L’athlétisme mondial tient-il sa nouvelle “licorne” ? A 22 ans, JuVaughn Harrison participe à la finale de saut en hauteur, ainsi qu'à celle de la longueur. Dimanche, il a terminé 7e de la hauteur dans un concours relevé, après avoir passé une barre à 2m33. Mais il tentera de ramener une médaille sur la discpline où il a le plus de facilité lundi.
Il faut en effet remonter à la première Olympiade de l’histoire en 1896, à Athènes, berceau des Jeux sous leur forme moderne, pour trouver un profil similaire au prodige américain. A l’époque, Ellery Clark, son lointain compatriote, avait été sacré dans les deux disciplines.
Cette saison, le pensionnaire de la fac américaine LSU (Louisiana State University) a affolé les compteurs. Détenteur de la deuxième meilleure performance mondiale de l’année en longueur (8,47 m), signée lors des Trials qualificatifs pour les Jeux de Tokyo, il s’est offert la marque de référence en hauteur en effaçant une barre à 2,36 m, en mai dernier.
Tokyo 2020
Après de décevants JO pour les Bleus, Rousseau quitte la fédération
15/09/2021 À 14:24
Jusqu’à aujourd’hui, aucun athlète dans l’histoire n’avait établi des marques aussi élevées en combinant les deux disciplines, et personne ne s'était qualifié pour les deux finales olympiques (à la hauteur et à la longueur) depuis 1912. C’est dire le niveau du phénomène, qui compte sur des dispositions naturelles hors norme, sur un travail conséquent et sur un talent qui pourrait se révéler, dans la lumière des JO, aux yeux du monde entier.

Une technique "rustique"

S’il est rare d’observer des athlètes s’aligner sur les deux concours, hauteur et longueur ne sont pas pour autant incompatibles. Quelles qualités faut-il alors développer pour sauter aussi haut que loin ? Pour Stéphane Caristan, ex-entraîneur national des athlètes olympiques, un point commun entre ces deux épreuves se détache : “l’explosivité”.
“Ce sont des disciplines extrêmement techniques où il faut arriver à gérer une vitesse optimale et la direction de l’impulsion (vers l’avant en longueur et vers le haut en hauteur), explique l’ancien hurdler. Dans les deux disciplines, il y a une lutte contre la gravité qu’il faut maîtriser sur le plan technique.“
Là se situe peut-être la marge de progression du jeune Américain. “Quand on le voit sauter en hauteur, c’est plus de l’inné que de la technique, alors qu’en longueur il exploite bien sa vitesse et son explosivité”, décrypte Caristan. Doté d’une technique qualifiée de “rustique” par l’ex-coach, Harrison pourrait être tenté, dans le futur, de se tourner vers des postures et mouvements plus académiques, pour aller plus haut et plus loin encore.
Mais Stéphane Caristan met en garde : “Il me rappelle Donald Thomas en 2007 qui avait une technique assez rustique mais qui l’a exploitée au mieux. Et quand il a voulu sauter comme les autres, ça a déclenché des blessures parce qu’il n’était pas équipé pour ça.” L’ancien champion du monde bahaméen de la hauteur (2007) avait en effet glané son titre moins de deux ans après avoir découvert sa discipline.

Un physique atypique pour la hauteur

Avec son mètre 95 façonné par des muscles saillants, JuVaughn Harrison possède, à première vue, un physique davantage calibré pour le saut en longueur, sa discipline de prédilection. Son morphotype atypique pour la hauteur se rapproche néanmoins, selon Stéphane Caristan, de celui de l’ancien champion olympique d’Athènes (2m36) Stefan Holm.
“Ce n’est pas un grand escogriffe tout fin, où on a l’impression qu’il va se casser quand il va mettre une impulsion. Mais comme Stefan Holm, il exploite bien sa vitesse”, argue notre consultant Eurosport. En comparaison avec la silhouette filiforme de Mutaz Essa Barshim, double champion du monde à la hauteur qu’il affrontera à Tokyo, les deux hommes ne semblent pas boxer dans la même catégorie.
“Souvent, morphologiquement, les sauteurs en hauteur sont plus grands et plus fins, que les sauteurs en longueur. Et du coup, ils n’ont pas la capacité de résistance à la force à l’impulsion que peut avoir un gabarit plus musclé, plus trapu, plus puissant”, poursuit Stéphane Caristan. Mais depuis de longues années déjà, JuVaughn Harrison a pris l’habitude d’évoluer dans chacune des deux disciplines, auxquelles il ajoutait même les haies dans sa jeunesse.
Entre 2019 et 2021, l’Américain a absolument tout raflé sur le circuit universitaire, en devenant le premier homme à décrocher le titre de champion NCAA en saut en hauteur et en longueur, en salle et en extérieur.
Mais c’est bien lors des sélections olympiques des Etats-Unis que JuVaughn Harrison s’est fait un nom. A Eugene, le prodige a frappé très fort en remportant les concours de la hauteur (2,33 m) puis de la longueur (8,47 m). Un message clair qui fait naître l’espoir d’un doublé historique. Charge à lui de rééditer ses performances au niveau olympique, pour inscrire son nom au panthéon des Dieux, seul aux côtés de la légende Ellery Clark.
Tokyo 2020
Le contrôle positif confirmé pour Ujah : Le relais britannique disqualifié par le TAS ?
14/09/2021 À 17:32
Tokyo 2020
Elle a vendu sa médaille olympique pour sauver une vie : le geste en or de Maria Andrejczyk
19/08/2021 À 12:33