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"Pas que du football"
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Publié 04/05/2012 à 14:04 GMT+2
Durant une heure, vous avez échangé avec Alexandre Jacquin, coordinateur du livre hommage "Furiani, 20 ans". Ce drame, survenu le 5 mai 1992 a durablement et profondément marqué la Corse.
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Kikinho :Comment expliquez-vous qu'un tel drame ait pu arriver ?
Alexandre JACQUIN : Il faut se rappeler qu'en 1992, Bastia est en Division 2 et que l'OM est au sommet du football français. Ce Bastia - OM devait être L'AFFICHE des demi-finales de la coupe de France 1992. En Corse, c'était le match de l'année, voire de la décennie puisque ça devait rappeler les grandes heures de Bastia à la fin des années 70, début des années 80. Pour que le maximum de monde puisse venir dans le petit stade Armand-Cesari à cette occasion, la vieille tribune Claude-Papi a été démolie illégalement en une nuit et une nouvelle tribune faite de bric et de broc a été remontée à la va-vite en moins de dix jours. Les règles élémentaires de sécurité n'ont pas été respectées : voilà la principale explication de ce drame.
Joris2203 : Pourquoi ne pas organiser de match de soutien entre Bastia et Marseille chaque année ?
A.J. : Pourquoi pas ! Un match de commémoration doit être en revanche programmé cet été entre Bastia et Liverpool. Mais la date n'est pas encore fixée.
SCB : Que pensez-vous du comportement de la ligue et notamment de M.Thiriez par rapport à cette tragédie?
A.J. : Le silence de Frédéric Thiriez a été très mal vécu par le collectif des victimes de Furiani l'hiver dernier. La 36e journée programmée le jour-même des 20 ans de la catastrophe, c'est une honte. D'autant que la finale de la coupe de France avait été programmée ce soir-là par la FFF, avant justement d'être avancée parce qu'elle tombait le 5 mai 2012. Finalement, la journée a été décalée, OK, mais ce n'est pas fini. Le collectif continue de se démener pour qu'aucun match de football professionnel ne soit plus jamais joué en France un 5 mai. L'UJSF section Provence, sous l'égide de laquelle nous publions ce livre de témoignages à but caritatif, soutient le mouvement depuis le début.
Luigi : A l'époque il avait été promis qu'il n'y aurait plus aucun match professionnel à cette date ?
A.J. : Oui, François Mitterrand, président de la République, en avait fait la promesse, notamment à Antoine Rao, le père de Raoul Patrick Rao, l'une des victimes. M. Rao le raconte d'ailleurs dans notre livre.
Max : A l'etranger tout le monde se remémore les tragédies de Hillsborough ou du Heysel. En France, s'il n'y avait pas la pression du peuple corse (entre autres) on aurait joué au football le 5 mai. Pourquoi ? Différence de culture ?
A.J. : Différence de culture peut-être... Mais je tiens juste à rappeler que Furiani, c'est une catastrophe NATIONALE. C'est la plus grande catastrophe du sport français, ça ne touche pas que la Corse et Marseille. Et la France se doit de commémorer ce vingtième anniversaire comme tel.
Kln : Avez-vous personnellement vécu le drame ?
A.J. : Non, j'avais 11 ans à l'époque de la catastrophe. Mais Furiani, c'est la plus grande catastrophe du sport français. Si j'ai proposé l'idée de ce livre de témoignages à but caritatif à Gérard Poncié, président de la section Provence de l'UJSF, c'est justement parce que je trouve que depuis 20 ans, on ne parle pas assez de Furiani dans le grand public.
Les paroles s'envolent, les écrits restent : on se doit de laisser une trace aux générations futures. Furiani, c'était il y a 20 ans, mais on doit en parler, et on devra en reparler encore et toujours dans les jours, les mois, les années, les décennies à venir pour qu'une telle catastrophe ne se reproduise jamais.
Justement, dans notre livre, ce n'est pas moi, ni les autres co-auteurs qui parlons de Furiani. Ce sont les témoins, c'est un livre de témoignages. Ce sont les familles de victimes qui parlent de Furiani, des journalistes blessés (19), les joueurs, les entraîneurs, les dirigeants, l'arbitre, le speaker, les élus qui parlent de Furiani et qui racontent cette triste soirée.
Lorelei Lee : Que représente le drame de Furiani pour la jeune génération là-bas ?
