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Tamgho : "Plus un espoir"

Tamgho : "Je ne suis plus un espoir"
Par Eurosport

Le 01/06/2010 à 13:24Mis à jour Le 01/06/2010 à 18:24

Teddy Tamgho nous confie en entretien sa volonté de de décrocher le titre continental à Barcelone, fin juillet. Les minima quasiment en poche, le champion du monde en salle, sûr de lui, nourrit de grandes ambitions. Il accepte même de parler du record du monde de Jonathan Edwards...

TEDDY TAMGHO, vous rentrez du Portugal avec un bond à 17,17m et les minima pour les Euro de Barcelone quasiment en poche (*)...

T.T. : (il coupe) C'est une satisfaction. Le jeu des minima est toujours compliqué à gérer. C'est une bonne chose de ne pas devoir attendre le dernier moment pour valider sa place dans un grand championnat. Plus on tarde à décrocher ces minima, plus la pression monte. Il ne me reste plus qu'à les valider lors des Championnats de France.

Contrairement à 2008 et les JO de Pékin, vous êtes dans les temps (**). L'épisode des minima décrochés trois jours trop tard trotte-t-il toujours dans votre esprit ?

T.T. : Très honnêtement, je suis passé à autre chose. C'est oublié. Cela s'est passé quand j'avais 19 ans, ce n'était pas le même contexte. Je n'avais pas la même force physique, la même solidité mentale, la même expérience, la même maturité. Je n'y repense plus aujourd'hui. Cela fait partie de ma carrière, mais c'est désormais derrière moi.

Lors de la finale des interclubs, vous avez sauté cinq fois à plus de 17,19m et estimé "avoir franchi un cap", avec ce bond à 17,63m, votre record en plein air...

T.T. : Avec ce que je produisais à l'entraînement, je ne m'attendais pas à sauter aussi loin. D'autant plus que je viens de finir un cycle de puissance et de pliométrie (NDLR : la pliométrie permet de décupler la capacité à produire un mouvement plus puissant sur une période très courte), un cycle assez lourd que j'ai débuté lors du stage de dix jours à Lyon et que j'ai continué lors des deux dernières semaines. Les séances étaient assez longues, de 1h30 à 2h d'efforts. On a travaillé le déplacement et le bondissement avec des charges assez lourdes. Cela m'a beaucoup fatigué. D'où mon étonnement après la finale des interclubs. Quand j'analyse mon concours, mes cinq premiers sauts sont à plus de 17,19m. Maintenant, je peux me dire que je suis plus proche de mon record (17,90m) que des 17m. Mais je dois évidemment continuer de travailler. Rien n'est acquis.

N'êtes-vous pas en forme trop tôt ?

T.T. : Je n'ai pas encore atteint mon pic de forme. Surtout pas. Celui-ci est prévu pour les Championnats d'Europe de Barcelone, sûrement pas avant. C'est à ce moment-là que je serai le plus affûté, aussi bien nerveusement que musculairement. Ce qui n'est pas le cas en ce moment...

Comment vont s'articuler vos prochaines semaines de travail ?

T.T. : J'ai encore beaucoup de travail. En ce moment, je bosse la vitesse sous forme de courses d'élan. Ce mois-ci, j'ai prévu de faire trois compétitions : le meeting de Montreuil (le 8 juin), la réunion de New York (le 12) et la Coupe d'Europe des Nations (les 18-19). Puis arrivera rapidement le meeting Areva (16 juillet) au Stade de France. A coup sûr, j'y serai...

Votre vitesse avant d'aborder la plasticine ( NDLR : Teddy court le 100m en 10"6, 10"7) vous permet de rattraper les possibles erreurs commises lors du triple bond. Etes-vous d'accord avec cette analyse ?

T.T. : Non, pas forcément. Même si j'arrive vite, et qu'il y a des erreurs, je me dis que sans ces fautes, je serais allé encore plus loin. Disons juste que ma vitesse me sert à m'en sortir en championnats. Même si je commets des erreurs dans mes sauts, ma vitesse me permettra d'assurer une place. C'est vrai que c'est positif mais ça ne rattrape pas tout.

A bientôt 21 ans (il les aura le 15 juin), vous semblez avoir mûri. Cette maturité vous permet-elle de mesurer le fait que vous n'êtes plus un espoir de l'athlétisme français mais bien une référence, désormais ?

T.T. : Espoir, quand on me dit ça, je corrige car ce n'est pas vrai. A Doha, lors des Mondiaux en salle, je me considérais comme "un grand". Après, il ne me manquait plus qu'un titre, une médaille chez les "seniors" pour confirmer ce statut. Quand j'ai sauté à 17,90m, j'ai montré que je n'étais plus un espoir et que j'étais un athlète à part entière. Maintenant, il faut pérenniser ce statut. Je garde tout de même les pieds sur terre et j'arrive à prendre du recul...

...Tout en conservant cette ambition. Fin 2008, vous déclariez vouloir être champion du monde à Berlin. Tout ne s'est pas passé comme prévu (***). A Barcelone, il n'y a que l'or qui vous comblera ?

T.T. : C'est l'objectif, bien entendu. Mais pour tous ceux qui prendront part au concours, ce sera le cas. Si je fais partie des finalistes, je serai à Barcelone pour gagner la médaille d'or. Et pas autre chose. Je ne suis jamais entré dans une compétition sans avoir l'ambition de la remporter. Les deuxième ou troisième places ne m'intéressent pas. Je ne me focalise que sur mon travail, et non sur la concurrence.

Vos coach e s, Jean-Hervé Stievenart et Laurence Billy, estiment que vos 17 , 90 m ne sont qu'une étape dans votre carrière. Effacer Jonathan Edwards (18,29m) des tablettes est-il utopique ?

T.T. : Honnêtement, je ne sais pas. Il est évident que j'aimerais qu'il tombe un jour. Jusqu'à présent, on s'est tous cassé les dents dessus. Je ne sais pas où est ma limite. Me concernant, j'ai une marge de dix ans pour le battre.

Cela pourrait intervenir dès Barcelone...

T.T. : Ou même avant (rires)...

(*) Pour valider son billet pour les Championnats d'Europe de Barcelone, Teddy Tamgho devra terminer à l'une des deux premières places lors des Championnats de France les 8, 9 et 10 juillet à Valence.

(**) Le 29 juillet 2008, à Monaco, il saute à 17,19m, soit 9 cm de mieux que les minima exigés par la FFA. Mais la période pour se qualifier pour les JO de Pékin est close depuis trois jours. Avant cela, il était retombé à 17,33m lors des Mondiaux juniors à Bydgoszsz mais le vent (+2,1m/s) avait empêché de valider cette marque.

(***) Aux Mondiaux 2009, le Français n'a pris que la 11e place de la finale (16,79m).

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