Gêné, mal à l'aise voire confus, Rio Mavuba s'excuserait presque d'avoir dirigé l'entrejeu tricolore avec autorité et discernement face à la Finlande (0-1). Il n'est pas tout à fait nouveau en équipe de France mais sait qu'il ne peut pas pour autant prétendre au statut de cadre des Benzema, Lloris ou autre Ribéry. Utilisé avec parcimonie par Raymond Domenech (six sélections dont la dernière en 2007), ignoré par Laurent Blanc, il doit son retour en sélection à Didier Deschamps. De fait, Mavuba ne veut pas brûler les étapes. Il n'exige rien.
Pourtant ce samedi à Clairefontaine, un débat clair s'est installé en conférence de presse. Et si Mavuba, dopé par des performances brillantes en équipe de France, un poste au coeur du jeu stratégique et un rôle de capitaine parfaitement assumé à Lille, offrait la meilleure solution possible au poste de capitaine d'une équipe de France en recherche de leader ? "Des gars sont là depuis un certain moment. Hugo est capitaine depuis longtemps, je le respecte", tempère de suite la vigie du LOSC. "Il faut qu'il y ait de la vie dans l'équipe. Je parle beaucoup à mes équipiers à Lille mais c'est plus compliqué en sélection. Je ne veux pas arriver en conquérant."
Mavuba négocie déjà les primes
Qu'il le veuille ou non, Mavuba est en train de se rendre indispensable aux Bleus et pourrait bien rêver d'un destin à la Makelele. Longtemps snobé puis très vite indiscutable. D'autant que la France manque de cadres, Deschamps le sait et ne peut s'empêcher d'avoir une petite idée derrière la tête. "C'est un leader de parole", estime DD qui en connaît un rayon sur le sujet. "A Lille, il joue au haut niveau. Il est naturel en équipe de France. Il fait ce que je lui demande de faire. Devant les axiaux, il aime cette position. Il sait faire des décalages, il est intelligent dans la lecture des trajectoires et donne de l'équilibre à l'équipe. Même s'il n'a pas l'impact physique dans les duels aériens, il utilise bien le ballon."
Mavuba est passé, par la force des choses, au travers des épisodes Mondial 2010 et Euro 2012. Il peut être un précieux recours pour une équipe de France qui cherche à chasser ses vieux démons en corrigeant tout ce qu'elle renvoie de gênant auprès du public : les têtes baissées, les stars enfermées dans des guerres d'ego. Les Bleus veulent recréer du lien. Souriant, avenant, proche des supporters, Mavuba a la gueule de l'emploi. "Je ne joue pas un rôle, je suis naturel. Il faut communiquer, être disponible", commente-t-il simplement.
Un signe ne trompe pas et témoigne du poids conséquent qu'a déjà le Lillois au sein du collectif. Quatre joueurs étaient chargés de négocier les primes des Bleus : Karim Benzema (51 sélections), Hugo Lloris (39 sélections), Ribéry (66 sélections) et... Rio Mavuba (2 sélections depuis 2007). "Il faut des joueurs capables de représenter le groupe. Rio fait partie de ces joueurs. Il est capitaine à Lille et connait ce genre de discussion", estime Didier Deschamps. Le Lillois n'en fera rien. Il a décidé de la jouer profil bas : "Je ne suis pas là pour surjouer. Je savoure, je profite de chaque moment et aujourd'hui je prends encore plus conscience de l'importance de l'équipe de France." Pourtant, après quatre questions insistantes, l'armure se fend. "Si le capitanat doit venir un jour, je serais fier et j'assumerais totalement", a fini par avouer Mavuba. Chassez le naturel...
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