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Klinsmann : “On ne vient pas pour prendre 2-0”

Nommé à la tête des Etats-Unis il y a quatre mois, Jürgen Klinsmann nous a accordé un long entretien avant la rencontre que son équipe disputera ce soir face aux Bleus. L’Allemand entend hisser l’Amérique du soccer au top niveau mondial... et encourage le PSG à faire l’effort pour Beckham.

 
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Vous avez accepté le poste de sélectionneur américain alors que la fédération vous le proposait pour la troisième fois. Pourquoi ?
Jürgen KLINSMANN : J’ai pensé que c’était le moment, d’abord parce que c’était un job motivant après treize ans de vie aux Etats-Unis. Ensuite parce que la fédération a maintenant l’ambition d'atteindre le plus haut niveau. La plupart de nos joueurs sont dans les clubs européens, à peu près 80%. On les trouve en Premier League, en Ecosse, en Allemagne, en Italie. Le moment était idéal, même s’il reste énormément de travail à effectuer. Le vrai changement en ce moment c’est que les jeunes joueurs sont formés directement par les clubs. Ils zappent le système universitaire. Les voir directement dans une structure pro, c’est un plus. Le chemin est clair : d’abord se faire une place en MLS, ensuite aller en Europe, car c’est là que ça se passe. Même les Brésiliens et les Argentins veulent aller en Europe.

Et vous piochez dans le réservoir des équipes d’Allemagne de jeunes…
J. K. : On voit une nouvelle génération de joueurs en train de se construire en Allemagne, des enfants ou petits-enfants d'anciens GIs. Ils sont nés en Allemagne parce que leur famille y était installée après la Seconde Guerre mondiale. On en voit aussi en Angleterre et en Scandinavie. Timothy Chandler, Danny Wiliams, Fabian Johnson... Et Alfredo Morales, qui vient de nous rejoindre! Ils sont plus Européens qu'Américains pour l'instant. Mais d’autres pays que nous l’ont fait, comme la France avant 1998 avec Zidane ou Djorkaeff, et l’Allemagne avec Podolski et Klose avant Khedira ou Özil. La globalisation est un facteur que vous ne pouvez pas ignorer. Nous avons un système de scouting mondial et je vous annonce déjà que si nous voyons un très grand talent à moitié américain par son ascendance vivant à Buenos Aires, il sera invité à rejoindre l'équipe des Etats-Unis.

Sélectionneur n'est-il pas un métier qui vous sied davantage que celui de coach de club ?
J. K. : Les deux m'inspirent. J'aime ça, j'aime le jeu, et je mène un projet. Mais seuls les résultats peuvent le consolider. La victoire m'importe énormément. On ne vient pas au Stade de France pour perdre 2-0 mais pour montrer qu'on peut rivaliser et gagner.

Les qualifications pour la Coupe du monde vont commencer l'été prochain. Vous semblez multiplier les tests en ce moment...
J. K. : Oui, c'est au tour de la génération Chandler, Williams, Johnson, Morales, Break Shea... On veut qu'ils s'installent. C'est aussi un signe qu'on envoie à d’autres. "Attention mes amis, certains veulent vous piquer la place". Break Shea l'a déjà fait. Timothy Chandler est mon arrière gauche titulaire maintenant. Il y a de la concurrence à chaque poste. Le maître-mot, c'est la performance, pas la réputation. Jouer au Mexique ou en Europe, ça compte pour évaluer le développement du joueur, mais ce n'est pas décisif pour mon choix final.

Quel type de jeu voulez-vous construire ?
J. K. : Ce qu'il faut améliorer en premier, c'est la vitesse, le tempo de notre jeu. Nous devons pouvoir assumer de jouer contre une équipe de top niveau mondial maintenant. Le Mexique y arrive. On doit pouvoir rivaliser avec l'Allemagne, l'Espagne ou les Pays-Bas, voire la France à son top. Idéalement, il faudra y arriver avec un style qui convienne à la culture américaine. Que les Américains puissent se dire : "Waouw, je peux m'identifier à l'équipe nationale de soccer". Qu'est-ce cela signifie ? Bon, aux Etats-Unis, les gens ne sont pas très patients. Les joueurs n'aiment pas s'adapter à l'adversaire mais imposer quelque chose. En gros ils aiment attaquer et gérer les choses à leur main (rires).

