From Official Website

Portland, la malediction

Portland, la malediction
Par Eurosport

Le 22/11/2010 à 17:14Mis à jour Le 22/11/2010 à 17:27

Pour la deuxième fois en quatre ans, Greg Oden ne jouera pas le moindre match cette saison. A 22 ans, la carrière du numéro un de la draft 2007 est menacée. Un terrible constat d'échec pour les Blazers, qui croient revivre, un quart de siècle après, le douloureux épisode Sam Bowie...

La nouvelle a ébranlé les Blazers. Pour de bon, cette fois. La semaine dernière, Greg Oden a annoncé qu'il ne jouerait pas cette saison. Sa deuxième saison blanche sur les quatre passées à Portland. En quatre ans, il aura disputé 82 matches, soit l'équivalent... d'une saison. Genoux en vrac, le massif pivot de la franchise de l'Oregon n'a plus joué depuis le mois de décembre 2009. En décidant de se faire à nouveau opérer du ménisque, Oden sait qu'il en reprend pour 6 à 12 mois. Il n'a que 22 ans mais, déjà, il est temps de se demander si sa carrière n'est pas finie. Pour les Blazers, c'est une interrogation douloureuse, qui ramène à la surface deux ombres. Celle de Kevin Durant, et celle, plus ancienne, de Sam Bowie

En un quart de siècle, c'est en effet la deuxième fois que Portland effectue le mauvais choix lors d'une draft déterminante pour son avenir. Même si la draft  a lieu tous les ans, ce type de décisions, susceptible de changer la face d'une franchise pour une décennie entière, n'intervient que rarement. Or les Blazers ont laissé passer l'occasion de dominer durablement la NBA dans les années 80 et 90. Ils ont la douloureuse impression que l'histoire se répète aujourd'hui. En 1984, Portland a hérité du deuxième choix de la draft. Houston a sélectionné Hakeem Olajuwon en première position. Bonne pioche. Derrière, restent, notamment, Charles Barkley et surtout Michael Jordan. Pourtant, Portland porte son choix sur Sam Bowie. Un an plus tôt, les Blazers avaient drafté Clyde Drexler. Plutôt que Jordan, qui évolue au même poste que "The Glide", ils préfèrent opter pour un pivot. L'histoire leur donnera tort, dans des proportions inimaginables, tant la carrière de Bowie sera synonyme de déception. Surtout mise en parallèle avec celle de Jordan...

"Avec Greg, tout le monde aurait agi comme nous"

23 ans plus tard, en 2007, Portland hérite cette fois du premier choix. Ce ne peut être que Greg Oden ou Kevin Durant. Ce sera Oden. Cette option, c'est celle du general manager, Kevin Pritchard. Là encore, 3 ans et demi après, la comparaison fait mal. Oden a peu joué, sa carrière est en suspens, alors que Durant, meilleur scoreur de la Ligue, en sera peut-être le MVP dans un avenir proche. L'histoire de la NBA est pleine de bides de la sorte. Mais dans le cas d'Oden, les regrets sont plus grands encore, car ce sont bien les blessures qui empêchent le pivot de donner sa pleine mesure et d'apporter à son équipe ce qu'elle était en droit d'attendre d'elle. "C'est triste pour les Blazers, mais ça l'est encore davantage pour Oden, jugeait la semaine dernière Steve Duin, du journal The Oregonian, sur ESPN. Il faut d'abord penser à lui. C'est un jeune homme qui rêvait de dominer la NBA et il pouvait le faire. Malheureusement, son corps ne lui permet pas de s'exprimer. Autant les Blazers ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes pour avoir choisi Bowie plutôt que Jordan, Barkley ou Stockton, autant là, un scenario aussi catastrophique n'était pas prévisible. Oden était un choix risqué car il avait déjà été blessé à la fac, mais personne n'aurait imaginé qu'il ait autant de problèmes. C'était imprévisible."

C'est également l'avis de Larry Miller, l'actuel président des Trailblazers. "J'en ai parlé avec beaucoup d'équipes, dit-il. Avec Greg, tout le monde aurait agi comme nous. La taille, le poste, le potentiel, c'était impossible de passer à côté de lui. Si c'était à refaire, nous prendrions la même décision. Pour moi, ce n'est qu'une histoire de malchance." Malchance, malédiction, appelez ça comme vous voudrez. Reste que, pour beaucoup, c'est dur à avaler. "Franchement, reprend Steve Duin, pour le fan de base qui suit les Blazers depuis 25 ans, ça fait mal de se dire que Michael Jordan et Kevin Durant n'ont jamais été membres de cette équipe. Il y a de quoi s'arracher les cheveux. Si encore Portland avait récupéré des très bons joueurs à leur place, ça irait, mais ce n'est même pas le cas. Je ne sais pas si c'est une question de malchance ou pas. C'est comme ça, c'est tout. En tout cas, à mon avis, ils ne sont pas près de drafter à nouveau un pivot s'ils ont le premier ou le deuxième choix..."

La vie est injuste, la NBA aussi

Reuters

Après le coup dur de la semaine dernière, le patron des Blazers a passé une heure au téléphone avec son joueur, pour lui confirmer qu'il ne le laisserait pas tomber. "Je lui ai dit que nous allions tous ensemble sortir de cette épreuve. Qu'on allait se relever et montrer au monde entier ce que qu'il vaut." Oden n'a pas trouvé la force de répondre. On le dit totalement abattu. Pour Steve Duin, aussi triste soit cette histoire, Portland ne pourra pas laisser parler les sentiments au printemps prochain. "La vie est injuste et la NBA l'est sans doute plus encore. Mais à moins d'avoir des garanties médicales, et je ne vois pas comment ils pourraient en avoir, les Blazers ne pourront pas se permettre de payer aussi cher un joueur sans savoir s'il pourra joueur autre chose que des bouts de match ou des demi-saisons." A l'heure où l'autre star de l'équipe, Brandon Roy (26 ans), n'a déjà plus de ménisque et peine à rester sur le parquet sans souffrir, Portland va devoir effectuer des choix difficiles. Douloureux, peut-être. Mais il faudra faire les bons, cette fois.

AFP

0
0