Athlétisme, 800m : Pierre-Ambroise Bosse, ce champion qui n'en avait pas l'âme

Eurosport sur Google

Pierre-Ambroise Bosse tire déjà sa révérence, à 31 ans et surtout à quelques mois des Jeux Olympiques de Paris 2024. La douleur était trop grande, trop persistante pour ce personnage hors du commun de l'athlétisme français. Talentueux, bon vivant malgré tout, et finalement devenu immortel un soir d'août 2017 à Londres, l'or mondial autour du cou.

Pierre-Ambroise Bosse après son titre mondial en 2017

Crédit: Eurosport

"Je ne voulais pas non plus gâcher ma jeunesse même si j'avais de grosses ambitions sportives". Finalement, Pierre-Ambroise Bosse aura réussi les deux. Ce mardi, le champion du monde 2017 du 800m a annoncé à L'Equipe sa retraite sportive après douze ans de haut niveau. Sa douleur au tendon de l'insertion de l'ischio-jambier droit, qu'il traînait comme un boulet depuis 2014, a fini par le plomber.
Pourtant, PAB avait été prévenu : "Un jour, un radiologue m'a dit : 'Si tu fais le con en début de carrière, tu paieras ces années'" explique-t-il dans L'Equipe. Depuis son adolescence passée à Arcachon, il a toujours refusé de se renier. Impossible de le faire rentrer dans le moule du sportif, à l'hygiène de vie irréprochable, et aux interviews léchées : "Ma carrière est particulière mais elle est reliée à ma personnalité. Je ne crache pas dessus, je suis fier de mon parcours."

Champion du monde blagueur

L'histoire lui a donné raison. A 25 ans, au stade olympique de Londres, il devenait champion du monde du 800m. Pas à la surprise générale, mais presque : "Ce titre est sorti du chapeau, avoue-t-il à L'Equipe. Je n'étais pas une trompette non plus, mais l'année 2017, je n'étais pas exceptionnel." Assez pour s'échapper aux 500m d'une finale dont il n'était pas le favori, puis de tenir jusqu'à la ligne.
La suite avait rappelé à la France le personnage qu'il était. A peine couronné, sa première réaction avait été de répondre à Nelson Monfort sur France 2 en l'imitant, avant d'enchaîner les vannes la voix chevrotante. Son tour d'honneur long comme "un tour du monde", sa discussion avec son dauphin Adam Kszczot à qui il n'a "rien volé du tout", et sa bouteille d'eau renversée sur son lit à minuit la veille après un appel avec un ami : Pierre-Ambroise Bosse parle de tout et ne cache rien, comme d'habitude.
Rapidement, les médias avaient repéré ce "bon client". A 21 ans seulement, L'Obs consacrait un portrait à ce "personnage de fêtard rigolo", comme le décrivait son entraîneur de l'époque Bruno Gajer. C'était justement lors de cette saison, en 2013, que PAB avait calmé le jeu. Moins d'excès en soirée, mais toujours aussi inadapté au quotidien du sportif : "Je pense que si je n'avais pas vécu comme je l'ai fait dans mes premières années, je n'aurais jamais eu les titres que j'ai eus."
Et si ce train de vie lui a certainement coûté quelques années au haut niveau, ce grand brun à la raie de côté ne regrette rien : "Le moment présent était plus important pour moi que ma carrière. Je suis donc encore plus fier d'avoir réussi comme ça." Comme s'il n'avait jamais dû toucher les sommets qu'il a tutoyés. Comme si les doutes n'avaient jamais existé.

Insomnie et anxiété

Pourtant, Pierre-Ambroise Bosse a longtemps lutté contre ses démons. Loin de l'impénétrable mine décontractée des cadors, l'ancien de l'INSEP n'a jamais menti sur ses failles. Gestion du stress, de l'anxiété, du duel face à soi qu'est le 800m : "La solitude du coureur de fond, ça existe, confiait-il à L'Obs. T’es seul avec ta douleur, tout se passe dans ta tête. Il y a une solitude et il y a une folie."
Dans son ultime entretien en tant que professionnel pour L'Equipe, PAB est resté bien plus coi : "Depuis que j'ai 13 ans, mon sommeil est hyper irrégulier. J'ai essayé plein de techniques." "Ma personnalité est incompatible avec le sport de haut niveau" résume-t-il. Celui qui ne le connaît pas pourrait le suspecter d'hardiesse, il n'en est rien.
Trivialement, Bosse conclut sa carrière en se distinguant des "Lavillenie, Riner, Marchand" qui sont "fait pour briller" : "Moi, j'ai toujours eu trop de folie pour être hyper sérieux dans le sport." Et pour ne rien changer, même sa fin de carrière aura été surprenante.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité