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Comment Team USA fait tout pour revivre son pire cauchemar

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L'équipe américaine de basketball à Las Vegas durant le camp de préparation à la Coupe du monde 2019

Crédit: Getty Images

ParLoris Belin
13/08/2019 à 06:43 | Mis à jour 13/08/2019 à 09:58
@LorisBelin

COUPE DU MONDE 2019 - L'équipe des Etats-Unis de basket partira comme toujours favorite de la compétition à partir du 31 août prochain. Mais Team USA se veut peu rassurante après une kyrielle de défections dans ses rangs. Au point de faire ressurgir le spectre de 2002 et des années sombres de défaite.

Le 8 août 1992 à Barcelone, la Dream Team décrochait l'or olympique après avoir marché sur la planète basket toute entière. Les Etats-Unis lançaient à jamais l'essor international du basket-ball et instauraient un standard de qualité qui semblait désormais immuable pour Team USA. Jamais une telle collection de talent n'avait été constituée et peut-être plus jamais reverrons-nous la crème de la crème d'une même génération réunie le temps d'un été sous une même tunique. C'est d'autant plus vrai en 2019. La formation américaine pour la prochaine Coupe du monde est loin d'avoir le lustre de son historique prédécesseur. Elle pourrait même marcher sur les traces d'une sombre époque Yankee au début des années 2000, celle des rares revers et d'une immense honte.

Dans l'inconscient collectif, le souvenir de ces jeux catalans est encore bien présent et a imprimé dans les esprits une norme invariable : les Etats-Unis sont invincibles question balle orange. Le terme de Dream Team devient l'ADN de la sélection américaine - autant qu'une marque - et on l'appose aux équipes des compétitions suivantes. Quand bien même la réserve de superstars n'est pas aussi grande aux Mondiaux 94, aux Jeux 96, tant que la victoire est au rendez-vous, les Américains sont intouchables et continuent de faire rêver. Seulement à mesure que les trophées se sont entassés, les stars ont commencé à se lasser de devoir se priver de vacances pour affronter le reste du monde et aboutir sur un scénario déjà connu : la première place du podium.

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Le crash d'Indianapolis

La sélection de 2002 en est la parfaite illustration. Les Etats-Unis évoluent à domicile, à Indianapolis, un des berceaux de ce sport. La victoire ne peut pas leur échapper, surtout qu'ils ont ramené que le bronze de l'édition précédente, déjà un petit exploit avec une équipe constituée de joueurs évoluant à la fac, en Europe ou en ligues mineures. Pourtant, une grande partie des vedettes de la ligue décide de décliner l'invitation. Certains comme Shaquille O'Neal, Jason Kidd ou Ray Allen doivent déclarer forfait pour blessures. Kobe Bryant, Tim Duncan ou Kevin Garnett préfèrent, eux, se reposer. Le cinq de départ se composera de la légende des Celtics Paul Pierce, du vétéran local Reggie Miller mais aussi d'Andre Miller, meneur passeur mais plus limité offensivement et une raquette Antonio Davis – Ben Wallace besogneuse mais incapable de tirer à plus de deux mètres du cercle.

Les médias ne s'en font pourtant pas pour une équipe qui a décidé de limiter au maximum sa préparation à deux semaines pour ne pas trop perturber le repos des joueurs post-saison NBA. Le public ne répond pas présent, même pour sa propre équipe, et laisse la compétition se dérouler dans une enceinte remplie seulement au tiers. Pire, on parle encore de la série de 58 matches internationaux sans défaite américaine, comme si l'édition 1998 n'avait jamais existé. Toutes les conditions du fiasco sont réunies. Il n'en sera que plus retentissant.

