Un troisième podium consécutif aux championnats du monde. La performance est l'œuvre d'un talentueux Français. Pourtant, elle est passée totalement inaperçue. Le nom du l'athlète ne devrait pas vous en dire beaucoup plus : Sylvain Sudrie. Sa discipline, peut-être un peu. Le triathlon, c'est le sport dans lequel s'illustre le Talençais depuis de nombreuses années. A Las Vegas, il vient de terminer troisième des Mondiaux qu'il avait remporté la saison passée.
Pourtant, le Girondin de 29 ans revient de loin. Sportif dès ses plus jeunes années, il était habitué à squatter les bassins de natation d'Aquitaine. Jusqu'à ses 14 ans. Age auquel celui qui porte aujourd'hui les couleurs de Beauvais est obligé de stopper ses activités sportives à cause d'un problème de dos. Une blessure qui se révèle bien plus grave que prévue puisqu'après avoir longtemps porté un corset, il doit subir une opération chirurgicale pour renforcer se faiblesse. Sylvain Sudrie se fait greffer un morceau de cartilage de sa hanche entre ses vertèbres.
"Cette blessure m'a renforcé"
Une intervention qui ne laissait absolument pas entrevoir la suite glorieuse promise à cet athlète. Quelques mois plus tard, il se met au triathlon, suivant les traces de son frère. A 16 ans, il devient champion de France dans la catégorie cadets. Le premier titre d'une longue série. « Avec le recul, je me rends compte de la chance que j’ai de pouvoir pratiquer ce sport au plus haut niveau, souligne-t-il. Je pense que cette blessure m’a renforcé. » Au cours des années 2000, il participe au circuit des Coupes du monde sur Distance Olympique (1 500 mètres de natation, 40 kilomètres de vélo, 20 kilomètres de course à pied). Une épreuve sur laquelle il tente de se qualifier pour les Jeux Olympiques de Pékin. Mais, au cœur de la forte concurrence française, il n'est pas retenu parmi les trois sélectionnés.
Un échec le poussant à changer de discipline. De la courte distance, le triathlète passe au long. Au programme pour lui : le circuit de la fédération internationale (4 kilomètres de nage, 120 à vélo, et 30 en courant). Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce changement est une réussite. Vice-champion du monde en 2009, il remporte le titre en 2010. Et vient donc de glaner une médaille de bronze ce dimanche aux Etats-Unis. Pas de déception pour autant. « Au vu des conditions, c’est sûr que ce résultat me laisse un goût amer, concède Sylvain Sudrie. Mais je reste satisfait de la manière dont j’ai couru. » Il faut dire que l'épreuve a connu quelques modifications. La partie natation, l’épreuve de « prédilection » du Français, a été annulée à cause d’importantes pluies entraînant le développement d’une bactérie dans le lac. La compétition s'est donc déroulée sur un format contre la montre -car les sportifs n'ont pas le droit de rouler dans l'aspiration des autres à vélo- où les triathlètes ont enchaîné vélo et course à pied sur un parcours très sélectif.
En route pour l'Ironman d'Hawaï
Avec son format particulier, la course n'a pas permis à Sylvain Sudrie d’exploiter toutes ses qualités et de remporter un second titre. Tant pis. Le Talençais repart une nouvelle fois de l'avant. Et se lance un nouveau défi. Concourant toujours sur longue distance, il souhaite désormais s'attaquer à l'Ironman (3,8 kilomètres de natation, 180 à vélo, et 42.195 soit un marathon à pied). « C’est la suite logique de ma carrière après être passé par tous les formats », explique-t-il. Sa mission : se qualifier aux championnats du monde d'Hawaï, « le plus rapidement possible dans la saison pour s’y préparer au mieux », dixit le Bordelais. Et pourquoi ne pas aller chercher un podium de plus ? Ce garçon d'un mètre 79 pour 66 kilos dispose en tout cas de toutes les qualités. Et de la motivation pour vivre de nouvelles heures de plaisir et de souffrance. Loin de celles qui l'ont hanté à l'âge de 15 ans.
- Sur ce sujet



AFP

