Le football est loin d'être le sport numéro un aux Etats-Unis...
J. K. : Oui c'est un sport mineur comparé au base-ball, au basket-ball, au foot américain ou au hockey sur glace. Mais ce n'est pas un problème car c'est un grand pays. Plus de 300 millions d'habitants, qui ont des intérêts très variés, cela laisse beaucoup de place au soccer. Des millions de gens y jouent, il y a 19 clubs pro maintenant. Avec des sponsors dotés de moyens colossaux. Les médias s'y intéressent plus. Il y a cinq chaînes de télé consacrées au soccer, qui amènent les championnats étrangers dans les foyers américains. Le football va grandir massivement ces prochaines années. Et n'oubliez pas que les Etats-Unis sont ambitieux. S'ils sont décidés à faire quelque chose, ils s'en donnent les moyens. Là, c'est le cas.

Vous faîtes partie de ces entraîneurs étrangers qui dirigent une sélection. Que ressentez-vous quand retentit l'hymne américain ?
J. K. : C'est un bon feeling quand même. Ma famille est quelque part plus américaine qu'allemande. Ma femme est américaine. Mes enfants ont surtout grandi en Californie.

Vous avez demandé à participer à la Copa America mais, puisque vos "Européens" devront rentrer chez eux après la Gold Cup, ce sera avec une équipe de "locaux". Cela fait-il sens de s'aligner ainsi contre les équipes-types des grandes nations sud-américaines ?
J. K. : Oui parce que nous serons quand même capables de jouer un rôle important avec une équipe compétitive. Le Mexique le fait, on doit y arriver.

La France s'est qualifiée difficilement pour l'Euro 2012.Comment percevez-vous l'équipe de Laurent Blanc ?
J. K. : Elle reste une équipe de première classe car la France est une nation de football. Même après le faisco de 2010, la France fait toujours partie des dix ou douze meilleures équipes du monde. Les joueurs ont la qualité nécessaire pour jouer dans les meilleures équipes de la Ligue des champions. Maintenant, c'est au coach de trouver la bonne chimie et aux joueurs de voir ce qu'ils veulent donner à la sélection, et c'est exactement ce qui ne s'est pas passé en Afrique du Sud, où le groupe n'avait aucune unité. D'où la catastrophe finale. J'insiste sur le mot "catastrophe" car une chose comme cette grève ne devrait jamais se produire. Cela dit je suis sûr que la France sera une valeur sûre à l'Euro et à la Coupe du monde 2014. La France a toujours eu des joueurs de classe mondiale et elle en possède toujours : Franck Ribéry ou Samir Nasri en sont. Loïc Rémy me fait aussi forte impression. Je souhaite à Laurent Blanc de faire de bonnes pioches. A mes yeux la France pourra rivaliser avec l'Allemagne, l'Espagne et les Pays-Bas à l'Euro.

Faisons un petit flash-back. En 1992, Jürgen Klinsmann devait venir au PSG, et finalement c'est George Weah qui a signé. Pourquoi ?
J. K. : Toute la ruse d'Arsène Wenger (rires). Il voulait un "deal triangulaire". Moi je pensais que George serait mon partenaire à Monaco, et quand j'ai signé, il est parti au PSG. Ils l'avaient planifié, mais je ne le savais pas. J'avais bien eu une offre du PSG, c'est exact, mais je dois dire que ces deux saisons fantastiques à Monaco m'ont rendu vraiment heureux.

Le présent de Monaco, c'est la L2…
J. K. : Cela fait mal, vraiment. Monaco devrait être l'une des meilleures équipes de France, dans le Top 5. J'espère que le club aura la patience pour faire le travail colossal qui l’attend. Je fais confiance au Prince Albert pour prendre ses responsabilités.

Dernière question : David Beckham au PSG, est-ce que cela ferait sens ? Il vendrait des maillots mais son niveau en MLS le rend-il compétitif ?
J. K. : Laissez-moi vous dire que David Beckham est une personnalité absolument unique, capable d'avoir énormément d'influence sur tout ce qu'il entoure, bien au-delà de ce que vous pouvez imaginer. Un simple fan de foot n'aura accès qu'à ce qu'il voit sur le terrain, mais aux Etats-Unis, David Beckham est la meilleure chose qui pouvait arriver au soccer. Vous ne pouvez pas imaginer l'impact que sa présence a eue ces dernières années pour la MLS. Ce que la MLS est devenue, elle lui doit en grande partie. Avoir Beckham à Paris, cela a un sens s'il peut être une pièce du puzzle dans l'équipe. Il ne peut qu'être un atout. Il a ses faiblesses, l'équipe devra l'aider à les compenser. Moi il me surprend à chaque fois. C'est un phénomène et il me fascine pour tout ce qu'il a accompli. Il a ce but énorme face à lui, les JO de Londres en 2012, et pour moi il est capable de l'atteindre.

 
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