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Sam Allardyce et l'Angleterre débutent leur aventure commune dimanche contre la Slovaquie

"Big Sam" est-il l'homme qui permettra à l'Angleterre de relever la tête ?

Le 04/09/2016 à 09:41Mis à jour Le 04/09/2016 à 09:48

QUALIFICATIONS COUPE DU MONDE 2018 - Nommé sélectionneur de l'Angleterre en juillet, Sam Allardyce débute son aventure à la tête des Three Lions dimanche par un déplacement en Slovaquie. Lui qui a toujours rêvé d'occuper ce poste devra faire parler ses qualités de meneur d'hommes pour relever une équipe meurtrie par l'Euro et l’élimination concédée face à l'Islande.

Personne n'a oublié l'humiliation subie le 27 juin dernier. Elle plane au-dessus de chaque conférence de presse donnée par la sélection anglaise, colle à la peau de tous les joueurs présents ce soir d'été sur la pelouse de l'Allianz Riviera. A l'heure d'aborder le premier match qualificatif pour la Coupe du monde 2018 face à la Slovaquie, dimanche (18h00), l'Angleterre n'a pas digéré la défaite concédée contre l'Islande lors des huitièmes de finale de l'Euro (1-2). Un revers dont la portée a été accentuée six jours plus tard par la claque infligée par la France à ce même adversaire (5-2).

Dans la foulée de la démission du sélectionneur, Roy Hdgson, le pays, encore groggy, s'est cherché un successeur. Les noms de Glenn Hoddle, Eddie Howe, Jürgen Klinsmann ou Arsène Wenger ont circulé. Mais la Fédération anglaise de football a finalement opté pour Sam Allardyce, qui était intéressé de longue date par le poste. Alors manager de Sunderland, ce dernier a quitté les Black Cats pour signer un contrat de deux ans avec la FA.

Une figure paternelle

Le choix de la Fédération s'explique par la volonté de travailler avec un entraîneur capable de remobiliser des troupes minées sur le plan moral par une défaite particulièrement douloureuse. A 61 ans, Sam Allardyce incarne cette figure paternelle dont les joueurs anglais ont besoin pour repartir de l'avant. Ce côté meneur d'hommes, c'est même la première des qualités de l'ancien manager de Bolton.

C'est en tout cas ce que les joueurs qu'il a eu sous ordres expliquent lorsqu'il s'agit d'évoquer Big Sam. A l'image de Kevin Davies, qui a évolué à Bolton entre 2003 et 2008 : "Il les préparera, il en fera une équipe soudée plutôt qu'une somme d'individualités, il amènera une forme d'unité. Il essaiera de redonner de la confiance. Je pense que c'est l'un de ses plus gros atouts." Des propos relayés par le Guardian en octobre 2015, quelques jours après que le manager avait accepté de reprendre les rênes de Sunderland.

Cette expérience chez les Black Cats reste d'ailleurs l'exemple le plus récent et, peut-être, le plus probant pour illustrer cette capacité à regonfler le moral d'une équipe en grande difficulté. Au moment où il reprend le club, celui-ci occupe une bien triste 19e place en Premier League, avec trois points glanés en huit rencontres. A l'arrivée, les Black Cats se sauveront en terminant 17e avec 39 unités, deux petites longueurs devant l'éternel rival local, Newcastle. Une performance plus que remarquable au regard du manque de talent criant dont souffrait Sunderland la saison passée.

"Le football du XIXe siècle"

Pour les amateurs de beau football, ceux qui pensaient que le redressement de l'Angleterre devait s'opérer par le jeu, la nomination de Sam Allardyce à la tête de la sélection a en revanche dû être une véritable douche froide. Car l'ancien défenseur central, qui a commencé sa carrière de joueur professionnel du côté de Bolton au début des années 70, n'a pas la réputation d'être un tacticien hors pair. Loin de là. Ses équipes ont souvent développé un football rudimentaire et très direct notamment fait de longues passes depuis la défense. Un reproche formulé avec virulence par les fans de West Ham et avec un brin de mauvaise foi par José Mourinho.