Team USA tombe dans un premier temps lors de la deuxième phase contre une Argentine à peine moins talentueuse (avec le mage Manu Ginobili à leur tête) mais au collectif parfaitement huilé. De l'embarras, la formation du coach George Karl tombe littéralement dans l'infamie. En quarts de finale, elle gâche dix points d'avance dans le dernier quart-temps contre la Yougoslavie, cet ancien ennemi de l'Est, et s'incline piteusement 81-78 pour sortir par la très petite porte contre le futur vainqueur de la compétition. Les Etats-Unis terminent sixième d'un championnat du monde, un dénouement inimaginable alors et un retentissement pour tout le basket international. Le traumatisme va marquer à jamais la sélection. Les Jeux de 2004 et un nouveau revers, à nouveau contre l'Argentine en demi-finale, finira d'achever l'humiliation qui a gravé au fer rouge cette culture NBA qui s'est longtemps considérée comme la seule valant la peine d'être mentionnée.

Les absents ont toujours tort

Avance rapide dans le temps, retour en 2019. La bannière étoilée a redoré son blason et l'estime du monde extérieur par la bonne volonté mise par l'ère des LeBron James, Carmelo Anthony et autres Kevin Durant à porter fièrement la tunique de leur pays. Team USA est redevenu le symbole d'une équipe spectaculaire, surdimensionnée par rapport à la concurrence.

Pour cette Coupe du monde à venir, le premier a préféré dire pour une fois non pour laisser la place aux jeunes publiquement et à la fois préparer la saison à venir avec ses Los Angeles Lakers. Le deuxième a disparu de la circulation, lui qui était pourtant devenu le premier basketteur américain à disputer les Jeux Olympiques quatre fois. Le dernier est à l'infirmerie pour de nombreux mois après s'être rompu le tendon d'Achille lors de la dernière finale NBA. Ces trois cas serviraient presque à cocher toutes les cases pour expliquer la cascade de forfaits qui a touché Team USA pour la compétition en Chine. La liste des absents, pourtant appelés à participer au rassemblement de Las Vegas, permettrait de remplir un effectif complet.

Damian LillardMeneurPortland Trail Blazers
Kyle LowryMeneurToronto Raptors
James HardenMeneur-arrièreHouston Rockets
C.J. McCollumArrièrePortland Trail Blazers
Eric GordonArrièreHouston Rockets
Bradley BealArrièreWashington Wizards
J.J. RedickArrièreNew Orleans Pelicans
DeMar DeRozanArrière-ailierSan Antonio Spurs
Tobias HarrisAilier-intérieurPhiladelphie 76ers
Anthony DavisIntérieurLos Angeles Lakers
Kevin LoveIntérieurCleveland Cavaliers
Paul MillsapIntérieurDenver Nuggets
Zion WilliamsonIntérieurNew Orleans Pelicans
Montrezl HarrellIntérieurLos Angeles Clippers
Julius RandleIntérieurNew York Knicks
Marvin BagleyIntérieurSacramento Kings
Andre DrummondPivotDetroit Pistons

Avec autant de désertions, la source de talent finit par se tarir. Certes, cet effectif possède encore quelques joueurs référencés, un All-Star comme Kemba Walker ou des futurs très grands à l'image de Donovan Mitchell ou Jayson Tatum. Mais sur les 15 joueurs encore en lice pour être de l'aventure, peu comptent parmi les stars de leur franchise. Certains comme Mason Plumlee ou Jaylen Brown n'étaient même pas titulaires cette saison. On est très loin de la constellation d'étoiles de 1992.

Dans le groupe actuel, seuls trois joueurs ont déjà été All-Stars après le dernier forfait de Kyle Lowry, insuffisamment remis d'une opération du pouce. Le meneur Kemba Walker est devenu un habitué du rendez-vous des étoiles. Les deux autres, Khris Middleton et Brook Lopez, ne l'ont été qu'à une seule reprise. Les qualités individuelles sont là. La reconnaissance du très haut niveau beaucoup moins. Seul Walker a été nommé dans une All-NBA Team cette saison. La dernière sélection à avoir connu aussi peu de distinction : celle du championnat du monde 2002.

"Pas de panique" mais...