A.J. : Personne n'a été épargné en Corse. Sur l'île, tout le monde connaît quelqu'un qui est tombé, qui a été blessé à Furiani. Tout le monde a un cousin, un ami, un voisin qui a été touché. Mais c'était il y a vingt ans et il faut l'expliquer aux plus jeunes, ceux qui n'étaient pas nés à l'époque, ces enfants qui croient que Furiani, c'est loin. Non, ce n'est pas loin, justement ! Personne ne doit oublier ! Tout le monde doit savoir, tout le monde doit se souvenir pour qu'un tel drame ne se reproduise jamais. C'est un devoir de mémoire, une des motivations qui nous a poussé à écrire ce livre de témoignages à but caritatif.
Guest : Cette catastrophe pourrait-elle se reproduire un jour malgré les progrès ?
A.J. : Les conditions de sécurité sont de plus en plus poussées, et c'est tant mieux. Mais on n'est à l'abri de rien. Les clubs, les institutions mettent des moyens humains et financiers pour tout contrôler, mais il faut toujours veiller.
Vincefrommars : Les dirigeants actuels des clubs de Bastia, de l'OM et de la FFF vous ont-ils aidé dans votre démarche?
A.J. : Oui, Didier Deschamps a témoigné (comme Alain Soultanian, kiné encore au club), l'OM en a acheté pour son centre de formation et l'a présenté mercredi à l'occasion de l'hommage rendu aux victimes. Le SC Bastia l'a également présenté et mis en vente dans la boutique du club. Noël Le Graët, président de la FFF, s'est procuré le livre, ce qui montre aussi qu'il est sensible à ce devoir de mémoire. Il est d'ailleurs présent aux commémorations en Corse.
Donluicu : Suite au drame, connait-on les sanctions qui ont été infligées aux divers responsables ?
A.J. : Oui, et elles ont été très faibles puisqu'une seule peine de prison ferme a été prononcée après le procès en appel de 1995, à l'encontre de l'ingénieur Jean-Marie Boimond, qui l'a purgée dans un régime de semi-iberté. Cela a été ressenti comme une injustice par les familles de victimes.
Yannis : 20 ans après le drame de Furiani, la montée de Bastia en L1 est-il le plus beau cadeau en mémoire des victimes ?
A.J. : Effectivement, c'est un très beau clin d'oeil du destin, un superbe hommage, d'autant que l'ambiance au stade Armand-Cesari a été exceptionnelle lors de Bastia-Châteauroux lundi 23 avril, et Bastia-Metz mardi dernier. Le capitaine Yannick Cahuzac a notamment rendu hommage aux victimes, et le recueillement durant cinq minutes avant le match de mardi a été poignant. En Corse, c'est un symbole fort.
Cédric :pensez-vous que le drame de Furiani a soudé le club et l'a rendu plus fort?
A.J. : Plus fort mentalement oui. D'ailleurs, on a pu le voir ces dernières semaines avec l'hommage rendu aux victimes par les joueurs. Après, encore une fois, Furiani, ce n'est pas que du football, c'est une catastrophe qui a brisé des vies, qui a brisé des familles, qui a marqué tous ceux blessés dans leur chair et leur cœur, ça dépasse largement le cadre du football.
Le chapitre consacré aux familles de victimes, que Rémi Lacassin, journaliste indépendant, a rencontrées cet hiver pour le livre en témoigne. Certaines continuent de s'intéresser à l'actualité du football et donc, du SCB, mais d'autres ont totalement coupé ou ne s'y sont jamais intéressés. Certaines des victimes allaient pour la première fois au stade le 5 mai 1992. Je le répète, on ne peut pas réduire Furiani au seul cadre du football. Furiani, c'est un drame humain, et c'est ce que nous avons souhaité montrer à travers notre livre de témoignages à but caritatif.
OM06 : Où peut-on trouver le livre ?
A.J. : Le livre est à but caritatif, et c'est très important de le souligner. De nombreuses familles de victimes ont accepté de témoigner justement parce que les bénéfices seront reversés à des hôpitaux (de Corse et de Marseille). On peut le commander dans toutes les Fnac de France et on le trouve dans les boutiques de l'OM, dans toutes les librairies et grandes surfaces de Corse et dans de nombreuses librairies de Provence, Alpes, Vaucluse, Gard. Vous pouvez retrouver tous les points de vente sur notre site : www.furiani20ans-lelivre.fr et sur notre page facebook (furiani20)
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