Pourquoi avoir choisi ce moment pour annoncer votre retraite?
A.R. : J'ai juste senti que c'était le moment. Je ne sais pas si, physiquement, je suis en mesure de jouer une autre saison complète. Dans un monde idéal, j'ai toujours voulu finir ici, à l'US Open. J'ai ma famille et mes amis ici.
Pourquoi ne pas avoir attendu d'avoir joué votre dernier match? Vous vouliez donner à vos fans une opportunité de vous fêter?
A.R. : C'est une bonne raison. Je voulais dire au revoir aux gens. Je ne sais pas ce qui va se passer. Puis si je passe encore quelques tours et que je l'air secoué émotionnellement, je ne voulais pas que les gens pensent que je suis instable ! Là, ils sauront pourquoi. C'est pour ça que j'ai choisi de l'annoncer avant.
Y pensiez-vous depuis longtemps?
A.R. : C'est un processus assez long. En tout cas, ce n'est pas une affaire de jours. J'y ai pensé à certains moments de la saison, juste à la façon dont mon corps se sentait. J'ai beaucoup d'autres intérêts dans la vie, beaucoup de choses qui me passionnent. Je vais m'occuper de ces choses-là maintenant.
Est-ce d'abord une décision due à une lassitude physique ou mentale?
A.R. : C'est dur à dire. Est-ce que vous êtes usé mentalement parce que vous sentez que, physiquement, vous n'arrivez plus à vous exprimer comme vous le souhaiteriez? C'est difficile de savoir d'où ça part. C'est un ensemble de choses. Mais j'ai du mal à quantifier quel élément pèse le plus. Ce qui est certain, c'est que pour la première fois de ma carrière, j'ai le sentiment de ne pas pouvoir être à 100% émotionnellement et physiquement. Et comme je n'aime pas faire les choses à moitié…
A 30 ans, n'avez-vous pas l'impression de vous retirer trop tôt quand vous voyez ce que Federer accomplit à 31 ans?
A.R. : Je ne voulais pas finir cette conférence de presse sans faire de comparaison avec Roger, alors merci pour ça. Un chiffre, c'est un chiffre. Ce n'est pas une question d'âge. C'est une question d'usure. La question, c'est de savoir comment on se sent. Mais si vous regardez les joueurs de ma génération, Roger est le seul à être encore vraiment au top aujourd'hui.
Votre meilleur souvenir, c'est ici en 2003?
A.R. : Je ne sais pas. Je ne regarde pas au télescope pour voir quelle est ma plus belle victoire. J'ai eu beaucoup d'expériences différentes. J'aurais l'impression de tricher avec mes autres souvenirs en disant que celui-là est au-dessus des autres. Je regarderai ça tranquillement. Vous savez, je me sens chanceux d'avoir vécu tout ça.
Qu'est-ce qui va le plus vous manquer?
A.R. : Vous tous (à l'attention des journalistes) ! Je ne sais pas. Je ne pense pas être un de ces gars qui partent à la retraite et ne touchent plus une raquette pendant trois ans. J'aime frapper dans la balle. J'aime voir jouer les jeunes. J'aurai toujours beaucoup d'amis à voir jouer. J'aime toujours la partie pure de ce jeu. Ce sont les relations avec les autres qui vont peut-être le plus me manquer. Peut-être qu'ensuite, le tennis me manquera davantage.
De quoi êtes-vous le plus fier dans votre carrière?
A.R. : Sans doute de m'être investi à 100% dans mon métier, tous les jours, pendant 13 ou 14 ans. Je n'ai jamais triché. J'ai été bon pendant une très longue période. Ça, j'en suis fier. Pendant tout ce temps, j'ai vu des gens investis à fond pendant une année ou deux disparaitre, revenir. J'ai eu une constance que peu de joueurs ont connue. Et j'ai le sentiment d'avoir gagné beaucoup plus de matches grâce à mon travail que grâce à mon talent.
A l'inverse, qu'aimeriez-vous changer si c'était possible?
A.R. : Comme tout le monde, j'aimerais avoir une ou deux victoires de plus je suppose. Si j'avais gagné quelques matches importants de plus, on regarderait ma carrière différemment. Mais je suis heureux de ce que j'ai accompli. J'ai joué des grandes finales, vibré en Coupe Davis pendant des années, tous les gars n'ont pas la chance de vivre ça. Je le répète, j'ai eu beaucoup de chance. J'ai aimé chaque minute. J'ai pu être frustré parfois, déçu aussi, mais je ne suis pas sûr d'envier quoi que ce soit à qui que ce soit.
Vous paraissez serein, tranquille...
A.R. : Pour être tout à fait honnête avec vous, si j'avais dû parier sur mon état d'esprit au moment d'annoncer ma retraite, j'aurais été certain de fondre en larmes. Elles ont déjà dû toutes sortir, sans doute... Je me sens bien aujourd'hui. Le tennis a été une partie immense de ma vie. Mais ça n'a jamais été toute ma vie. Voilà pourquoi je suis confiant à l'heure d'aborder la suite.
Quels sont premiers souvenirs de l'US Open?
A.R. : Comme joueur? J'ai débuté contre Fernando Gonzalez, en 1998, au premier tour, en juniors.
Mais avant cela, comme simple spectateur, vous n'étiez jamais venu?
A.R. : Oh, si. Je crois que la première fois, c'était en 1990. Un cadeau d'anniversaire de mes parents. J'avais réussi à avoir un badge pour aller dans le "players lounge".
Aviez-vous vu Pete (NDLR: Sampras, c'était l'année de sa première victoire)?
A.R. : Oui, j'avais vu Pete. Il jouait aux jeux vidéo. Je suis à peu près sûr de l'avoir battu à Mortal Kombat ou un truc dans le genre. J'étais là aussi en 1991 quand Jimmy (Connors) avait fait son super parcours. J'allais au stade tous les jours.
Que représente Flushing pour vous?
A.R. : Enormément. Ce n'est jamais ennuyeux. C'est là qu'on va le plus haut et qu'on descend le plus bas. C'est le tournoi des extrêmes. Je crois que chaque tournoi constitue un microcosme de l'endroit où il est joué. Flushing, c'est un show. C'est New York. Je suis heureux d'avoir pu constituer une toute petite partie de ça.
Vous avez évoqué Connors. Etes-vous prêt à faire un parcours comme lui, un dernier run de rêve ici?
A.R. : On verra. J'aimerais avoir le choix...



Reuters
























