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La cinquantaine alerte
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Publié 30/07/2007 à 17:46 GMT+2
La 38e Solitaire Le Figaro s'élance de Caen vers l'Irlande mardi, à 15h00, pour 415 milles d'une première manche sous pression. Avec 50 prétendants dont presque une moitié de vainqueurs potentiels.
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"D'après moi, le jeu est très ouvert, 20 à 22 marins peuvent espérer entrer dans les dix premiers et c'est bien difficile dans ces conditions de faire un pronostic". Le directeur de course Jacques Caraës ne se laisse pas piéger facilement à l'inévitable jeu des pronostics. N'empêche. Rarement la course aura caché son jeu à ce point avant le départ. Dix favoris et une quinzaine d'outsiders, c'est beaucoup. Au premier rang, on trouve le podium 2006 : Nicolas Troussel (Financo), Thierry Chabagny (Brossard) et Gérald Véniard (Scutum). Arguments pesants : depuis leur consécration 2006, les trois hommes ont raflé les plus grandes courses en Figaro Bénéteau. Nicolas Troussel a empoché le Trophée BPE entre Belle-Ile et Marie Galante, Thierry Chabagny s'est offert Cap Istanbul (en double avec Nicolas Bérenger) et Gérald Véniard a gagné les deux dernières courses de préparation, la Solo Figaro Portdefrance.com Concarneau et la Solo Figaro Les Sables. Même si "être favori ou pas ne change pas grand chose, personnellement ça ne me dérange pas", comme assure Nicolas Troussel. Ces trois-là sont forcément attendus au tournant. Ne pas oublier néanmoins que gagner deux ans de suite est un exploit rarissime : en 37 éditions, le seul marin a avoir réalisé ce doublé est Guy Cornou en 1975 et 1976, ce qui ne nous rajeunit guère.
On évacuera difficilement aussi de la liste des favoris un Michel Desjoyeaux (Foncia) qui déclarait hier s'être mieux préparé qu'en 2003 et 2005, années où il terminait respectivement 2e et 3e… Pour l'anecdote, si Michel l'emportait cette année il égaliserait à trois victoires dans la Solitaire avec Jean Le Cam et Philippe Poupon. A surveiller de près encore la valeur sûre Gildas Morvan (Cercle Vert), un Eric Drouglazet (Lusinia, vainqueur 2001) gonflé à bloc, les deux circumnavigateurs Marc Thiercelin (Siemens) et Bertrand de Broc (Les Mousquetaires) qui espère que sa 13e participation lui portera bonheur. L'Italien Pietro d'Ali (Kappa) et le Montpelliérain Laurent Pellecuer (Cliptol Sports) - qui bataillaient pour la victoire finale en 2005 - postulent de fait eux aussi au Top Ten.
Appel d'air
Mais si le jeu est ouvert à ce point, c'est aussi que la série est à un tournant. De grands squatteurs de podiums et victoires sont partis vers d'autres cieux, sur des bateaux plus grands : Jérémie Beyou, Charles Caudrelier, Yann Eliès, Armel Le Cléac'h, Kito de Pavant, Erwan Tabarly ne sont pas là cette année et cela crée forcément un appel d'air. Depuis l'avènement du Figaro Bénéteau II en 2003, Nicolas Troussel est même le seul vainqueur de la Solitaire à se représenter.
Du coup, les outsiders se bousculent au portillon des ambitieux. A commencer par les deux filles Jeanne Grégoire (Banque Populaire) et Liz Wardley (Sojasun) qui ont fait des étincelles sur les deux dernières transats en Figaro (Jeanne 3e de l'AG2R, Liz 4e du BPE). Les deux derniers vainqueurs de la Transat 6.50, Corentin Douguet (E.Leclerc-Bouygues Telecom) et Armel Tripon (Gedimat) ultra dominateurs en classe Mini, ont le potentiel pour être dangereux. Idem pour le multiple champion du monde de planche à voile Robert Nagy (Theolia), le Marseillais Marc Emig (A.ST Groupe), Nicolas Bérenger (Koné Ascenseurs) vainqueur à Istanbul avec Thierry Chabagny. Christopher Pratt (Espoir Crédit Agricole), premier bizuth l'an passé, est capable du meilleur. Tout comme le très expérimenté Christophe Lebas (Lola La Piscine Assemblée), Fred Duthil (Distinxion) qui s'est adjugé le Prologue Afflelou ou encore Franck Le Gal (Lenze). Liste évidemment non exhaustive, à laquelle on pourrait ajouter, entre autres un Thomas Rouxel (Défi Mousquetaires) brillant 2e du Trophée BPE ou encore un Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier) pétri d'un talent reconnu de tous.