A l'époque manager de Chelsea, le Portugais n'avait que peu goûté la prestation des Hammers de Big Sam en janvier 2014 après un nul décevant concédé à domicile par les Blues (0-0) : "C'est ça la Premier League, le meilleur championnat du monde ? West Ham, c'est le football du XIXe siècle. Un match, ça se fait entre deux équipes qui jouent. Quand il n'y en a qu'une... La seule chose que je pouvais mettre en plus sur le terrain, c'était une perceuse. Pour abattre le mur !"

José Mourinho et Sam Allardyce.

José Mourinho et Sam Allardyce.Eurosport

Une déclaration qui poursuit encore aujourd'hui le sélectionneur anglais. Ce dernier est pourtant aussi reconnu par certains de ses anciens joueurs comme un entraîneur progressiste, adepte depuis de longues années du yoga et des statistiques. "J'avais du mal à croire que ses analyses vidéo concernant le style de jeu des adversaires pouvaient être aussi profondes", a expliqué au Guardian Michael Bridges, joueur du Bolton de Sam Allardyce en 2004. "Il a aussi été très clair sur le fait que nous, en tant que joueurs, ne pouvions pas nous cacher vis-à-vis des statistiques fournies par Prozone à Bolton."

De l'Islande à la Slovaquie, seulement trois changements mais un nouveau système

L'audace ne fait en revanche pas vraiment partie des qualités de Sam Allardyce. Parmi les joueurs sélectionnés pour l'Euro, il a choisi de laisser de côté Marcus Rashford, appelé chez les moins de 21 ans, Ryan Bertrand, blessé, ainsi que Ross Barkley et Jack Wilshere. James Milner a lui pris sa retraite internationale à la suite du Championnat d'Europe. Résultat, le groupe n'arbore pas un visage radicalement différent de celui composé par Roy Hodgson pour la compétition disputée en France.

Le onze qui débutera la rencontre à Trnava, dimanche, ressemble quant à lui à s'y méprendre à celui qui avait subi la loi des Islandais en juin. En l'occurrence, seuls Daniel Sturridge, Chris Smalling et le jeune Delle Alli ont cédé leurs places à Adam Lallana, John Stones et Jordan Henderson. Sam Allardyce souhaite en fait installer un nouveau système en délaissant le 4-3-3 de son prédécesseur pour un 4-2-3-1 particulièrement apprécié en Premier League.

Comme il l'a lui-même expliqué en conférence de presse, le but est de gagner en solidité, en particulier au milieu, tout en confiant un rôle plus offensif au capitaine de la sélection, Wayne Rooney, qui aura pour tâche de combiner avec Harry Kane lors des phases d'attaque. La titularisation de John Stones derrière, lui qui possède un profil de relanceur, a surpris beaucoup d'observateurs dans la mesure où Big Sam apprécie d'ordinaire les joueurs rugueux mais peu techniques. Néanmoins, le sélectionneur anglais sait aussi que les siens devraient avoir le ballon face à une équipe qui a pris pour habitude de défendre très bas sur le terrain et de contrer. A l'image, d'ailleurs, de ce qu'il s'était passé à Saint-Etienne lorsque les deux sélections s'étaient affrontées lors de l'Euro (0-0).

La composition de l'Angleterre contre la Slovaquie, le 4 septembre 2016.

Attendu au tournant

Quoi qu'il en soit, Sam Allardyce n'aura pas droit à l'erreur. Le public et surtout la presse, l'attendent au tournant. La faute à un passé trouble qui refait surface régulièrement. S'il a connu des succès au cours de sa carrière, de la période faste à Bolton (1999 - 2007) au maintien de Sunderland en passant par la remontée de West Ham en Premier League, il a aussi été accusé de corruption en 2006 par la BBC.

Dans un documentaire au nom sans équivoque (Undercover : Football's Dirty Secrets), le média britannique affirme que Big Sam a touché à plusieurs reprises des pots de vin de la part d'agents pour faire signer des joueurs dans les différents clubs qu'il a managés. Pour Allardyce, diriger l'Angleterre n'est pas uniquement une opportunité sportive. Accomplir un exploit lui permettrait de redorer son image en faisant oublier les accusations dont il a été l'objet. Sans quoi, la lune de miel avec les Three Lions pourrait rapidement prendre fin.

Sam Allardyce, avec Wayne Rooney et Harry Kane.

Sam Allardyce, avec Wayne Rooney et Harry Kane.AFP

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