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Mayer : "Je vous avais dit que j'étais serein, mais je me ch… dessus"

Mayer : "Je vous avais dit que j'étais serein, mais je me ch… dessus"

Le 19/08/2016 à 06:42Mis à jour Le 19/08/2016 à 09:33

JO RIO 2016 – Kevin Mayer a signé un incroyable décathlon pour exploser le record de France et devenir le 6e performeur de tous les temps. Le Français s'est offert la médaille d'argent. D'autant plus fort qu'il avait annoncé la couleur. Même si, comme il l'avoue aujourd'hui, sa sérénité affichée était surtout de façade... Son stress, son record, sa médaille, Eaton… Il dit tout.

Il l'avait annoncé, il l'a fait

Kevin Mayer avait pris un risque en annonçant haut et fort qu'il pouvait monter sur le podium et en affichant sa confiance à ce sujet. "Je l'ai annoncé, j'ai réussi à l'assumer c'est bien pour moi", a-t-il constaté. Mais en réalité, il n'était pas fier avant ce décathlon. Désormais, il peut bien l'avouer. "Je vous avais dit que j'étais serein mais je me chiais clairement dessus, explique-t-il. Ces derniers jours, et même avant, j'avais énormément de pression. J'avais du mal à dormir tellement je m'imaginais ces 10 épreuves, et j'en foirais toujours une. Il y avait énormément de peur, de souffrance. La peur de faire un déca aussi long, aussi difficile. Physiquement, je savais que je pouvais faire une médaille. Mentalement, je ne savais pas." Il a eu sa réponse.

Deux jours comme dans un rêve

Pour atteindre les 8 834 points et décrocher la médaille d'argent, la première depuis 68 ans pour le décathlon tricolore, Kevin Mayer a signé quatre records personnels et en a approchés quelques autres. "C'était le décathlon pratiquement parfait de A à Z pour moi, a-t-il commenté. Pendant ces deux jours, je me suis mis en mode transcendance. Tout s'est enchainé. Il y a eu des épreuves où c'est passé facile, d'autres où il a fallu que je m'arrache mais à la fin, mais tout est passé." Rapidement, dès mercredi, il a senti qu'un total massif était envisageable. "Quand j'ai fait les trois premières épreuves, je me suis dit 'c'est énorme, y a tout qui passe'. J'ai commencé à espérer un gros total. Franchement, je ne pouvais pas espérer mieux." Au final, il a collé plus de 300 points à son précédent record personnel (8 521 points).

Le décathlon de Kevin Mayer à Rio

L'or, un rêve est passé

Médaillé d'argent après une performance qui l'installe parmi les plus grands, Mayer a réussi deux journées qui, dans certains championnats, lui auraient valu la médaille d'or. Il l'avoue, il y a cru un moment. Mais un tout petit moment, comme il l'a raconté : "J'ai cru à la médaille d'or quand Ashton a fait 53 mètres (à son premier essai au javelot, alors que lui avait réussi 65 mètres, ndlr), admet le Français. Je pensais pouvoir faire mieux parce que j'avais assuré 65 avec quasiment pas d'élan. Là, j'ai pensé que je pouvais aller beaucoup plus loin au javelot et aller chercher Ashton."

Puis le rêve est passé. Parce qu'il n'avait plus rien dans les chaussettes. "J'ai vite réalisé que je n'avais plus de jambes." Eaton a fini à 59 mètres, et Mayer n'a pas amélioré son premier jet. Le corps avait dit stop. "J'ai donné mon corps à la science pendant deux jours, sourit-il. Ma cheville, mon genou... J'ai du mal à marcher."

Kevin Mayer aux Jeux Olympiques de Rio

Kevin Mayer aux Jeux Olympiques de RioAFP

Le record de France de Christian Plaziat

De toutes les épreuves olympiques, le record de France du décathlon était le deuxième plus ancien, juste après celui du javelot masculin, qui date de 1990. Celui du déca tenait bon depuis plus d'un quart de siècle, depuis les 8 574 points qui avaient mené Christian Plaziat au titre européen à Split. "Plaziat, avec tout le respect que je lui dois, je lui dis que j'ai explosé son record", a plaisanté Mayer. Avant de poursuivre plus sérieusement : "Tous ces gens ont fait énormément pour le décathlon. Christian Plaziat, Alain Blondel, Romain Barras… Tous ces gens qui m'ont fait partager leur expérience pour que je grandisse. Ça a toujours été des grands frères pour moi. Ce record de France, je leur dois aussi. Un grand merci à eux."

Le record du monde, rêve ou objectif ?

Avec 8 834 points, Kevin Mayer est devenu jeudi le 6e meilleur performeur de toute l'histoire du décathlon. Peut-il un jour battre le record du monde d'Ashton Eaton (9 045 points) ? Une scène cocasse a eu lieu en zone mixte du Stade Olympique à ce sujet. Au moment où on posait la question au Francilien, Ashton Eaton est passé à côté de lui. "Ils me demandent si je peux battre ton record ?" "Dis oui !", a répondu l'Américain en rigolant.

Si on cumule désormais tous les records personnels du Français, son total de points dépasse les 9 000 points. Alors... "Je ne me fixe pas de limites. J'ai 24 ans. Si, chaque année, je me rapproche, pourquoi pas ?" Mais si cela doit venir un jour, ce sera la conséquence de cette progression. Il n'en fait pas un fantasme. "Ce qui me fait vivre, assure-t-il, ce sont les médailles. Je préfère faire 46 médailles que de battre ce record du monde."

Eaton, cet ambassadeur

On a senti énormément de respect entre le champion olympique, champion du monde et recordman du monde, Ashton Eaton, et son nouveau dauphin. "Ashton m'a dit que c'était énorme ce que j'avais fait", a fièrement confié Kevin Mayer. Le Français ne cache pas son admiration pour l'Américain, un "formidable ambassadeur pour le décathlon". Il admire le champion, et apprécie l'homme. "Moi, je lui ai dit qu'il m'inspirait énormément. Il est humble et charismatique. Il fait tant pour notre discipline. Mais il reste accessible et gentil." Maintenant, il peut presque le regarder dans les yeux. "Je lui ai aussi dit que je n'hésiterais pas à essayer de le battre la prochaine fois", a conclu le vice-champion olympique. Pour le respecter, jusqu'au bout.

Kevin Mayer et Ashton Eaton à l'arrivée du 1500m du décathlon des JO de Rio

Kevin Mayer et Ashton Eaton à l'arrivée du 1500m du décathlon des JO de RioAFP

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