Eurosport
Premier League - Arsenal, une crise après l'autre
Par
Publié 04/09/2017 à 23:24 GMT+2
PREMIER LEAGUE - Après la cinquième place de la saison passée et l’absence de Ligue des champions, on pensait qu’Arsenal traversait la pire crise de l’ère Wenger. Mais le pire était à venir. Après trois journées, l’équipe, humiliée à Liverpool (0-4) et seizième, n’a pas enregistré de renforts avant la clôture du mercato et a vu l’un de ses jeunes s’enfuir chez un rival.
Eurosport
Crédit: Eurosport
Comme disait Thierry Henry à la mi-temps de Liverpool-Arsenal (déjà 2-0) : "Par où commencer ?" Chez les Gunners, les mois pèsent autant que les années. Et le dernier qui vient de s’écouler n’est pas près de rassurer ses supporters. Après seulement trois journées de championnat, c’est déjà la crise à Arsenal, renvoyé dans les profondeurs abyssales de la saison passée après sa correction à Anfield et affaibli par un mercato raté. Comme si le club et ses dirigeants n’avaient pas retenu les leçons du précédent exercice, pourtant très chahuté.
Après la cinquième place la saison passée marquant l’absence du club en Ligue des Champions pour la première fois depuis 1997, Ivan Gazidis a cherché un successeur à Arsène Wenger et demandé un "catalyseur pour le changement". Résultat ? Il n’a eu ni l’un ni l’autre. Stan Kroenke, le propriétaire, a désavoué son directeur général et a prolongé le technicien français. Bref, rien n’a vraiment changé à Arsenal. Mais c’est un refrain qu’on connaît.
Aucun renfort depuis l’humiliation à Liverpool
Après le Community Shield, remporté face à Chelsea aux tirs au but, on a dit que l’équipe profiterait de ce premier trophée pour rebondir après une saison décevante. Résultat ? Arsenal a livré un match totalement décousu face à Leicester (4-3) contre qui les Gunners ont été secoués dans tous les sens et menés deux fois avant de sauver les meubles et surtout les apparences. Same old story. Après le succès arraché en toute fin de match grâce à Giroud, on a dit que l’équipe s’appuierait sur cet élan, cette confiance pour lancer sa saison.
Résultat ? Arsenal s’est incliné sur le terrain d’une formation de Stoke très moyenne où les Londoniens n’ont remporté qu’une seule de leurs huit dernières visites. Same old story. Après ça, certains ont dit que l’équipe irait mieux lorsqu’elle aurait récupéré tous ses titulaires, Koscielny et Mustafi en défense, Alexis en attaque. Résultat ? A Anfied, Arsenal a explosé de toutes parts, avec ses titulaires, face à un adversaire qui avait souffert à Watford (3-3) et contre Palace (0-1). Same old story.
Voilà où en est Arsenal. Seizième de Premier League avec trois points et déjà six de retard sur le leader, Manchester United. On se dirigeait alors vers des "panic buy", ces renforts acquis dans la panique pour colmater les brèches comme en 2011 avec les arrivées de Mertesacker, Arteta, Benayoun, Andre Santos et Park Chu-Young, tous lors du dernier jour du mercato ! Et, hormis Arteta, pas une franche réussite. Après la très lourde rechute à Liverpool, le club avait donc pour objectif de rectifier le tir et rassurer ses supporters. Mais les Londoniens, qui ne comptaient plus sur Mustafi, n’ont pas réussi à attirer Van Dijk (Southampton). Vous suivez ? Parallèlement, ils sont tombés d’accord avec Manchester City pour le transfert d’Alexis Sanchez (70 M€) et avec Monaco sur le prix de Lemar (95 M€) avant d’apprendre que le Français ne voulait pas venir à Arsenal, obligeant le Chilien à rester contre son gré. Vous suivez toujours ? Et, au lieu de se renforcer, le club s’est affaibli en laissant partir Oxlade-Chamberlain à Liverpool. Vous êtes perdus ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls.
Dix ans que ça dure…
Bilan de l’été : Arsenal, qui voulait se renforcer, a recruté deux joueurs (Lacazette et Kolasinac) et en a perdu deux autres (Gabriel et Oxlade-Chamberlain) tandis que les contrats d’Özil et Alexis n’ont toujours pas été prolongés. Alors autant dire que le changement, c’est pas pour maintenant. Vous avez l’impression que je me répète ? Écoutez plutôt les commentaires des anciens Gunners, et pas n’importe lesquels, après Liverpool. Thierry Henry : "Tout ce qu’on a vu aujourd’hui (à Liverpool) me fait penser aux dix dernières années…" Ian Wright : "Cela fait des années que les joueurs ne jouent plus Wenger". Et Graeme Souness, ancien joueur et manager de Liverpool : "On voit ça depuis une décennie à Arsenal !" Vous avez entendu ? Dix ans que ça dure, et même un peu plus.
