"Ça fait mal", avait résumé Felipe Massa, trompé par son stand en fin de Q1, samedi. Le Brésilien n'avait pas été renvoyé en piste pour défendre sa position, et n'avait finalement pas passé le cut. Dimanche, le cheval cabré a consommé son orgueil jusqu'au bout, se pensant intouchable. Forte des indications chirurgicales de son fournisseur météo exclusif, la Scuderia a offert un grand numéro de zèle en Mondovision, faisant rentrer Kimi Räikkönen au 18e tour pour lui mettre des pneus 'pluie'. Pendant que les concurrents défilaient dans la pit lane pour rechausser des pneus "très tendre" adaptés à la piste sèche. Sous ce ciel malaisien saturé, prêt à se déverser, le champion du monde finlandais livrait le verdict à la radio, quelques minutes plus tard : "J'ai détruit mes pneus en trois tours" . Ça ne valait pas plus de commentaires. De 5e, "Iceman" tombait au 15e rang, pour végéter ensuite dans ces eaux-là.
"Nous dépêtrer de cette situation, sans paniquer"
Il fallait quand même un sacré culot pour monter des pneus sculptés sur une piste sèche, de surcroit particulièrement abrasive comme peut l'être celle des environs de Kuala Lumpur. Une espérance de vie de deux tours tout au plus. Ce fut l'erreur qui consomma les chances du pilote de la F60 N.4. "A partir de là, ma course était quasiment finie", commenta le Nordique. "La course a été stoppée (au 33e des 56 tours) alors que les conditions étaient très difficiles. Il y avait tellement d'eau que j'avais du mal à contrôler la voiture même en 2e vitesse" , dit-il, pris par le dégoût. Voilà pourquoi il n'a pas eu de scrupules à ranger sa "rossa" alors que ses confrères, protégés par des parapluies ou des auvents, s'interrogeaient sur la suite à donner à leur après-midi. Et de finir par pointer les dérives du moment : "Clairement, nous ne pouvons être satisfaits de ce début de saison : à Melbourne, c'est moi qui ai commis une erreur, et aujourd'hui c'est l'équipe. Le résultat est que ça nous laisse sans point".
"De l'extérieur, il est clair que nous avons pris de mauvaises décisions, spécialement dans le cas de Kimi : l'information que nous avions faisait état d'une averse imminente, qui a en fait pris plusieurs minutes à arriver", s'est excusé Stefano Domenicali, le directeur de la Gestion sportive. "Nous devons nous dépêtrer de cette situation, sans paniquer, mais que chacun nous parle de nos responsabilités : nous devons aller au fond des choses et réagir, immédiatement. Nous devons changer de mentalité et accepter que nous sommes dans une situation différente du passé, et aborder les choses avec une approche différente, à la fois sur le circuit et à Maranello", a ajouté le successeur de Jean Todt.
Responsable de l'Activité piste et stratège rouge à ce titre, Luca Baldisseri a aussi tiré la sonnette d'alarme. "Une nouvelle course désastreuse, et nous n'avons pas à chercher d'excuse" , a-t-il résumé. "Encore une fois, nous avons essayé de deviner ce qui allait se passer et à chaque fois c'est le contraire qui est arrivé. Nous avons continuellement lutté pour nous en remettre et nous finissons les mains vides. Sur le sec, notre rythme n'avait rien d'exceptionnel, mais il a reflété notre potentiel. Nous devons de toute urgence nous sortir de cette situation". Voilà, c'est dit : Ferrari est une équipe presque moyenne qui vit en rentière du passé.
"C'est le terrain de jeu qui a changé"
16e sur la grille, Felipe Massa a aussi fait avec les moyens du bord. A son sujet, les tacticiens rouges n'ont pas spécialement failli, mais ils n'ont pas non plus senti les coups quand les autres jonglaient avec les pistolets. Premier non primé (9e), le Brésilien a observé un arrêt contre quatre au vainqueur Jenson Button (Brawn), trois à Timo Glock (Toyota), 3e, quatre à Jarno Trulli (Toyota) et Rubens Barrichello (Brawn), respectivement 4e et 5e. Seul Nick Heidfeld (BMW), 2e, a dépareillé avec un seul stop. Bref, Brawn GP est formidablement inspiré par Ross Brawn (vous savez, celui qui avait fait monter Barrichello et son hors bord Honda sur le podium à Silverstone, sur un "coup de pneus") et Toyota maîtrise aussi les situations en "flux tendu", ce qui est carrément une nouveauté.
"Nous devons vraiment analyser nos erreurs pour comprendre comment les éviter mais je ne pense pas que cela nécessite une révolution, ce que les observateurs émotifs réclament toujours : ce serait mauvais car nous ne sommes pas devenus stupides d'une seconde à l'autre. C'est le terrain de jeu qui a changé. Nous devons en être conscients et gérer la situation avec une approche différente" , a dit le vice-champion du monde pauliste.
Déjà sans point en Australie, une première pour elle depuis l'ouverture du mondial 1992, la Scuderia a sans doute grillé son dernier joker en Malaisie. Mais c'est une chance pour elle : l'issue tronquée de la course a transformé sa faillite en demi-échec puisque seule la moitié des points a été distribuée à ses adversaires, dimanche.



DPPI
























Le septuple champion du monde aurait été à l'origine de décisions controversées en Malaisie, comme ne pas faire repartir Felipe Massa durant les qualifications ou faire chausser Kimi Raïkkönen de pneus pluie en courseLe 10/04/2009 à 11:17