L'année de Lorient ?

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Pillé depuis des années, réputé pour son jeu, le FC Lorient a multiplé les bons coups cet été. Et si c'était l'année des Merlus ?

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Crédit: Eurosport

Lorient fait partie de ses clubs qui font progresser la Ligue 1. Loin de là l’envie de dénigrer d’autres équipes aux schémas frileux ou à l’organisation obsolète, mais Lorient représente le dicton du spot télévisuel de la fin des 30 glorieuses : "En France, on a pas de pétrole, mais on a des idées". Certes, un club en Ligue 1 a du pétrole (ou plutôt du gaz, ne faisons pas l’amalgame), mais Lorient est clairement un club à idées. Car le club breton n’est pas le club le plus soutenu par ses supporters, ceux-ci préférant le glorieux Nantes voir même Rennes. Lorient n’a pas une histoire folle, loin de là. Le club morbihannais a mué. Et petit merlu commence à devenir un requin. Et ce depuis 2009, et l’arrivée du président Loic Féry. "Pour moi, Lorient était un club de L2 qui évoluait en L1. Avec le 18e budget de l’élite, il venait de terminer deux fois de suite 10e. Je voulais donc rendre les résultats le moins miraculeux possible", déclarait-il à nos confrères du Monde. L’homme est le plus jeune président de Ligue 1.
Diplomé d’HEC, il lui tient à coeur de tenir le FCL comme une entreprise. Comme son entreprise, Chenavari, créée en 2007, qui gère aujourd’hui €1,4 milliard d’actifs.Dans le cadre du viseur, les salaires. Lorient devient l’un des premiers clubs à payer ses joueurs en fonctions des résultats et non aux résultats fixes. Plus les résultats vont, plus le porte-monnaie va. Une technique à double-tranchant : si le club a terminé 7e de Ligue 1 pour sa première année de présidence en 2010, meilleur classement jamais réalisé par les Merlus, les Morbihannais, sans doute la peur au ventre, ont frisé la correctionnelle l’année dernière, s’emparant du dernier strapontin en Ligue 1 (17e). Autre modification, la création d’un centre de formation, nommé Espace FCL. Pour divers soucis administratifs, le centre n’est toujours pas sorti de terre. La formation lorientaise est peut-être l’une des plus pauvres de Ligue 1. Mais c’est dans sa post-formation et le recrutement que le club brille.
Un recrutement des plus réussis
Depuis quelques années, Christian Gourcuff et son staff réalisent constamment des coups géniaux, entre récupérations de joueurs de divisions inférieures, et relance d’anciens espoirs. Tous ont rejoint de grands clubs, comme si Lorient, en post-formant des joueurs dans le beau jeu sous la houlette de Christian Gourcuff, les rendait attractif. Aucun de ces 11 joueurs n’étaient connus avant leur arrivée chez les Orange. Mais force est de constater que beaucoup ont également échoué, peut-être traumatisé par l’absence de jeu à la nantaise qu’ils ne pratiquaient plus dans leurs nouveaux clubs. Ou peut-être parce qu’ils ont été surcoté car l’équipe entière jouait particulièrement bien. Qu'en sera-t-il pour Arnold Mvuemba ? Le cycle de recruter des joueurs inconnus pour les lancer en Ligue 1 continue : des joueurs comme Wesley Lautoa de Sedan ou Maxime Berthelme du Paris FC ont commencé la saison titulaire dans le plus grand anonymat. Avant d’exploser au plus grand jour dans 3 ans, le tout s’ajoutant aux jeunes Innoncent Emeghara, Lamine Koné ou encore Gilles Sunu.  Le club a cependant passé la vitesse supérieure cet été en recrutant deux top joueurs qui s’étaient perdus en Ligue 2, à savoir Alain Traoré et Benjamin Corgnet. Permettront-ils au club de passer un cap ?
- Alain Traoré, objectif saison pleine
Une légende raconte que le joueur aurait pu signer à Manchester United à seize ans, si sa maman ne lui avait pas donner l’ordre de signer à Auxerre. Le club bourguignon avait promis un suivi éducatif idéal, ce qui a plu à Madame Traoré. Mais que vaut réellement Alain Traoré ? Il est lancé dans le grand bain à Auxerre lors de la saison 2010/2011 et ne deviendra une pièce maitresse seulement en 2011/2012. Milieu de terrain offensif, il est à l’aise en milieu récupérateur dans un 4-3-3, sur l’aile gauche ou derrière l’attaquant de pointe. Sa dernière saison a été particulière. Après avoir commencé la saison tambours battants, il devient meilleur buteur de Ligue 1 avec un but par match. Et lorsque Traoré marque, c’est souvent spectaculaire, avec des frappes "lampardiennes" de 30 mètres. Relebote en ce début de saison. Un statut de 2e meilleur buteur derrière l’ogre Ibrahimovic. Tout cela est somme toute spectaculaire, mais suffisant pour surcoter le joueur. Il peut être transparent au moment où l’hiver arrive, comme la saison dernière, au moment où ont commencé les blessures.