Lorsque j’ai dit, après la première journée, qu’Arsenal ne serait pas champion cette saison, certains supporters – aveugles – de ce club et français – je suis navré de le dire – m’ont répondu qu’on ne pouvait pas juger une équipe après un match. Mais je – et je n’étais pas le seul - ne jugeais pas Arsenal sur ce qu’ils ont fait contre Leicester mais sur ce qu’ils n’ont pas fait depuis mai dernier : mettre un terme à l’ère Wenger ou lui trouver un adjoint plus charismatique et influent que Steve Bould, recruter un défenseur central et surtout le milieu défensif axial d’envergure qui fait défaut à Arsenal depuis les départs de Vieira et Gilberto Silva, régler les cas Alexis et Özil avant le début de la saison. Rien de tout ça n’a été fait.
Il serait donc temps d’arrêter de trouver des excuses à Arsenal, à ses joueurs, à son manager, à ses dirigeants. Il serait temps de regarder en face le niveau de cet effectif, moyen hormis quelques exceptions (Alexis, Koscielny, Giroud et depuis peu Lacazette et Kolasinac). Il serait temps de mettre un terme au douloureux déclin de Wenger ou de lui astreindre un adjoint qui ne reste pas scotché sur le banc à écouter ses complaintes. Steve Bould, ancien défenseur des Gunners d’une période qui n’a pas laissé de traces, était soi-disant venu pour serrer la vis au sein d’un secteur défensif fragile. Résultat ? Arsenal et son marquage en zone sur coup de pieds arrêtés sont toujours aussi fébriles et l’équipe a concédé sept buts en trois journées. Jens Lehmann, qui a pourtant intégré le staff cet été, serait-il resté enfoncé dans son siège à 0-2 à Anfield ? Certainement pas. Serait-il resté sans broncher devant la composition pour le moins déroutante du onze de Wenger à Liverpool ? Il y a peu de chances.
Comment justifier avant la rencontre d’avoir laissé sur le banc les deux renforts de l’été (Kolasinac, Lacazette), pourtant excellents jusqu’alors, pour le premier grand rendez-vous de la saison ? "Parce que les autres (alignés) sont habitués à ces grands matches de Premier League", a-t-il répondu. A Chelsea, Conte ne s’est pas posé la question avec Morata qui a signé deux buts et deux passes décisives lors de ces deux premiers matches à Stamford Bridge. A Liverpool, Klopp n’hésite pas à aligner Salah, buteur, passeur et logiquement élu Man of the match. A Manchester United, l’été dernier, Mourinho avait incorporé Bailly dans son onze dès le début. A Manchester City, Gabriel Jesus, pourtant débarqué en janvier, a débuté trois de ses quatre premiers matches pour trois buts et deux passes décisives.
A Liverpool, Alexis Sanchez n’était pas prêt physiquement et Oxlade-Chamberlain pas plus psychologiquement. Il y a déjà longtemps qu’on sait que Ramsey n’est pas assez rigoureux tactiquement pour évoluer comme milieu défensif axial et son attitude totalement désinvolte sur le premier but en a agacé plus d’un à Anfield où il a passé davantage de temps dans la surface adverse que devant la défense qu’il était censé protéger avec Xhaka. Dans le même temps, le club a laissé partir un défenseur (Gabriel) dont l’agressivité fait désormais défaut.
Arsenal n’attire plus les meilleurs
Wenger a donc failli dans sa composition, son approche tactique de l’adversaire, son recrutement. C’est déjà beaucoup (trop) pour un seul manager à qui on a donné deux années de contrat supplémentaires. Mais le plus grave dans tout ça est ailleurs. Arsenal n’attire plus les grands joueurs ni même les futurs grands à l’image de Lemar, qui a décliné, et ses meilleurs joueurs veulent partir (Alexis, Oxlade-Chamberlain). Et il y a longtemps qu’il se fait doubler sur les pépites françaises (Kanté, Mbappé, Dembélé…) qui échappent à son radar. Car il ne faut pas oublier que les Gunners ont réussi à s’offrir Lacazette uniquement parce que l’Atletico Madrid a été suspendu de recrutement.
Et puis il y a les mauvais paris du club. En décembre 2012, Wenger posait fièrement au côté de cinq joueurs, cinq jeunes âgés de 19 à 23 ans "autour" desquels il voulait "construire l’équipe" future et qui devaient composer l’ADN britannique retrouvé d’Arsenal : Ramsey, Wilshere, Oxlade-Chamberlain, Gibbs et Jenkinson. Cinq ans après, le premier a justifié à Liverpool pourquoi il n’est plus souvent titulaire à Arsenal, le deuxième revient d’une énième blessure et d’un prêt à Bournemouth où il a peu brillé, le troisième est parti chez les Reds, le quatrième a été transféré à West Bromwich pour… 7 M£ tandis que personne ne souhaite acheter le cinquième, prêté en D2 anglaise (Birmingham). Je pourrais ajouter Chambers, acheté 16 M£ en 2014, et Walcott dont le niveau plafonne, contrairement à son salaire qui augmente. C’est évidemment un constat d’échec. L’échec de Wenger et de ses dirigeants.
Bruno Constant fut le correspondant de L’Equipe en Angleterre de 2007 à 2016. Il collabore aujourd’hui avec RTL et Rfi en tant que spécialiste du football anglais et vous livre chaque sa semaine sa chronique sur la culture foot de Sa Majesté. Pour approfondir le sujet, retrouvez mon Podcast 100% foot anglais sur l’actualité de la Premier League et du football britannique.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité