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"Le judo, c'est la baston"
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Publié 27/10/2010 à 17:33 GMT+2
Ugo Legrand représentera la France en -73 kg aux Championnats du monde par équipes ce week-end. Avant de s'envoler pour Antalya, le judoka français nous a reçus à l'INSEP pour évoquer son avenir, les Mondiaux de Paris en août, les JO de Londres ou encore sa saine rivalité avec Benjamin Darbelet.
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UGO LEGRAND, ce week-end, ont lieu les Championnats du monde par équipes à Antalya. Le titre est-il jouable ?
U.L. : Je me trouve en grande forme et je sens que toute l'équipe l'est aussi. On s'est regroupé ce matin (mercredi) et tout le monde avait l'air détendu. On a quelque chose à aller chercher ce week-end, on va se battre pour le titre et puis si ce n'est qu'une médaille on aura rempli quand même une part du contrat.Ce championnat va être très relevé. Les meilleures équipes du monde vont se rencontrer. Il faudra se battre à chaque match, et surtout ne pas se reposer sur les points des autres coéquipiers.
Et à titre personnel ?U.L. : Je suis très satisfait de représenter la catégorie des -73 kgs et je vais faire en sorte de ramener tous mes points à l'équipe. Participer à cet évènement va me permettre de rencontrer, je l'espère, les judokas qui ont pu me battre cette saison et plus précisément aux Championnats du monde à Tokyo. Je parle du Japonais (NDLR : Yasuhiro Awano) et du Sud-Coréen (NDLR : Wang Ki-Chun, champion olympique à Pékin). Bref une compétition importante sur plein de points de vue, que ce soit personnel ou pour la nation.
Avant ces Championnats du monde par équipes, votre saison 2010 a principalement été marquée par les Mondiaux à Tokyo. Quel souvenir en gardez-vous ?
U.L. : C'était une première expérience pour moi à ce niveau-là. J'étais très pressé d'y participer mais je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Pour autant, ce n'est pas pour cette raison que je n'avais pas de réels objectifs là-bas. J'avais vraiment envie de bien faire et d'aller chercher une médaille. Ça ne s'est pas passé comme je l'avais imaginé, mais ça n'a pas été un mauvais championnat. Il faut garder en tête les aspects positifs. J'en suis sorti frustré mais aussi content des matches que j'ai pu faire. En quart de finale (NDLR : face à Wang Ki-Chun), je pense qu'il y avait vraiment la place pour passer. Après, cette défaite m'a permis de m'informer sur mon niveau et sur le travail qu'il reste à fournir pour rivaliser avec de tels adversaires. Cette expérience japonaise m'a donné encore plus envie de travailler pour les battre.
Aujourd'hui, que vous manque-t-il pour rivaliser avec ces judokas ?
U.L. : En premier lieu, de l'expérience lors de grosses compétitions, comme celle de Tokyo. Ensuite, certainement un peu plus de physique. Je suis sûrement l'un des judokas de ma catégorie (-73 kg) qui a le moins de physique. A part ça, je ne vois pas trop ce qui me manque. En résumé, j'ai besoin de faire beaucoup de matches avec ces adversaires-là pour les accrocher, petit à petit, puis inverser la tendance. C'est ce que je vais essayer de faire lors de ces Championnats du monde par équipes (30-31 octobre) en Turquie. Puis il y a la tournée en Asie, avec la Coupe Kano (mi-décembre) notamment. Si je suis sélectionné bien évidemment...
Comment va s'articuler la suite de votre saison ? On sait qu'il y a les Mondiaux de Paris en août prochain (23 au 28)...
U.L. : Avant les Mondiaux en France, il y aura les championnats de France (13 et 14 novembre), beaucoup de tournois dont celui de Paris. Puis les Championnats d'Europe en avril où je compte aller chercher la médaille d'or. L'année dernière, pour mes premiers Euros, j'avais fait 3e. Cette saison, j'ai envie de mieux faire. Après, on pourra penser aux Mondiaux de Paris, qui sont évidemment le gros objectif en 2011, un an avant les JO de Londres. A Paris, il faut que je m'installe dans le costume de n°1 français de ma catégorie. Pour ne devoir rien à personne si je vais à Londres.
