Paris 2024 - Jeux Olympiques - Sasha Zhoya aux JO, les raisons d'une chute : "C'est quelqu'un de très fragile"
Une élimination en demi-finale alors que la France l'attendait tout en haut. Sasha Zhoya est l'une des déceptions des JO de Paris. Alors, que s'est-il passé ? Son coach, Ladji Doucouré, nous livre son regard à la fois tendre et sans concession sur son petit protégé. Lui reste persuadé que Zhoya pouvait tout casser à Paris mais une addition d'erreurs l'a mené dans le mur.
Trop de fautes, pas de finale : Zhoya tombe de haut au 110m haies
Video credit: Eurosport
Dix minutes après Sasha Zhoya, c'est son coach, Ladji Doucouré, qui est venu nous livrer sa version des faits. La pression ? La blessure ? L'approche mentale ? Mais alors pourquoi le plus grand espoir de l'athlétisme français est-il passé à côté du rendez-vous le plus important de sa jeune carrière ? Le regard de son coach est à la fois très tendre et sans concession. Parce que Ladji Doucouré avait de grands espoirs et en est encore persuadé aujourd'hui : "Il devait tout péter. Il de-vait tout pé-ter", insiste-t-il en séparant bien les syllabes. Alors, que s'est-il passé ?
1. Les Europe et les France : contretemps sur contretemps
L'histoire ne commence pas de la meilleure des manières. Au printemps, Sasha Zhoya est gêné au tendon d'Achille. Le début des problèmes. Il décide de ne pas se rendre aux Championnats d'Europe à Rome contrairement au souhait de son coach. "Moi, je sais qu'il peut courir même si ça fait mal, nous confie Ladji Doucouré. Si je pouvais rectifier, je lui dirais : 'Allez, vas-y !' Mais on apprend tous les deux et il ne voulait pas y aller. Il doit progresser là-dessus : apprendre à courir même si ça fait mal. A Rome, il aurait pu anticiper et apprendre à courir avec une gêne. Parce que l'échec à Paris n'est pas physique, il est mental. Il n'a pas su gérer la blessure alors qu'il aurait pu tout casser."
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Zhoya, façon Mbappé : "Je ne parle pas d'âge"
Video credit: Eurosport
Le 30 juin, lors des championnats de France, le starting-block de Zhoya bouge au départ. S'il se reprend et se qualifie pour les JO, il n'est pas rassuré. "Si tout se passe bien, il fait un p*** de chrono et on n'est pas obligé de faire une nouvelle compét' où il se pète l'adducteur à 14 jours des JO, regrette aujourd'hui son coach. Et on n'est pas là à faire que de la piscine pendant 10 jours parce qu'il est pété. On n'est pas là à fermer notre bouche alors que les gens ne parlent que de sa robe. Sasha commence alors à être dans le "down" en mode : 'mon rêve des Jeux… J'étais en forme…'"
2. Grosse gamberge : "Il ne voulait plus faire les Jeux"
Cette blessure à l'adducteur va le condamner parce qu'elle va dérégler la machine et surtout faire douter le compétiteur. Un petit caillou dans la chaussure qui va devenir un énorme rocher dans sa caboche. La gamberge s'empare de Zhoya. Le début des très gros ennuis : "Sasha a un très gros mental… quand tout va bien, nous décrit Doucouré. Mais c'est là que tu vois qu'il est encore jeune. A chaque gêne ou blessure, il va se retenir, il ne va rien foutre. Il peut être à 200%, et avoir une petite gêne et être à 20%. Après sa blessure, il ne voulait plus faire les Jeux. La façon dont il a encaissé mentalement ce pépin lui a coûté une énergie folle. Je lui ai dit : 'Tu vas t'afficher devant tout le monde… On repart et tu encaisses.' Mais il a eu du mal."
