La méthode Gillot

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Si Bordeaux est revenu dans le Top 10 au moment de défier le PSG, il le doit en grande partie à Francis Gillot. Comme à Lens et Sochaux, l'entraîneur est en passe de gagner son pari en Gironde. Mais quelle est sa méthode ? Son adjoint René Lobello et Nicolas Maurice-Belay nous l'expliquent.

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Au moment de décerner les récompenses de fin d'année, Francis Gillot ne figurera sans doute pas dans la colonne meilleur entraîneur de Ligue 1. René Girard, qui tient la dragée haute au PSG avec ses jeunes pousses, devrait rafler cet honneur. Pourtant, en menant Bordeaux du fin fond du classement (18e au terme de la 14e journée) aux portes des places européennes, il mérite un coup de chapeau. "Il mériterait à être connu plus en profondeur", regrette son adjoint, René Lobello. Pourtant, le technicien de 52 ans n'en est pas à son coup d'essai. En deux saisons et demi, il a porté Lens aux 7e, 4e et 5e places. A Sochaux, il a pris une équipe en lutte pour le maintien pour la hisser à la 5e place. "Je pense qu'il est sous-coté, estime lui aussi Nicolas Maurice-Belay, qui l'a suivi en Gironde l'été dernier. Il réussit partout où il passe. Quand on voit ce qu'il a fait de Sochaux pendant trois ans, c'est énorme. Ça démontre ses qualités de coach. Mais ça n'est pas quelqu'un qui parle énormément dans la presse. C'est peut-être ce qui lui fait défaut". Aujourd'hui, Lens végète en Ligue 2 quand Sochaux est proche d'y plonger. La preuve qu'il est "difficile de prendre sa succession", selon le milieu offensif.
Alors quel est le secret de Francis Gillot ? Les deux hommes, qui le connaissent bien, nous ont livré quelques pistes. "Sa philosophie tourne beaucoup autour du travail, nous explique d'abord Maurice-Belay. Il est très pointilleux. Il sait nous convaincre que, si on travaille, on peut battre n'importe qui". Exigeant avec ses joueurs, il l'est aussi envers lui-même. René Lobello, avec qui il a partagé les fonctions d'adjoint de Jean Fernandez à Sochaux de 1999 à 2002 avant de le retrouver dans le Doubs en 2008, ne dit pas autre chose. "C'est quelqu'un qui ne veut pas perdre son temps. Comme il ne veut pas perdre son temps, il ne veut pas s'emmerder. Il est exigeant dans le travail", dit-il. De son propre aveu, Francis Gillot "n'arrive pas à déconnecter". "Cela ne m'intéresse pas d'être médiatique. Aller à Paris pour une émission, ça m'emmerde car je perds une journée de travail", avançait-il récemment dans L'Equipe.
"Le 3-5-2 ne le fait pas bander"
Francis Gillot, c'est aussi une "philosophie de jeu". "Son équipe favorite, c'est Barcelone, dévoile Lobello. Comme il est exigeant, il s'inspire de ce qui se fait de mieux, c'est-à-dire le jeu du Barça. Ensuite, il essaie de donner cette envie collective à l'équipe. Il est porté vers le jeu offensif ". "C'est quelqu'un qui aime le jeu. A partir de là, tout est pensé pour que les joueurs appliquent cette philosophie", ajoute-t-il. L'intéressé résume ainsi : "Cela ne me dérange pas de prendre trois buts tant qu'on en met quatre". Un travail "de longue haleine". Bâtir, c'est le genre de challenge qu'il aime. "Ce qui l'intéresse surtout, c'est de faire progresser une équipe. C'est de là qu'il tient son enthousiasme". Dans les faits, "ça n'est pas quelqu'un qui aime balancer. Il cherche à avoir du liant entre les lignes, à repartir de derrière, il demande aux latéraux de beaucoup participer, que ce soit avec une ligne de quatre ou de trois, peu importe. Peu importe le système, ce qu'il veut, c'est que l'on se porte vers l'avant. Il ne joue pas petit bras, il joue les coups gagnants".
