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Les 7 raisons qui font du titre de Tsonga un moment exceptionnel

Les 7 raisons qui font du titre de Tsonga un moment exceptionnel

Le 11/08/2014 à 01:36

Jo-Wilfried Tsonga a vécu une semaine exceptionnelle à Toronto. Elle restera peut-être comme la plus belle de sa carrière. Pour plusieurs raisons.

Parce que gagner un Masters 1000, cela reste exceptionnel

Jo-Wilfried Tsonga n'est pas une machine à gagner des Masters 1000. Avant Toronto, il n'en avait gagné qu'un seul, à Bercy, en 2008, et disputé une autre finale seulement, toujours à Bercy, en 2011. Aller aussi loin dans un tournoi de cette catégorie, pour lui, ce n'est pas anodin. Aller au bout, c'est exceptionnel. Très franchement, il y avait des raisons de douter que le Manceau soulèverait à nouveau un jour un trophée de cette importance. A 29 ans, il suivait depuis quelques mois une trajectoire déclinante. Le voir briser cette spirale négative au Canada, en sortant un tennis dont on ne le croyait plus capable, en tout cas sur la durée d'un tournoi,  était difficile à prévoir. En doublant son total de titres en Masters 1000, JWT a peut-être lancé une nouvelle période faste pour lui. Et mine de rien, gagner deux M1000, c'est changer de dimension. La preuve : parmi les joueurs en activité, ils n'étaient que six (le Big Four plus Davydenko et Hewitt) avant dimanche...

Parce qu'il n'avait pas gagné le moindre titre depuis 18 mois

Le triomphe canadien de Jo-Wilfried Tsonga est d'autant plus remarquable qu'au-delà de son palmarès maigrichon en Masters 1000, il avait totalement perdu l'habitude de remporter des titres, même sur des tournois de moindre envergure. Son 10e et dernier sacre avant Toronto remontait au mois de février 2013, lorsqu'il avait battu Tomas Berdych en finale à Marseille. Soit un an et demi. Et sur cette période, il n'avait joué des finales qu'en France, à Marseille (2013, 2014) et Metz (2013). Deux tournois estampillés ATP 250, et à la maison. Loin, très loin des standards d'un Masters 1000. Vu sa carte de visite sur ces 18 mois, on peut donc vraiment parler d'un exploit colossal pour Tsonga.

Ernests Gulbis et Jo-Wilfried Tsonga à l'Open de Marseille 2014

Ernests Gulbis et Jo-Wilfried Tsonga à l'Open de Marseille 2014Panoramic

Parce qu'il fallait remonter à 1991 pour voir un Français gagner un tel tournoi si loin de la France

1991. Cincinnati. Guy Forget, au sommet de sa carrière puisqu'il se hissait alors à la 4e place mondiale, s'imposait dans l'Ohio en battant Pete Sampras en finale. 23 ans et quelques mois plus tard, il a enfin un successeur. En effet, aucun joueur français n'avait réussi à remporter un tournoi de ce calibre hors de l'Hexagone depuis. Les seules victoires tricolores avaient par la suite été obtenues à Monte-Carlo (Pioline, 2000) ou Bercy (Forget 1991, Grosjean 2001, Tsonga 2008). Mais gagner "à l'étranger", c'est une tâche autrement plus ardue pour les Frenchies. C'est pourquoi ce titre-là, pour Tsonga, a sans doute plus de valeur encore que celui  de Bercy il y a presque six ans.

Parce que quatre victoires sur le Top 10 en une semaine, c'est colossal

Il y a la victoire. Et il y a la manière. Bien sûr, certains expliqueront que Djokovic n'était pas dans un bon jour, que Murray avait mal dormi, que Dimitrov était fatigué et que Federer a déjà mieux joué. Mais pour minimiser le mérite de Jo-Wilfried Tsonga sur cette semaine, il faut, a minima, employer une bonne dose de mauvaise foi. Battre quatre joueurs du Top 10 de suite dans un Masters 1000, c'est exceptionnel. Personne ne l'avait fait depuis... douze ans. C'était Guillermo Canas, à Toronto, déjà. Puis il y a Top 10 et Top 10. Là-dedans, Tsonga a tout de même écarté le numéro un mondial, Novak Djokovic, et deux autres membres de l'ex-Big Four. Le tout en pratiquant un tennis de très haut niveau. Sur le fond comme sur la forme, sa semaine canadienne restera donc dans les annales.

Jo-Wilfried Tsonga face à Novak Djokovic

Jo-Wilfried Tsonga face à Novak DjokovicAFP

Parce que battre Federer en finale, pour un Français, c'est une première depuis… 13 ans

Il arrive que des joueurs français battent Roger Federer. Jo-Wilfried Tsonga avait déjà montré la voie. Jérémy Chardy y est parvenu à Rome au printemps, Julien Benneteau aussi, Richard Gasquet, Gaël Monfils et d'autres encore. En soit, ce n'est pas un exploit dantesque. Mais une fois en finale, le Suisse avait l'habitude de fermer la porte aux Français. Le dernier à l'avoir battu en finale, c'était… Nicolas Escudé, en février 2001, à Rotterdam. La préhistoire de la carrière de Federer. Depuis, Gasquet, Monfils ou Tsonga avaient subi à cinq reprises la loi du Bâlois avec un titre comme enjeu. Tsonga avait notamment vu "Rodgeur" le priver d'un Masters 1000 et du Masters à l'automne 2011. Federer a beau avoir 33 ans depuis deux jours, boucler un tournoi contre lui, il fallait le faire.

Parce que le Canada, c'était la propriété du Big Four

Lors des dix dernières éditions, pour gagner au Canada, que ce soit à Montréal (années impaires) ou Toronto (années paires), il fallait s'appeler Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic ou Andy Murray. Les quatre mastodontes s'étaient partagé le tournoi depuis la victoire d'Andy Roddick en 2003, avec trois titres pour Nole, trois pour Rafa, deux pour Rodgeur et deux autres pour Andy. Pour les autres, circulez ! Jusqu'à ce que la fusée Tsonga déboule cette semaine. Au passage, Tsonga devient aussi le premier joueur depuis Indian Wells 2010 et Ivan Ljubicic à enlever un Masters 1000 sans figurer dans le Top 10. Depuis, 40 M1000 avaient eu lieu, tous remportés par des membres du Top 10.

Parce que son titre lui permet de revenir dans le Top 10

Ce n'est pas l'essentiel mais c'est la cerise sur le gâteau. Jo-Wilfried Tsonga va effectuer un joli bond lundi au classement ATP : cinq places d'un coup pour se hisser au 10e rang et s'installer à nouveau dans ce Top 10 qu'il avait quitté au mois de mars après y avoir passé près de trois ans sans interruption. Descendu jusqu'à la 17e place au mois de juin, il semblait alors bien loin du gratin, mais le numéro un français retrouve un rang plus conforme à son standing. Et comme il n'a aucun point à défendre à Cincinnati ou à l'US Open (blessé l'an dernier à cette époque, il n'avait repris la compétition qu'à Metz, à la mi-septembre 2013), Tsonga aura un très beau coup à jouer dans les prochaines semaines. En réintégrant le Top 10, il se donne aussi toutes les chances d'éviter de tomber trop tôt sur un joueur de la trempe de Djokovic, qui lui avait barré la route dès les huitièmes à Roland-Garros comme à Wimbledon. Et ça, c'est tout sauf anodin.

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