Chez les bizuths enfin la lutte va être intense avec 14 solitaires qui visent avant tout ce classement, "et j'en connais comme Vincent Biarnes (Côtes d'Armor) qui naviguent super bien" , assure Jeanne Grégoire. Le Britannique Nigel King (Nigel King Yachting), Nicolas Lunven (Bostik), Frédéric Rivet (Novotel Caen) ou encore Jean-Pierre Nicol (Gavottes), Thierry Duprey du Vorsent (Domaine du Mont d'Arbois) et Aymeric Belloir (Cap 56) ont les faveurs de pronostics encore plus hasardeux pour ce classement. Mais ici aussi aucune surprise n'est à exclure. Qu'ils viennent du match race, du Tour de France à la voile, du multicoque, ou du convoyage océanique, ceux-là ont des expériences multiples à faire valoir en Figaro.
Tout ce beau monde plein d'entrain mais sans autre certitude que celle de l'envie de bien faire entre dans le vif du sujet demain mardi à 15h00. Pour une première étape qui pourrait bien s'avérer piégeuse.
Echos des pontons
Nicolas Troussel (Financo) : "Le statut de favori ne me met pas plus de pression que ça, je sais bien que tout est remis en cause à chaque régate. Sur cette étape, la météo va être capricieuse, il va falloir bien bosser ça ce soir et demain matin. Je ne changerais pas ma façon de naviguer, j'espère qu'il y aura des coups à faire et je n'hésiterais pas. Les gros clients ? Les 49 autres participants ! Si je cite des noms je vais vraiment en citer vingt…"
Michel Desjoyeaux (Foncia) : "Aux dernières nouvelles, la météo n'était pas folichone avec peu de vent et une situation assez complexe pour s'extraire de la Manche, là où il y a beaucoup de courant… On va s'amuser et ça pourrait même se décider sur cette première étape, alors j'espère que le suspense sera maintenu jusqu'aux Sables. Mais bon… La Solitaire ce n'est jamais simple, c'est même pour ça qu'on est là !"
Gildas Morvan (Cercle Vert) : "La première partie de l'étape va se faire au portant dans des vents faibles et la fin au près avec plus d'air. Il faudra faire très attention aux courants et aux renverses de marées et rester sur le qui-vive du départ de Ouistreham jusqu'à l'arrivée en Irlande. Cette étape peut être très dangereuse, avec plusieurs passages à niveau et occasions d'assister à une redistribution des cartes. Mais certains pourraient aussi creuser l'écart et tuer le match d'entrée de jeu."
Corentin Douguet (E.Leclerc-Bouygues Telecom) : "L'objectif sur La Solitaire c'est de rentrer dans les 10, comme ma place au Championnat de France et donc mon numéro de voile. On part sur une étape pas simple du tout avec beaucoup de pièges et notamment une zone de transition au sud de l'Angleterre où l'on pourrait être obligé d'utiliser le mouillage. Il faudra être dans le bon wagon car ensuite, ça risque de toujours partir par devant."
Pietro d'Ali (Kappa) : "Ça va être très tordu et il y a des chances pour qu'on soit obligé de mouiller sous l'Angleterre. Cette étape sera importante car il pourrait se créer de grands écarts à l'arrivée. Il va falloir être devant et bien jouer les bascules de vent et de courant, être en permanence dans le cockpit pour faire avancer le bateau, régler les voiles, être à la barre, tout en gardant de l'énergie pour le finish car ça risque d'être long."
Vincent Biarnes (Etables Sur Mer), bizuth : "Je viens du match racing et du Tour de France à la Voile. Ici, j'arrive dans l'inconnu ! Les régates de match race durent 20 minutes alors que là, je pars pour 3 ou 4 jours. Je ne sais pas comment je vais gérer l'endurance et le sommeil sur ces longues étapes. Surtout que je n'ai jamais passé plus de deux nuits en mer. Le parcours est intéressant, très technique avec plusieurs passages à niveau. Il faudra être bien calé au niveau météo et stratégie pour ne pas faire d'erreur."
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