D'ailleurs, son adjoint souligne que "le système n'a rien à voir avec la philosophie". Le 3-5-2, qui lui vaut tant de louanges depuis le mois de janvier, est "ponctuel". "Ça n'est pas forcément l'organisation qui le fait bander, nous avoue-t-il. C'est surtout un équilibre que l'on a trouvé en ce moment". Car la force de Gillot, qui a ainsi renoncé au 4-4-2, c'est aussi de savoir s'adapter là où d'autres veulent imposer leur schéma tactique. "Les maîtres du jeu, ce sont les joueurs", répète-t-il souvent. "Au départ, il est arrivé avec le système qui avait fonctionné à Sochaux, se souvient Maurice-Belay. Il a laissé l'équipe jouer. Comme il a vu que ça ne marchait pas, il a repris les méthodes qu'il avait employé à Sochaux durant ses deux premières années. C'est-à-dire qu'on va d'abord prendre des points et laisser le beau jeu de côté". Et il a fini par trouver la bonne formule. Les résultats ont suivi, le jeu aussi. Petit à petit. "S'il voit que l'équipe peut jouer, il va la faire jouer. S'il voit que c'est plus difficile, il va prendre des points différemment", dit encore l'ancien Sochalien.
"Il est direct avec nous"
Francis Gillot, c'est aussi une sacrée personnalité. "C'est vrai que c'est un entraîneur qui tient la route. Mais ce que je regarde, ce sont surtout les relations humaines très développées chez lui", explique Lobello qui décrit un homme "droit, fidèle, qui délègue beaucoup, aime prendre du recul, fait confiance et ne se la joue pas. Peut-être que sa réussite vient aussi de là, de sa sobriété". "De l'extérieur, on a peut-être l'impression que c'est quelqu'un de réservé. Mais pas du tout, dément-il. Il a de l'humour. Il sait dynamiser un groupe et ses collaborateurs. Une de ses grandes compétences, c'est de savoir mettre tout le monde dans de bonnes conditions. Il sait que, quand les gens sont bien, ils donnent plus que le maximum. Il n'est pas du genre à mettre la pression. C'est un atout". Et Gillot a des principes. Sa démission de Lens en 2007, après avoir raté la 3e place synonyme de Ligue des Champions, en est le parfait exemple. Gervais Martel ne s'en est toujours pas remis. "Ma plus grosse bêtise, c'est de n'avoir pas été assez exigeant avec Francis Gillot quand il est parti. J'aurais dû refuser sa démission, le forcer à rester", a déjà eu l'occasion de regretter le président du RCL.
Son franc parler est ainsi devenu sa marque de fabrique. Ses joueurs en font régulièrement les frais. "Moi, je suis habitué, sourit Maurice-Belay. Ça fait quatre ans que je suis avec lui. Ça ne me fait rien de spécial. C'est l'autorité d'un coach. Il vaut mieux avoir un coach comme ça qu'un coach trop mou ou qui n'a pas de poigne". Dernier exemple en date : à ceux qui ont osé parler de place européenne, Plasil et Maurice-Belay (sur notre site) en tête, il a répondu que c'était "presqueindécent" au vu des résultats face à Nice (1-2) et Ajaccio (1-1). Sans doute un moyen de les motiver. "Il est direct avec nous mais, dans certaines situations, il sait aussi être plus tendre parce qu'il voit qu'il faut redonner confiance au groupe. D'autres fois, dans la même situation, s'il voit que le groupe n'est pas réceptif, il peut commencer à être très difficile", ajoute Maurice-Belay. Pour René Lobello, c'est une grande qualité : "Il a un caractère très fort. Il sait où il veut aller. Quand il a quelque chose à dire, il le dit tranquillement. Il est courageux, il dit les choses. Moi, j'appelle ça de l'honnêteté intellectuelle". Et pour l'instant, ça paie.
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