Le champion du monde 2005 du 110 m haies n'encaisse toujours pas. Même trois mois après, la frustration est grande : "Lui va parler de pic de forme mais non ! Il sait très bien qu'il était en forme. Pardon, putain. Je suis désolé, mais... Cette période-là, là... On était chaud. S'il avait eu la confiance, boom, ça y allait. Quel est le pourcentage de personnes qui étaient prêtes physiquement à 100% aux JO ? Sans aucun pépin ? Pas beaucoup. Il va falloir qu'il apprenne à ne pas être à 100%. C'est quelqu'un de très très fragile de ce point de vue mais aussi très fort dans la tête quand tout va bien."
Pourtant, si un athlète dégage aujourd'hui une grande confiance en lui, c'est bien Sasha Zhoya. "Lui disait qu'il n'avait pas besoin de quelqu'un pour s'occuper de son mental, poursuit Doucouré. Il y a des choses qu'il ne me dit pas, il a sa fierté et il veut que je le voie fort. Mais parfois, il m'appelle et il n'est pas bien."
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Sasha Zhoya aux JO de Paris 2024
Crédit: Getty Images
3. Grosse pression : "A un moment, il avait moins la dalle"
Si Zhoya est certain que les lourdes attentes sur ses épaules ne sont pas la cause de son échec, Ladji Doucouré n'est pas aussi affirmatif même s'il a aimé le discours de son protégé avant les JO : "Comme il l'a toujours dit, il n'a rien promis : 'vous me demandez d'être un prodige mais je ne vous ai pas promis de médaille'. J'ai beaucoup aimé ce discours." Pour Zhoya, qui n'a que deux ans au très haut niveau, c'était sans doute trop tôt. Pourtant, Ladji Doucouré, lui, a été champion du monde du 110m haies à 22 ans.
"Mais j'avais la dalle, précise-t-il. Et lui, à un moment, il avait moins la dalle. Parce que peut-être, on a trop parlé de lui. On l'a sans doute trop mis en haut. Moi, je n'avais pas le choix. Je ne vais pas dire que j'avais que ça dans ma vie mais... Il fallait que j'y aille. Lui, s'il veut, il peut s'arrêter et aller faire du cinéma, reprendre sa carrière de danseur. C'est ce qu'on lui a dit : 'Tu peux arrêter si tu en as marre.' Le sport pro, c'est compliqué. C'est dix mois dans l'année où tu es à fond."
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Sasha Zhoya et Ladji Doucouré à l'entraînement en 2019
Crédit: Getty Images
Le coach prend pour lui une grosse part de cet échec : "Après la course, je suis arrivé et je me suis excusé. Je reste persuadé qu'il devait tout péter. C'était peut-être à moi de le protéger du monde extérieur… C'est comme Mathilde Gros qui passe à côté alors qu'il y avait de grosses attentes. C'était à nous de pousser les outils qui auraient peut-être permis de plus le protéger. Franchement, après, tu te dis : 'Merde…'".
4. Le jour J : "J'ai rarement vu ce visage-là"
Déstabilisé par ses douleurs et cerné par le doute, Sasha Zhoya n'est pas dans les meilleures dispositions pour répondre aux attentes énormes qui escortent ses premiers Jeux. Surtout à domicile. "Le jour de la demi-finale, je vois un visage que j'ai rarement vu, se souvient son coach. Je lui avais dit : 'tu verras 80 000 personnes, c'est chaud.' A Pékin, j'avais vécu ça. Mais il me charriait parce que tant que tu ne te prends pas le mur, tu ne peux pas savoir. J'ai vu dans ses yeux, ce jour-là, qu'il regardait à gauche, à droite. Il criait pour avoir de l'énergie, pour chercher de l'aide."
Mais Zhoya prend ce fameux mur en pleine tronche. L'aventure s'arrête avant la finale. "J'aurais voulu qu'il fasse ce gadin avant les JO ou après", soupire Doucouré. Parce qu'à Paris, le gamin de 22 ans a appris la plus grande leçon de sa jeune carrière. Sa fin de saison en témoigne. Depuis, il a battu son record personnel en 13"10 et battu le champion olympique Grant Holloway. Aujourd'hui, comme il nous l'a confié, il veut s'adjoindre les services d'un préparateur mental pour ne plus commettre les mêmes erreurs. Zhoya a grandi d'un coup et même si la chute fait mal, il semblerait qu'il soit plus que jamais prêt à s'en relever.
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