Le début de votre carrière a été marqué par un titre de champion du monde junior en -66 kg (en 2008), mais également par quelques blessures, notamment à l'épaule...
U.L. : C'est vrai que je n'ai pas été épargné. Mais aujourd'hui, tous ces bobos sont derrière moi. Et très loin (sourires). Tout va bien. J'ai également été blessé aux genoux, aux chevilles. La blessure à l'épaule m'avait éloigné des tatamis près de neuf mois. Mais dans un sens, ce n'était pas plus mal quand j'y repense. Cela m'avait permis de couper avec les juniors et de faire redescendre toute la pression que j'avais pu accumuler dans cette catégorie. Pendant ce temps-là, j'ai pu me rééduquer, faire beaucoup de physique et puis j'ai changé de catégorie (NDLR : de -66 kg à -73 kg). Ma décision de monter en -73 kg était prise avant les Mondiaux juniors. Cette période sans judo m'a permis de repartir de zéro. Un mal pour un bien...
Dans moins de deux ans, auront lieu les JO de Londres. Une première pour vous...
U.L. : 2012 trotte déjà dans mon esprit. Mais je me dois d'être sincère : il y a d'autres objectifs très importants avant. Il y a un travail à ne pas négliger avant de penser aux JO. Sans ce travail, je ne pourrais pas arriver dans les meilleures dispositions à Londres. Au judo, on doit aller chercher des points pour se qualifier pour les grandes compétitions. Mais si, par exemple, Benjamin Darbelet (qui combat dans la même catégorie qu'Ugo) décroche assez de points pour aller aux JO, je me devrais moi aussi d'aller chercher les miens. Après, ça sera à la Fédé de désigner celui qui aura le fameux ticket olympique...
Car à Londres, il n'y aura qu'un seul qualifié par catégorie. Comment vivez-vous votre rivalité avec Benjamin Darbelet ?
U.L. : Exactement. A priori, l'unique ticket se jouera effectivement entre Benjamin et moi. Sauf si quelqu'un émerge d'ici là en -73 kg. Concernant Benjamin, c'est un ami. En 2008, on était dans la même équipe aux Etoiles du Sport (cf photo ci-dessous). On a un peu le même parcours, même si on n'a pas le même âge. Avant il était en -66 kg. Comme moi. Quand je suis passé en -73 kg, il a fait une saison supplémentaire en -66 kg puis m'a rejoint. On savait depuis le départ qu'il y aurait un jour une rivalité entre nous, mais cela n'a jamais altéré notre relation. Je vis bien cette rivalité. Elle est saine. On sait tous les deux que, sur le tatami, le judo, c'est la baston et que le plus fort sera aux Jeux. C'est la loi du sport. On n'est pas là pour rigoler sur le tatami ou laisser sa place à quelqu'un d'autre.
Avez-vous un jour pensé redescendre en -66 kg ?
U.L. : A aucun moment. A mes yeux, ça serait une erreur. Au niveau de la santé, ça poserait problème. Et puis, je pense que j'ai autant de chances de me qualifier pour les JO en -73 kg qu'en -66 kg.
Le judo français est un acteur majeur de l'histoire des JO. Quel est l'évènement qui vous a le plus marqué ?
U.L. : C'est difficile d'en sortir un en particulier. Mais si je dois en choisir un, et qui n'est pas français, je dirais peut-être le titre olympique du Grec Ilias Iliadis (en -81 kg) en 2004, à Athènes. Ce qu'il a fait à 17 ans a été extraordinaire. A l'époque, c'était un monstre. J'avais essayé de comparer ce qui lui arrivait avec ma propre histoire. J'avais 15 ans. Je me rappelle m'être dit : "Dans deux ans, est-ce que je me vois à ce niveau-là ?". Ça m'avait laissé rêveur...
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