Ivan Lendl : "Andy est parfois trop gentil"

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Ivan Lendl décline jeudi dans The Times les principes de l'entraînement qu'il soumet à Andy Murray depuis un an. On comprend mieux la réussite de l'Ecossais.

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Crédit: Eurosport

Incité par l'ancien joueur australien Darren Cahill à s'investir dans le coaching avec Andy Murray, Ivan Lendl s'était donc remis dans le circuit, il y a an. Aujourd'hui, il se félicite d'avoir replongé, constatant que le plaisir est toujours le même, en dépit des inconvénients inhérents. Itinérants en fait. "Est-ce qu'il y a des choses que je déteste ? Absolument", répond-t-il jeudi, dans un entretien donné au journal britannique The Times. "Je hais les déplacements. Cependant, il y a des plus et des moins dans toute chose et il faut parfois endurer celles que l'on n'aime pas pour réaliser celle que l'on aime, comme gagner." Il n'aura finalement pas attendu très longtemps pour profiter des meilleurs aspects de son métier. Des gratifications d'entraîneur aux Jeux et à l'US Open qu'il a envie de revivre. "J'ai toujours dit qu'aussi longtemps que ça marcherait entre nous, nous devrions continuer de travailler ensemble", confirme l'ancien numéro un mondial. La semaine passée, son protégé s'était projeté sur les quatre ou cinq prochaines années.
En démarrant la lecture de cet article fleuve sur la collaboration américano-écossaise, on cherche de nouveaux indices sur la transformation de Murray en lauréat londonien et new-yorkais. Lendl les amène d'une façon inattendue. En tant que joueur, il était un bourreau de travail, un besogneux éternel perdant jusqu'à sa victoire à Roland-Garros en 1984. Mais ce n'est pas en cumulant les revers en finales de majeurs qu'il s'est mis à haïr la défaite, et donc gagner. Et il ne faut pas plus voir dans son parcours les raisons premières de l'éclosion d'Andy Murray.
"Je voulais qu'il l'enterre"
En fait, Ivan Lendl a découvert le ressort de sa motivation très jeune, en réclamant d'abord de ses adversaires le respect. Même dans la défaite. C'est un match, à l'âge de 8 ans, qui l'a mis hors de lui. Face à un adversaire de 11 ans, tête de série numéro 1, il avait marqué un jeu à 6-0, 5-0. Une humiliation en vérité, bien plus que les onze jeux encaissés auparavant. "Je sais qu'il m'a donné ce jeu", se souvient-il. "J'étais hors de moi parce que je ne l'avais pas mérité. C'était comme voler. Je l'ai longtemps haï."
Chacun avance à sa façon, et Lendl joue sur différents registres lorsqu'il entraîne Murray. Des principes tactiques pour savoir finir un point, essentiellement. Comme lors de ce matin d'interview floridien, lorsqu'il observait son élève face à son sparring-partner et compatriote, Jamie Baker. Sur un lob trop long, il se retourne vers le reporter de The Times et lui dit : "Je pense qu'Andy est parfois trop gentil. Il savait ce que je voulais. Je voulais qu'il l'enterre, dans un angle ou au filet, mais qu'il l'enterre quelque part. On joue comme on s'entraîne, il n'y a aucune raison qu'il en soit autrement. Du moins, je ne vois pas comment."
"J'avais l'habitude d'être mon propre patron"
Mais l'arsenal est évidemment vaste. Varié. La préparation revêt ainsi une importance prépondérante aux yeux de l'Américain d'adoption. Ce fut même rapidement un enjeu. "En Australie, en janvier, je suis allé voir Andy (Ireland, physio de Murray) pour lui dire où je lui voyais des faiblesses dans sa préparation, selon les déplacements, d'un côté ou de l'autre, et je n'en dirai pas plus là-dessus évidemment. Jez (Green, son préparateur physique) m'a alors montré de nouveaux exercices, et à Wimbledon, Andy était mieux."
Quand il était joueur, Ivan Lendl affirmait que le talent allié au travail était tout, et qu'à partir d'un moment à l'entraînement, frapper des millions de balles ne changeait plus rien. Cela vaut aussi en termes de préparation. "L'après-midi de mercredi dernier, je savais qu'Andy allait faire une longue séance de sprints sur le cours et Jez m'a demandé si je pouvais lui laisser un peu de répit. J'ai répondu : 'Absolument'. Le matin, donc, il a fait une séance de 90 minutes au lieu de deux heures, avec seulement quelques exercices, et Jez est venu me serrer la main et me dire : 'Merci, c'était parfait.' C'est la façon dont nous travaillons. Je comprends que pour faire mieux, Andy doit être affûté, être plus rapide et pour cela ne pas être blessé. Ils (Jez Green et Andy Ireland) comprennent que, pour faire mieux pour lui, il a besoin de beaucoup jouer au tennis dans certaines situations. Le faire dans l'isolement du reste de l'équipe serait totalement erroné. C'est simple et je veux que ça le reste."
Le fonctionnement entre Lendl, Murray, Green et Ireland est donc bien huilé. Lendl s'inquiète juste de savoir s'il pourra toujours s'organiser aussi bien à l'avenir. Car il a déjà vu la différence. Suivre Andy Murray l'a bloqué 26 semaines cette année. "J'ai des obligations envers mon académie [de tennis et de golf], ce qui me prend quatre autres semaines, j'ai une femme et cinq filles et rien que ça m'a monopolisé les trois quarts de l'année qui vient de s'écouler, et je n'y étais pas habitué. J'avais l'habitude d'être mon propre patron, faire les choses comme je voulais."
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