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Lucas Pouille : "Je ne pleure quasiment jamais dans la vie, mais là, j'ai craqué"

Pouille : "Je ne pleure quasiment jamais dans la vie, mais là, j'ai craqué"

Le 26/11/2017 à 21:58Mis à jour Le 26/11/2017 à 22:30

COUPE DAVIS – Un cinquième match en Coupe Davis, plus encore en finale, n'est pas un match comme un autre. Il faut le gagner sur le court, mais peut-être plus encore avant de rentrer dans l'arène. C'est parce qu'il a su gérer ce moment si particulier que Lucas Pouille a pu donner sa pleine mesure sur le court contre Steve Darcis, balayé en trois sets (6-3, 6-1, 6-0). Le Nordiste a vécu une émotion

C'est un drôle de paradoxe. Lucas Pouille aura rarement autant redouté une rencontre que ce cinquième match. A l'arrivée, cela aura pourtant été un des plus faciles de sa jeune carrière. Mais c'est justement parce qu'il a su appréhender ce rendez-vous qui ne ressemble absolument à aucun autre que tout s'est si bien passé. Il restera, à l'instant d'Arnaud Boetsch en 1996 ou Nicolas Escudé en 2001, comme l'homme qui a tenu bon dans le duel décisif. Le Nordiste, qui était encore plus chez lui que tous les autres à Villeneuve d'Ascq, n'a laissé aucune chance à son pote Steve Darcis. Un pote qu'il avait "envie de défoncer" dimanche.

C'est samedi soir, comme l'a révélé l'intéressé, que Yannick Noah lui a annoncé qu'il serait bel et bien sur le court en cas de cinquième match. "Je le redoutais beaucoup, évidemment, mais j'ai réussi à me mettre dans un état un peu différent de d'habitude", explique-t-il. Lui qui était apparu tétanisé en demi-finale contre la Serbie, à Lille déjà, et trop timide contre David Goffin vendredi, a su maitriser ce moment. En réalité, il a probablement gagné ce match autant dans les deux heures qui ont précédé que sur le court.

Lucas Pouille a quitté la box tricolore en milieu de premier set pour aller s'isoler dans le vestiaire. Il raconte la suite : "C'est toujours difficile d'attendre comme ça dans le vestiaire. A 5-4 dans le premier set du match de Jo contre David, j'ai demandé à Manu (NDLR : Emmanuel Planque, son entraîneur) de me rejoindre. C'était important pour moi. On a pu préparer le match comme on voulait, avec Manu et le staff, bien sûr. Quand Jo a perdu, je suis allé m'échauffer, et j'étais bien. J'avais le bon état d'esprit et je n'avais qu'une envie, c'était de tout défoncer. J'étais vraiment bouillant. J'ai réussi à mettre toutes mes émotions de côté, et ça ce n'est pas toujours évident pour moi."

Lucas Pouille - France - Coupe Davis 2017

Lucas Pouille - France - Coupe Davis 2017Getty Images

Une pensée aussi pour Emmanuel Planque

La suite, c'est ce break d'entrée de ce cavalier seul sur le court, presque inespéré. "Ce qui m'impressionne, c'est qu'il a eu comme une force tranquille, relève Thierry Champion. Vu le contexte, ce n'était pas évident mais on ne l'a pas senti tendu quand il est rentré sur le court." Lucas Pouille aurait pu se poser 10 000 questions, mais il avait toutes les réponses.

"Je savais que Steve me poserait moins de problèmes que David, assure le Nordiste. Au service, notamment. David avait été énorme vendredi, je crois que c'était une des premières fois, peut-être la première, où je n'avais pas une seule balle de break dans un match en trois sets gagnants. Et à l'échange, son revers slicé ne me dérange pas vraiment. J'ai mis de l'intensité, je l'ai fait voyager et ça a tout de suite payé."

La libération est donc survenue beaucoup plus vite que prévue, après une petite heure et demie. Puis il y a eu cette balle de match, ce petit doute (il marque un temps d'hésitation avant de s'écrouler au sol, n'étant pas sûr que la balle était bien dehors). Après, tout était hors de contrôle. "C'est impossible à décrire, dit-il en secouant la tête. Je ne pleure quasiment jamais dans la vie, mais là, j'ai craqué. Puis voir tous mes potes qui arrivent sur moi comme ça... Je suis heureux de leur offrir ça, ils le méritent tellement. C'était très particulier."

Mine de rien, à 23 ans, Lucas Pouille s'est déjà offert quelques sacrées émotions. Sa victoire contre Rafael Nadal à l'US Open l'an dernier reste son marqueur, sa référence en termes de performance, mais ce qu'il a connu là, ce dimanche, il le place dans une dimension à part. "C'est complètement différent mais la grande différence, c'est que Nadal, je n'avais gagné qu'un match. Là, on gagne un titre et en plus on le partage." Avec Tsonga, Gasquet, Herbert, Noah et tous les autres. Et avec Emmanuel Planque, qu'il a pris dans ses bras lors de la cérémonie. "Je lui dois ce que j'ai vécu aujourd'hui", n'a-t-il pas manqué de rappeler.

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