015 à Toulouse parce que je voulais rendre la confiance que l'on m'a donnée. Je me suis bien adapté. Je veux être un peu stable. J'ai des rêves, notamment celui de jouer en Espagne. C'est le meilleur championnat pour moi. Ce sont des petits gabarits, techniques, ça joue tout le temps. Pas de frappe de loin, pas de jeu direct. "Mets le ballon par terre, et on va jouer". Et c'est le style de la sélection portugaise maintenant..."
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