Son rétablissement coïncide avec la CAN, qu’il jouera avec le Burkina Faso, et le contre coup sera fatal à l’AJA. Le club récupérera son vrai Traoré qu’en Avril. Trop tard pour le maintien. Cette saison sera une saison de confirmation pour le Burkinabé. Prouver qu’il est un joueur régulier, ou juste un lézard qui brille lorsqu’il fait plus de 20 degrés sur les pelouses françaises, le tout en prenant en considération le fait qu’une nouvelle CAN se joue cette année, en Afrique du Sud. Le plus cher transfert du club (5,5 Millions d’euros) pourrait tourner au vinaigre, à part si le joueur est à la hauteur de son coup-franc stratosphérique de dimanche. Prudence.
Benjamin Corgnet, un technicien chez le tacticien
Son départ était acté depuis la victoire de Dijon contre le Gazélec Ajaccio, où le joueur avait sonné la charge en égalisant avant que Thil ne donne la victoire au club. Qui sait ce que serait devenu le club dijonnais si Benjamin Corgnet n’avait pas été débauché par Patrice Carteron à Chasselay (CFA2, région lyonnaise). Élu joueur de la saison 2010/2011 qui verra Dijon monter en Ligue 1, il éblouira tous les spécialistes sur l’ensemble de la saison, dans un club qu’il ne pourra pas empêcher de descendre. Suivi par Marseille, Lyon ou encore Liverpool, c’est finalement Lorient qui rafle la mise le dernier jour du mercato. Il s’avère que Christian Gourcuff sait ce qu’il fait, car le joueur était suivi dès son arrivée à Dijon, soit depuis deux ans, ce qui a incité Corgnet à venir à Lorient plutôt qu’ailleurs, se sachant vraiment désiré en Bretagne.
Alors même chose, que vaut Benjamin Corgnet ? Capable de jouer derrière une pointe ou dans un milieu barcelonnais à 3, il serait le Iniesta, pouvant défendre mais aussi perforer, marquer, donner des passes, en témoigne ses 3 buts en 4 matchs, tous décisifs, lors de ce début de saison en Ligue 2, ou ses 9 buts en Ligue 1 dans une équipe qui jouait vers l’avant mais à qui il arrivait de passer à travers ses matchs. Corgnet a carrément surnagé et tous savaient que le joueur n’avait rien à faire en Ligue 2. Alors que les spéculations allaient bon train sur sa capacité à se fondre dans un gros club comme Marseille ou Lyon, Lorient semble être le cadre idéal pour murir et prendre l’expérience suffisante en Ligue 1 pour en devenir un joueur incontournable. Avant de viser le Brésil en 2014 ?
 Quel objectif cette année ?
Lorient est la meilleure attaque de Ligue 1 pour le moment, avec 11 buts marqués (comme Lyon) mais le club merlu aura brillé par sa régularité avec minimum 2 buts marqués à chaque match. Si sa défense peine, c’est notamment parce que son meilleur élement, Ecuele-Manga, s’est gravement blessé dès le premier match, laissant orpheline la défense de sa pierre angulaire. Mais qu’importe, Lautoa, Bourillon et Koné (sans doute la révélation défensive de la saison) tiennent la baraque. Au milieu, il faudra faire oublier Mvuemba mais surveiller le retour de Coutadeur. Le sous-coté Yann Jouffre pourrait servir d’équipier modèle aux recrues stars Traoré et Corgnet. A ne pas oublier le petit Enzo Reale qui fera sa première expérience en Ligue 1 à Lorient sans jamais avoir eu sa chance à Lyon. Beaucoup l’estiment très prometteur. De l’avis de tous, Lorient est, derrière Paris, le club qui a réalisé le meilleur recrutement, au niveau de la balance des transferts. De quoi viser mieux qu’un Top 10, comme une place européenne, si Lorient arrive à bien défendre, et si certains moyens-gros (Toulouse, Rennes, Saint-Etienne) craquent. C’est en tout cas l’ambition du président Féry. Lui qui réussit à l’extérieur (son entreprise est à Londres), il devra inculquer à son club comment se comporter hors de ses bases pour atteindre un cap. Une saison excitante s’annonce pour les merlus, entre gestes de classes, tactique soignée et joueurs racés. En espérant que ça serve d’exemple à d’autres en Ligue 1.
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