Alors on tente de se rassurer comme on le peut. "Nous sommes bénis d'avoir autant de talent en NBA, s'est défendu Jerry Colangelo, le patron de Team USA à The Athletic. Il n'y a pas de panique. Le défi sera peut-être plus grand mais nous sommes capables de construire une équipe compétitive. Nous avons une liste de joueurs initiale mais elle est mouvante. Je suis surpris par aucun de ces forfaits" conclut-il. Pas de surprise peut-être mais l'équipe américaine doit-elle vraiment s'en féliciter ? De la première liste publiée en avril 2018 et qui ne contenait que le gratin du basket US, seuls quatre des 35 joueurs retenus pourraient être présents au Mondial.

Ce premier vernis de façade s'est d'ailleurs quelque peu écaillé au fil des jours et des mauvaises nouvelles. Ce même Jerry Colangelo, tout en clamant encore son optimisme, a fini par regretter les décisions de certains joueurs, la faute selon lui "à un changement de culture par rapport à l'époque d'il y a 12 ou 14 ans" puisqu'aujourd'hui, "Team USA n'a plus de levier sur les joueurs", "il y a trois fois plus d'argent", "les agents sont plus puissants", "les investissements des franchises sont plus gros", ou encore parce que le nouveau format de la Coupe du monde un an avant des Jeux Olympiques "profite à tout le monde" sauf aux Etats-Unis puisqu'il y a "une saison NBA entre les deux". A croire que la planète basket s'arrêtera de tourner ailleurs dans le monde pendant les 12 prochains mois en attente de Tokyo 2020.

Cette belle assurance qui faisait la force du rouleau compresseur américain a fini par se transformer en suffisance au moment de mouiller le maillot. Comme l'a expliqué à L'Equipe le Français Evan Fournier qui évolue à Orlando durant la saison, les tenants du titre auraient sans doute un peu plus de considération s'ils avaient l'impression que leur dû était un peu plus en danger. "Les mecs nous mettent branlée sur branlée chaque année […] Tu crois vraiment que James Harden a envie de venir ? Tant qu'on ne les tape pas, non." Voilà de quoi décourager les quelques hésitants qui préfèrent se réserver pour les prochains Jeux Olympiques, ceux qui ont un album de rap tout juste sorti, ou toute autre excuse aussi peu crédible.

De cette première salve est née un effet boule de neige qui a de quoi faire frissonner même les plus convaincus de la suprématie étatsunienne. Car si le choix de privilégier la saison NBA au détriment de la sélection pour éviter de débuter l'exercice sur les rotules peut s'entendre, celle d'une peur de l'échec sonnerait presque faux dans la bouche d'un enfant de l'Oncle Sam. C'est pourtant l'avis de C.J. McCollum. L'arrière de Portland est un des derniers à avoir officialisé son absence et en a assumé ouvertement les raisons. Dans le podcast de l'insider Adrian Wojnarowski d'ESPN, le sniper a évoqué la somme d'efforts à fournir alors que la saison NBA semble plus ouverte que jamais et la crainte d'une blessure liée à l'usure. Mais aussi celle de ne pas soulever le trophée mi-septembre. "Je n'ai pas pensé aux autres quand j'ai pris ma décision. Mais je pense que d'autres joueurs se sont demandé pourquoi ils iraient en Chine pour être le visage d'une équipe qui pourrait perdre."

Alors bien sûr, aucune nation ne pourra se targuer d'avoir un meneur capable de prendre feu au scoring comme Walker, ou un arrière aussi électrisant que le scoreur Donovan Mitchell. Le staff technique 5 étoiles avec notamment Gregg Popovich comme entraîneur et Steve Kerr en assistant de luxe n'a aucun équivalent, et n'a peut-être jamais été aussi clinquant. Certains imaginent déjà cette équipe marcher sur les traces de celle de 2010 quand les minots Kevin Durant, Derrick Rose, Russell Westbrook et autres Stephen Curry sont allés chercher le titre en Turquie avant de tous devenir MVP. Mais avec un effectif au rabais, et surtout l'ombre d'un doute dans ses propres rangs, ce Team USA pourrait vite revivre ce même sentiment de honte qui l'avait rongé il y a un peu moins de 20 ans.

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